millions de marcs
(1) C'est une augmentation aux exportations de 1.425 millions de marcs (soit 40 OjO) depuis 1885,
L'augmentation des exportations vient surtout des tissus de coton et de soie. On doit remarquer aussi que l'Allemagne a importé plus de matières première de valeur minimum, et a exporté plusd'objets fabriqués de haut prix. C'est là pour elle une cause de légitime satisfaction. Les journaux sont unanimes à constater que pour toutes les branches de l'industrie et du commerce, l'année 1899 a été de beaucoup la plus brillante en exportations. Il faut voir une corrélation étroite entre les progrès de l'exportation allemande et l'augmentation des affaires et des bénéfices des Banques que nous avons signalée précédemment.
Il ne sera pas inutile de compléter ces indications générales par quelques extraits de récents rapports :
Un mot d'abord sur l'Assemblée générale du Bundder Landwirthe qui s'est tenue le 12 février au cirque Busch à Berlin, et a été l'occasion de déclarations intéressantes. Cette ligue puissante (elle ne compte pas moins de 206.000 membres) est aujourd'hui le centre de ralliement de tous ceux qui, sans être socialistes, sont hostiles à l'essor industriel de l'Allemagne et spécialement au développement de son commerce d'outre-mer. Le sentiment d'une profonde défiance à l'égard de cette politique mondiale {Weltwirthschaft und WeltpolUik) a été le refrain obligé de tous les orateurs. Et il faut en effet reconnaître qu'il y a encore en Allemagne un parti nombreux qui, en dépit de la prospérité actuelle du pays, paraît regretter le temps où la vie économique était plus concentrée, le temps de la geschlossene Volkswirlhschafl, où l'on ne se préoccupait guère que du marché intérieur. Les agrariens ne se préoccupent pas beaucoup de rechercher comment pourrait vivre et se nourrir cette population sans cesse croissante, car l'accroissement de la population est la vraie raison -qui oblige J'AUemagne à
développer son commerce extérieur. Ils ne se demandent guère non plus comment on pourrait payer les matières premières indispensables aux usines et fabriques qui font vivre tant de milliers d'Allemands. Leur idéal est forcément-, car ils n'osent préconiser la limitation du nombre des naissances, une sorte de rétrécissement des moyens d'existence qui peuvent être mis à la portée des masses populaires. Cet idéal reste, avec des tempéraments divers, celui de beaucoup de personnes en Allemagne, tous ceux notamment qui, attachés aux conceptions et aux traditions de l'ancien temps se montrent défiants à l'endroitdes transformations économiques du monde, ferment volontairement les yeux sur la prospérité actuelle, et regrettent de parti-pris le temps où l'orientation économique du pays était différente.
Et pourtant le rapport annuel de la Kaufmannschaft de Berlin qui vient de paraître (février 1900), nous apprend que « l'année 1899 laisse à sa suivante tant d'éléments de prospérité, tant de commandes, une telle poussée vers un progrès général qu'on peut s'abstenir de toute espèce de craintes de réaction ou de recul. Toutes les branches de l'activité nationale ont pris dans le dernier exercice un essor qui ne peut être arrêté de sitôt, pas même par la surproduction... La réaction que certains économistesjugent inévitableest donc fort éloignée; elle doitêtre reportée à une échéance si lointaine qu'iln'est guère nécessaire de s'en préoccuper dès maintenant ».
Les entreprises industrielles et commerciales écrit M. Eugène Cor, consul général de Hambourg (M ne se sont pas seulement maintenues en 1899 au niveau des années précédentes, elles l'ont même dépassé, La chambre de commerce voit dans ces résultats le fruit de la
(1) Moniteur officiel du commerce, 15 février 1900, p. 248.
politique pacifique et clairvoyante de l'Allemagne ainsi que des progrès de l'enseignement technique et professionnel. 11 est permis de croire que la situation actuelle si favorable pourra se prolonger. Le jour où se produira le mouvement de recul inévitable, il aura lieu sans doute, sans les secousses qui ont signalé d'autres périodes semblables.
La grande activité qui a régné en 1 899 dans les centres industriels allemands a été provoquée avant tout par les besoins du marché intérieur. Les agriculteurs favorisés par de bonnes récoltes, et les ouvriers recevant des salaires plus élevés, ont pu consacrer de plus fortes sommes à leur entretien et augmenter ainsi le mouvement général des transactions (l). Mais le commerce extérieur de l'Allemagne a fait aussi de grands progrès.
