PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION. IX
atteindre se trouve encore dans ces conditions de vie paisible et modeste dont ne se contente plus assez notre époque trop avide de jouissances, de confortable et de bien-être >^'. »
Plus d'une fois aussi, en visitant ces contrées où l'intensité de la production frappe tout d'abord si vivement l'observateur, je me suis rappelé les réflexions que suggérait jadis au cardinal Manning un voyage dans les centres industriels du Lancashire : <i Si le but suprême de la vie, écrivait-il, est de multiplier les mètres de toile et de coton, si la gloire de l'Angleterre consiste à en produire indéfiniment, au plus bas prix, afin de les vendre à toutes les nations, résignons-nous; mais si la vie de famille, la pureté du foyer, l'éducation des enfants, les devoirs des époux et des mères sont au contraire des choses sacrées, au point de dominer la valeur de tout ce qui peut être vendu au marché, alors défions-nous de ce qui peut amener la destruction de la vie domestique et l'abandon des enfants, de ce qui aide à transformer les pères et mères en machines vivantes, en bêtes de somme qui se lèvent avant le soleil et rentrent au logis exténuées, uniquement pour y dormir et y prendre un peu de nourriture. »
(1) V. nos Etudes sur les populations rurales de l'Allemagne, p. 413.
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Manning était de ceux qui pensent que la prospérité matérielle ne doit venir que « par surcroît ». El c'est au contraire parce que l'Allemagne place la poursuite de son développement économique au premier rang de ses préoccupations, que cette prospérité actuelle ne doit ni nous faire illusion ni décourager nos efforts. Le progrès économique n'est grand, n'est admirable, que dans la mesure où ceux qui le poursuivent mêlent une pensée généreuse et le souci continuel du progrès moral à leurs efforts. Or ce souci ne m'a guère paru hanter le cerveau de la plupart des industriels avec lesquels j'ai du me mettre en rapport. Et j'estime qu'en dépit de nos misères, nous conservons à ce point de vue une certaine supériorité. Nous ne sommes pas aussi menacés que l'Allemagne d'être submergés par l'industrialisme; car, parles qualités mêmes de notre race, nous ne nous dépenserons pour les tâches d'ordre économique que si, derrière leur réalisation, nous apercevons un but idéal et humain à atteindre.
Mais il ne faut pas méconnaître la grandeur et l'utilité de l'effort pratique. Après nous être laissés trop longtemps absorber par la contemplation de nous-mêmes, voici que nous usons le meilleur de nos forces dans des luttes passionnées ou de vaines discussions qui accroissent encore nos habitudes
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d'idéalisme absolutiste et intransigeant. Aussi ne faut-il pas craindre de crier et de crier très fort aux oreilles de ces masses, tgntôt indolentes, tantôt violentes, qui forment la majorité, de tâcher de leur faire lever la tête, de les déterminer à regarder au dehors avant de s'enfermer chez elles pour s'absorber dans des occupations frivoles ou se complaire à de stériles querelles.
La nouvelle édition que nous publions aujourd'hui est un cri d'alarme au milieu de tous les cris de discorde dont nous avons depuis quelques années fait retentir le monde. Puisse-t-elle aider les Français'de bonne volonté à comprendre les progrès qui se font chez nos voisins. Ce n'est point le tableau complet des transformations économiques de l'Allemagne à la fin du xix'' siècle qu'elle contient. Bien qu'elle soit plus développée que les précédentes, bien que tous les chapitres en aient été remaniés, je tiens à redire ici que, sur un sujet qui comporterait plusieurs volumes, je n'ai entendu présenter qu'une simple esquisse. J'ai seulement voulu, en multipliant les indications bibliographiques, les annotations et les renvois, permettre à ceux qui sentent l'importance de ces graves questions de compléter mon travail.
Je n'ai pas voulu répondre à toutes les criti-