‹ L'estampe française;Chapitre 15 sur 45 · BREVET DE GRAVEUR DU ROI · texte numérisé non relu

BREVET DE GRAVEUR DU ROI

délivré le 4 janvier 1717 à Louis Simonneau. (Agréé le 28 juin 1698, reçu le 29 mai 1706).

Aujourd’hui quatrième janvier mil sept cent dix sept, le Roy estant à Paris, bien informé de la capacité que Louis Simonneau, graveur de l’Académie royale des Sciences s'est acquise dans cette profession, Sa Majesté de l’avis de Monsieur le duc d’Orléans son oncle regent, la retenu et retient, en l’Estat et charge de l’un de ses graveurs vaccante par la mort de Pierre Le Paultre, dernier possesseur d’icelles, pour par led. Sieur Simonneau en jouir et user aux honneurs, privilèges, franchises et autres avantages y attribués tant qu’il plaira à Sa Majesté, en vertu du présent Brevet, qu’elle a pour assurance de sa volonté, signé de sa main et fait contresigner par moy conseiller secrétaire d’État et de ses commandemens et finances.

(. Archives de l’Art Français, III, p. 271.)

C’est, à peu de chose près, la formule employée pendant tout le XVlIIesiècle. (Voir par exemple le brevet du iôseptembre 1776, publié par M. Panhard dans sa monographie de Longueil. (Paris, Morgand et Fatout, 1880).

On sait que de 1737 à 1776 (date à laquelle l’Académie adjoignit à Cochin le secrétaire-suppléant Renou), le secrétariat fut tenu par deux graveurs, Bernard Lépicié, de 1737 à 1755, Charles- Nicolas Cochin, secrétaire en activité, de 1755 à 1776, secrétaire conseiller (ce qui était antiréglementaire), de 1776 à 1790.

Cochin recevait très largement ses collègues, et Wille, gourmand incorrigible, n’a pas manqué de noter, dans son Journal , qu’après avoir assisté le samedi 28 mai 1774 à la reddition des comptes de l’Académie, en compagnie de M. Pierre, premier peintre du Roy, des recteurs, directeurs, professeurs du mois, de MM. Chardin, trésorier et Cochin, secrétaire; il s’en fut avec tout le monde, vers les deux heures, à un repas splendide chez M. Cochin. On en sortit vers les six heures pour aller à l’Assemblée de l’Académie.

M. Eugène Müntz a retrouvé la note du traiteur et voici le menu de ce banquet académique, tel qu’il l’a publié dans ses Archives des Arts (t. I, p. i63, 1890).

Graveurs dignitaires de l’Académie.

Dinez fourny par Maréchalle le 28 de May 1774.

Une matelotte d’anguilles et carpes.

Une elle (aile) de ray sauce au câpres Deux plats de macros à la Me d’hotelle Deux poulet sauce au cornichon.

Un Cartier d’agnos

Trois carlets frits

Une alose au bleu

Des asperges .....

Des artichaux

18 livres 4 »

3 » 10 sols

Des petits pois

livres

sols

Des choufleur

Un fromage glacé

Deux compotte d’orange

Des biscuit . .

Une brioche .

Des échaudé

Sucre

24 pin d’une demy-livre

2 pin de 4 livre

Totalle.

livres

sols

Je reconnai avoirresu le some ci-desu-Fai à Paris ce 3 May 1774.

Maréchalle.

Le sieur Berlancour marchand de vin a fourni d’autre part à « Monsieur Chardrain » (sic)

Dix-sept bouteilles à 20 sols, somme. 17 livres

plus six bouteilles à 12 sols, ». 3 » 12 sols

L’orthographe du traiteur Maréchalle a son charme et les convives qui font si vaillamment honneur à sa cuisine ont, pour la plupart, dépassé depuis longtemps la cinquantaine

Pensions. Logements. Titres.

Parmi les artistes attachés à la Maison du Roi figurent deux graveurs pensionnés à 400 livres et l’on relève parmi les titulaires qui ont émargé au cours du XVIIIe siècle, les noms de Sébastien Leclerc, Pierre-Imbert Drevet, Nicolas de Larmessin, Jacques- Philippe Le Bas. Il y avait, en outre, un graveur des dessins du Cabinet du Roi, qui touchait 600 livres de pension et un graveur des Menus-Plaisirs du Roi, qui en touchait 1200. La place de graveur des dessins, créée en 1758 pour récompenser les efforts de Jean-Charles François, eut pour titulaires successifs Gilles Demarteau en 1770, et Jean-Michel Moreau le Jeune en 1778. (Moreau,

graveur des Menus-plaisirs depuis 1770, avait été proposé par le duc de Duras, pour succéder à Michel-Ange-Charles Challe, peintre et dessinateur du Cabinet du Roi, directeur des fêtes publiques, mort en 1778. Le duc d’Aumont voulait partager la place entre l’architecte Pàris et le peintre Durameau, on finit par la partager en trois et par nommer Pàris dessinateur, Durameau peintre et Moreau graveur du Cabinet du Roi (ier février 1778).

On relève bien d’autres pensions accordées à des graveurs, par exemple 1,000 livres à Cochin (4 mai 1771) pour le récompenser de ses services pendant qu’il a été chargé du détail des arts, ou 400 livres à Lempereur (ier février 1778), ancien graveur des Menus, qui reçoit là une espèce de retraite ; Bonnet touche une gratification pour sa gravure à l’imitation de pastel, et Mlle Le Prince, nièce du peintre-graveur, une pension viagère de 1200 livres en échange du manuscrit de son oncle qui contenait le secret de la gravure au lavis (l’Académie est autorisée à payer annuellement ces 1200 livres). Il y a malheureusement une ombre au tableau, les services du roi n’étaient pas très régulièrement payés et M. Rocheblave, dans ses Cochin (Paris i8g3, p. 192), nous apprend qu’en 1780 les arrérages dus à Charles-Nicolas Cochm s’élevaient à 22.000 livres !