Nouveaux développements de Hambourg. — Passant en revue les rapports de Hambourg avec les divers pays, M. Cor constate que le commerce a été difficile avec toute l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, mais très satisfaisant avec l'Afrique et l'Asie... Ainsi, l'AUemagoe prend une part très active à l'exploitation de la Chine. Elle achève son port de Tsingtan : une ligne allemande fait un service régulier entre ce port et celui de Shanghaï. Une compagnie construit les chemins de fer qui mèneront aux mines de houille près de Kiao-tchéou. Le transfert à une maison allemande de la propriété de « vapeurs anglais faisant le service côtier entre Singapore et le Siam, ainsi que la créatiou de lignes allemandes sur Java et Sumatra indiquent également l'importance croissante du commerce allemand dans les eaux asiatiques ». Le Japon est en pleine activité, et l'Allemagne prend à
(1) Le fonctionnement de l'impôt sur le revenu {Einkommensteuer) démontre les progrès qu'a fait l'aisance populaire en Prusse pendant l'année 1899 V. The Economiste 27 janvier 1900, p. 117.
ce mouvement une très large part. Elle veut profiter aussi du développement économique de la Russie d'Asie. Des armateurs de Hambourg viennent d'établir une ligne entre Hambourg et Arkhangel (d'où les marchandises gagnent par la Dvina d'abord, puis par voie ferrée, Perm et Katlas).
L'activité extraordinaire qui règne depuis cinq ans dans les échanges internationaux a provoqué une telle augmentation de la marine marchande qu'on s'attendait généralement à une forte baisse des frets. Celte éventualité ne s'est pas produite... Les armateurs allemands n"ont pas seulement augmenté leur part dans le grand intercourse international, ils ont en outre accru leur participation dans la navigation côtière des pays étrangers. Le mouvement ascensionnel de l'industrie maritime hambourgeoise se traduit par l'augmentation du capital social d'un certain nombre de compagnies aussi bien que par le développement et la création de services appartenant à des armateurs particuliers. Les taux des frets ont été assez élevés pour qu'on puisse remettre des voiliers en service et Hambourg a accru cette année, du moins quant au tonnage, sa flotte à voiles. La flotte marchande immatriculée à Hambourg comprend aujourd'hui 280 voiliers (jaugeant 239.310 tonneaux) et 436 vapeurs (jaugeant 657.406 tonneaux).
Les chiffres de 1898 étaient 216.935 tonneaux pour les voiliers et 548.701 pour les vapeurs.
Le canal de Dortmund à l'Ems a développé un trafic considérable. Déjà une compagnie d'allèges de Hambourg a organisé un service entre Hambourg et Emden, qui prochainement doit devenir hebdomadaire. La C*^ Hamburg-Amerika compte faire toucher ses bateaux à Emden et y fait préparer des appontements. Quant au mouvement du canal de Kiel (dont l'ancien tarif restera
encore en vigueur jusqu'au 30 septembre 1902) il se développe d'une façon très satisfaisante. La chambre de commerce de Hambourg repousse les propositions qui lui ont été faites, d'une part d'accorder des réductions aux navires venant de loin sous prétexte de les attirer, d'autre part de frapper les allèges d'une surtaxe sous prétexte qu'elles font aux petits caboteurs une concurrence fâcheuse.
Industrie houillère et métallurgique. — L'industrie houillère et métallurgique, nous dit de son côté M. Pingaud, consul général à Dûsseldorf(l), estenlrée dans l'année nouvelle sous les mêmes auspices qu'en 1897. Elle est très prospère , et envisage l'avenir avec confiance. La situation économique actuelle a cela d'extraordinaire qu'elle offre plutôt le caractère d'un temps de crise. La tension qui règne sous les marchés financiers, le manque et le renchérissement des matières premières, notamment du charbon, du coke, du fer brut, de l'acier demi-ouvré, les pertubalions occasionnées dans les transports par le manque de matériel des chemins de fer entraînent inévitablement une foule de conséquences souvent fâcheuses pour certains intérêts particuliers. Mais envisagés au point de vue général, ces faits sont presque tous incontestablement les résultats d'un développement industriel sans exemple jusqu'à ce jour...
L'industrie houillère de la vallée de la Ruhr, en particulier, vient de traverser une année très brillante. La production de ses mines a été de 54 millions et demi de tonnes (dépassant de 3.700.000 tonnes les chiffres de 1898). Et cette production est restée au-dessous des besoins; un manque très sensible de main-d'œuvre s'est fait sentir pendant toute l'année... Toutes les usines
(1) Moniteur officiel du commerce, 15 février 190O, p. 246.