Les rois logeaient des artistes au Louvre, et Cochin, dans les Mémoires inédits publiés par M. Ch. Henry (p. 110.) raconte avec son habituelle vivacité comment il a profité des bonnes dispositions de M. de Marigny et de l’arrêt des travaux en 1763 pour y installer, de concert avec son ami Soufflot, le plus de gens qu’il a pu. Lui-même y logeait avec sa mère, sa sœur, son « commis » Simon Miger, ses domestiques dont quelques impotents, qui trouvaient là leurs invalides, et cet élève qu’il logeait, nourrissait, et qui le vola indignement. Il est arrivé là bien après que les Drevet en étaient partis, juste à point pour remplacer Lépicié, mais il y a casé Charpentier et il a pu voisiner avec Debucourt et Bervic.

N’oublions pas que Cochin, chevalier de Saint-Michel, avait

été anobli le 2 3 juin 1757; avec Boucher-Desnoyers, nommé baron de l’Empire, c’est le seul graveur qui ait eu cet honneur en France; Nicolas Dorigny avait été fait chevalier par le roi d’Angleterre en 1720, Pierre-Louis Surugue, créé comte romain par le Pape, signait noblement « de Surugue, chevalier de l’ordre de l’Eperon d’or, (*) comte de Latran » et Simon Ravenet, qui avait été nommé professeur de gravure à l’Académie de Parme et postulait en vain pour l’ordre de Saint-Michel, eut au moins la satisfaction d’écrire à M. d’Angiviller une lettre (publiée par MM. Portalis et Beraldi, Graveurs du XVIIIe siècle , t. III, p.38i) d’où nous extrayons ce paragraphe : « J’ai l’honneur, Monsieur le Comte, de vous donner part que S. A. R. (Ferdinand Ier, duc de Parme et de Plaisance) a bien voulu me faire capitaine de cavalerie à son service afin que je puisse porter avec plus de décence la croix de St-Philippe, dans lequel j’ai été admis sur des preuves que l’on a jugées suffisantes »

Godefroy, dans Y Almanach des Artistes de 1776, est qualifié Trésorier de la Capitainerie royale de Sénart ; quant au graveur Anselin qui avait fait accepter par l’Assemblée Nationale (16 septembre 178g) la dédicace de son estampe : Le Siège de Calais d’après |. S. Berthélemy, il fut nommé d’enthousiasme (21 janvier 1790) Bourgeois de Calais.

Le Cabinet des Estampes du Roi.

Il y avait un titre qui ne rapporta jamais la moindre indemnité à ses détenteurs, celui de graveur de la bibliothèque du Roi; M. de Caylus avait fait créer le poste pour un de ses favoris. Fessard, en 1755. « M. de Caylus, lui-même n’était pas assez ignorant, dit Cochin ( Mémoires inédits, p. 75) pour ne pas sentir que si par malheur il étoit besoin d’entretenir quelque planche usée du

(1) Gérard Edelinck et Sébastien Le Clerc avaient porté l’un et l’autre, avec plus de discrétion, le titre de chevalier romain.

Adresse de l’imprimeur Claude Lercullier, portant les armes du Roi, celles de la Ville de Paris et celles de l’abbé Bignon, directeur de la Bibliothèque royale.

PL. 56 ( voyez fi. 162 ).

Cabinet du Roi, le pauvre Fessard ne pouvait que les gâter davantage; mais c’étoit son protégé qui avoit toujours été à ses ordres, il faloit qu’on aperçut son crédit. » M. Henri Maïstre, dans le Bulletin du Bibliophile de igoi {Le graveur Augustin de Saint-Aubin et la bibliothèque du Roi, p. 553 et suiv.), a relaté les vains efforts de Saint-Aubin, qui avait repris la succession de Fessard en juin 1777, pour obtenir un bout de pension. Il n’a jamais touché qu’une somme de 1200 livres que lui fit verser Lenoir en 1786, pour la gravure du plafond de la Galerie Mazarine et encore dans cette affaire était-il de compte à demi avec Cochin.

Fessard, nous l’avons dit, cherchait à se faire donner le monopole de la gravure des tableaux du Roi; ce qu’il a dû voir dans le titre de graveur de la bibliothèque du Roi, c’est un moyen de serrer les nœuds de son intrigue ; il fatiguait tout le monde et déclarait dans son programme que, procédant par fascicules de trois planches, il serait suffisamment couvert si le Roi voulait bien souscrire pour i5oo livres aux 5o premiers exemplaires de chaque fascicule et lui permettre d’exploiter les y5o exemplaires suivants. Après quoi les planches rentreraient dans le fonds du Cabinet du Roi. On finit par le prendre au mot : dans les comptes de joly, garde du Cabinet, il est bien fait mention de la première planche : Feste flamande, d’après Rubens, présentée le 5 décembre 1762, de la deuxième L’Empire de Flore, d’après Poussin, qui n’arriva que dix ans plus tard, le 22 décembre 1772, mais il ne fut jamais question de la troisième, et Saint- Aubin, lorsqu’il rappelle ce grand projet, n’en parle que mollement.

En somme, les graveurs de la Bibliothèque du Roi n’ont joué qu’un rôle bien effacé dans ce Cabinet des Estampes qui s’est développé si magnifiquement au XVIIIe siècle, surtout sous la direction de Joly (1750-1792).

Rappelons succinctement que les estampes et planches gravées, logées primitivement à l’Hôtel Colbert, furent en 1724, transportées dans les Galeries du Palais Mazarin; elles y occupèrent

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