NOTES ADDITIONNELLES. 49i
syndiquées augmentent et améliorent leur outillage mécanique et renforcent leurs équipes. Le nombre des puits d'extraction s'est aussi continuellement accru, de sorte qu'on espère pouvoir en iOOO, satisfaire plus complètement les demandes qu'en 1899. Les prix sont d'ailleurs déjà fixés, il n'y a pas lieu de croire qu'ils subiront une nouvelle hausse. Les syndicats ont également commencé às'occuper des ventes; elles dépasseront celles de l'année dernière de 3 millions de tonnes (soit 6,32 0/0). Depuis la création du syndicat, au l^"" mars 1893, l'augmentation des ventes a été de 60,04 0/0. Le nombre des mines syndiquées est actuellement de 88.
C'est naturellement l'industrie métallurgique qui fournit le plus gros contingent dans cet excédent de consommation (l). Ensuite viennent les chemins de fer, la marine, les sociétés de navigation, les fabriques de gaz. Quant aux intermédiaires ils sont aujourd'hui servis après tous les autres, ce qui crée aux petites usines qui achètent de troisième main une situation très pénible. Le syndicat ne vend qu'aux grands consommateurs.
Les sociétés produisant de grandes quantités de coke de fonderie sont celles qui font le plus de bénéfices.
Les salaires des mineurs continuent à augmenter lentement, et la main-d'œuvre est toujours insuffisante... On fait venir des Polonais et à côté d'eux on trouve un grand nombre de Lithuaniens, de Tchèques, de Hollandais, de Belges, d'Italiens et même des Slovènes, des Serbes, des Bulgares, des habitants des pays du Bas- Danube, et des sujets des pays Scandinaves. Un nombre si considérable d'ouvriers ne suffit pas à élever la production à la hauteur des besoins.
(1) La production de la fonte a atteint cette année (1899) 8.300.00 0 tonnes. (Celle de l'Angleterre a été de 9.235.000, celle de la Fran ce de 2.750.000K
Industries chimiques. — La science chimique, écrit d'autre part notre consul général de Francfort, le baron de Bellissen-Bénac, progresse en Allemagne à pasde géant. Elle est en train d'opérer au sujet de l'indigo une véritable révolution par suite de la substitution, dans l'industriede la teinture, de l'indigo créé à l'aide de procédés de laboratoire à la plante qui jusqu'à cette époque produisait celte couleur... Les deux fabriques les plus importantes de produits chimiques en Allemagne la Badische Anilin-und Soda Fabrik de Ludwigshafen, et les Farbwerke de Hôchst, occupant ensemble près de 10.000 ouvriers et dont les actions sont cotées plus de 400 marcs, sont en voie d'augmenter leur capital qui surpasse déjà 40 millions de francs, uniquement pour accroître la fabrication de l'indigo artificiel. Au prix de 10 marcs environ le kilogramme cette fabrication assure de très gros bénéfices. Même succès dansla fabrication de l'alizarine. L'Allemagne entre aujourd'hui pour les 7/8 dans la fabrication de ce produit.
Voici, nous dit un autre rapport, l'industrie des automobiles qui commence à se répandre en Allemagne. Mais nos compatriotes ne déploient aucune activité pour prendre sur les marchés allemands la place qu'ils devraient occuper. L'avance reconnue qu'ont en cette matière sur leurs confrères d'Allemagne nos ingénieurs et nos inventeurs ne paraît pas leur avoir servi à chercher dans ce pays une clientèle qui aurait pu leur procurer une source notable de bénéfices. Il aurait fallu créer cette clientèle dès le début, en profitantdes circonstances favorables résultant à la fois de l'état embryonnaire de l'industrie dont il s'agit et du peu d'élévation des droits sur les automobiles et leurs accessoires. Le moment sans doute ne tardera pas où ces droits seront augmentés pour protéger contre la concurrence étrangère l'industrie na-
tionale qui aura su, du reste, se développer rapidement grâce aux expériences faites ailleurs, grâce aux expositions. Aujourd'hui les fabricants allemands sont en mesure d'imiter ou même de copier les modèles les plus perfectionnés tout en les construisant à meilleur compte. Les Américains ont mieux compris que les Français la nécessité de prendre une position solide sur le marché allemand. C'est ainsi que l'une des plus importantes sociétés d'automobiles des États-Unis, The Electric Vehicle Cy , songe à établir des succursales en Allemagne.
Situation financière. — Cette prospérité de l'industrie et du commerce réagit de plus en plus sur la vie financière.
Les résultats de fin d'exercice 1899 du Kassenverein {Clearing House) de Berlin présentent un intérêt qui dépasse de beaucoup le cercle des actionnaires. Il résulte du bilan final que les transactions de la Bourse de Berlin ont considérablement augmenté en 1899. L'ensemble des transactions de l'association s'est accru de 5,13 milliards de marcs, c'est-à-dire de 13 0/0, après avoir augmenté déjà de 5,39 milliards en 1898. Le chiffre total d'affaires a atteint 42,85 milliards, alors qu'en 1889 il n'était que de 31 milliards, et en 1872, de 26. Ce sont surtout les affaires au comptant qui se sont multipliées, conséquence naturelle des nouvelles lois sur la Bourse, qui ont supprimé les négociations en liquidation sur un certain nombre d'actions.
Des pourparlers en vue du rétablissement de la Bourse aux marchandises viennent d'avoir lieu à Berlin. La réunion était présidée par M. Hemptenmacher, commissaire de la Bourse. On a adopté une formule nouvelle, en vertu de laquelle le marché à terme est réintroduit réglementairement à la Bourse et après trois ans de luttes, la Bourse des marchandises de Berlin {Produk-
tenbôrse) où les agriculteurs seront représeatés va être rétablie (l).
L'Allemagne en Roumanie. — Un Français fixé en Roumanie M. Robin (Darescu) me communique un certain nombre de renseignements inédits sur l'expansion actuelle des Allemands dans ce pays. Aujourd'hui me dit-il, une grande partie des fournitures des chemins de fer roumains sont obtenues par des maisons allemandes. C'est la société Hélios de Cologne qui a organisé les tramways électriques de Braïla, c'est aussi une société allemande qui vient d'obtenir l'éclairage électrique de Craïova. C'est à la suite des fournitures de houilles obtenues par le syndicat des mines de charbon de Westphalie que le gouvernement (en vue du fret de retour) a créé une ligne roumaine de navigation allant de Braïla-Galaz à Rotterdam. La plupart des navires de ce service ont été achetés à une société allemande. La plupart des officiers sont allemands. Il y a aujourd'hui en Roumanie environ 200 fabriques : or la moitié appartient à des Allemands d'Allemagne ou d'Autriche.
L'importation en Roumanie de produits industriels allemands augmente rapidement et cela surtout pour les raisons suivantes : \° la classe commerçante en Roumanie se compose en majorité de Juifs qui tous parlent plus ou moins bien l'allemand. Or, ce lien de la langue est très fort; 2° à égalité d'apparence, le produit allemand est moins cher que le produit anglais et surtout que le français; .3» le nombre des voyageurs de commerce allemands qui visitent la Roumanie est considérable; 4° les banquiers allemands (Rothschild, Bleichrôder, Disconto-Gesellschaft) qui ont émis tous les emprunts rou-
(1) Cf. Volkswirthschafliche Chronik. Jahrhilcher fur Nalionalœkonomie, t. XIX, janvier 1900, p. 32"?.
mains, se servent de l'autorité qu'ils ont conquise dans le pays pour appuyer leurs compatriotes (i); 5° les longs crédits accordés par les maisons allemandes aux importateurs de Roumanie favorisent aussi beaucoup le mouvement des affaires entre les deux pays.
Dans la confection pour dames, c'est l'article allemand qui domine. Il en est de même pour les draps, les étoffes, la parfumerie, les outils, les pianos, etc. Un piano français en Roumanie est une rareté. La position commerciale de la France n'est encore forte que pour les articles de luxe, mais ce ne sont pas là ceux qui donnent finalement les gros profils. L'organisation d'un service direct entre Berlin et Bucarest a encore resserré les liens entre l'Allemagne et la Roumanie.
L' Allemagne en Belgique. — Je ne puis m'empêcher, au retour d'un voyage à Anvers, d'ajouter ici quelques réflexions du même genre, car j'ai pu me rendre compte par moi-même, grâce à l'obligeance de notre consul général, M. Carteron, et du président de la Chambre de commerce française de celte ville, de la situation hors de pair que les Allemands y ont prise. Il est entré cette année (1899) dans le port 892 navires allemands contre 125 français (nous ne venons plus qu'au 8^ rang) et en janvier 1 900 il est entré 73 navires allemands contre 10 français seulement. Les Allemands prennent une place de plus en plus notable dans toutes les grandes entreprises de cette place de commerce si vivante. L'École allemande d'Anvers est très prospère, et un certain nombre d'Allemands font déjà partie de la Chambre de commerce. On vient de décider,
(i) Aussi quand des maisons françaises obtinrent, il y a quelques mois, la construction d'un pont sur le Danube, et des fournitures pour l'armement du port, la presse allemande se plaignit-elle vivement que le gouvernement roumain « se servît de l'or allemand pour faire travailler l'industrie française. »
il y a quelques jours, la création d'un chantier naval anversois (c'est le contre-coup du discours prononcé récemment par le Roi à la Bourse et demandant l'extension de la marine belge). Le capital qui est de 2 millions doit être porté à 5, et un terrain a été acheté à Hoboken. Or l'influence germanique se fait déjà sentir dans la composition même du conseil d'administration (avecM. H. Rielh, président, MM. Christian Scheidt, Daniel Steinmann, A. Grisar, etc.). L'un des directeurs commerciaux est un Allemand. Et pendant ce temps nous ne pouvons arrivera constituer, malgré les meilleures espérances de réussite, une ligne franco-belge qui mettrait en relations directes Anvers et Dunkerque avec l'Extrême-Orient. Chaque année pourtant des marchandises françaises représentant une valeur moyenne de 130 millions de francs sont chargées uniquement sur des vapeurs anglais, allemands ou même japonais. C'est en vain que quelques Français mus par un zèle patriotique ont tenté d'obtenir les concours indispensables, c'est en vain que la maison Cockerill a promis 6 millions, nos produits de fabrication française semblent de plus en plus condamnés à passer à l'étranger pour des produits anglais ou allemands, puisqu'il leur faut recourir à des navires de ces nationalités.
Ces succès de nos rivaux sont d'autant plus importants à constater que ce n'est pas à une protection particulière de l'État qu'ils sont dus.
« C'est l'initiative privée comme l'écrivait il y a quelques jours M.Victor Bérard, résumant d'intéressants rapports anglais (1) et non l'action gouvernementale qui a syndiqué les énergies individuelles. C'est la nation qui a tout voulu, tout combiné, tout accompli. La concorde et ■'la
{\) Science et force allemandes, Revue de Paris, 15 février 1900, p. 702.
camaraderie ont été les seuls liens. Jamais, dans la nation de Kant, d'autre « impératif » n'a été imposé, ni reconnu que l'impératif catégorique et universel, implanté dans la conscience et dans les conceptions de chacun par les doctrines des philosophes, l'impératif du devoir national et social. Personne ne s'est soustrait à la tâche. Personne n'a douté de la foi commune, tous ont regardé le travail comme le premier devoir de l'honnête homme. Personne n'a cru que la prospérité individuelle pût aller ou durer sans la prospérité générale : le petit profit immédiat et personnel s'est presque toujours soumis au grand bénéfice national et lointain ». Cet esprit de discipline et de solidarité pacifique, en dépit des rivalités auxquelles un grand peuple ne saurait se soustraire, s'accentue de plus en plus, au grand profit de la cohésion nationale et de la prospérité générale du pays. Et à ce point de vue encore l'Allemagne nous offre, au milieu de nos divisions, des exemples bien dignes d'être connus et médités.
Relèvement actuel du commerce français. — Nous sommes heureux de pouvoir terminer ce volume par une statistique satisfaisante. L'année 1899 marque pour nous sur les deux précédentes (qui avaient été il est vrai fort médiocres) un progrès notable. Nos importations se sont élevées à 4 milliards 217.150.000 francs; nos exportations à 3 milliards 899.142.000 francs. Ces chiffres représentent, sur ceux de 1898, une diminution de 255.402.000 francs aux importations et une augmentation de 388.244.000 francs aux exportations.
Voici, par catégories de marchandises, les différences constatées d'une année à l'autre :
Importations. — Diminution, en 1899, de 486.359.000 francs sur les objets d'alimentation; augmentation, de 157.968.000 francs sur les matières nécessaires à l'in-
dustrie, et de 72.989.000 francs sur les objets fabriqués.
Exportations. — Augmentation., de 17 millions 843.000 francssur les objets d'alimentation, de 151.965.000 francs sur les matières nécessaires à l'industrie, de 237.909.000 francs sur les objets fabriqués; diminution, de 19 millions 475.000 francs sur les colis postaux.
Puissent ces résultats être un encouragement pour l'avenir et nous prouver qu'avec notre génie si souple, nos aptitudes si variées, nous pouvons aisément, si nous le voulons, reprendre dans le monde une place digne de notre passé.
Pages.
Préface de la troisième édition i
Préface de la deuxième édition xvii
Préface de la première édition xix