‹ L'estampe française;Chapitre 16 sur 45 · IÔ · texte numérisé non relu

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d’abord, près de l’appartement du Bibliothécaire en chef, un local assez défectueux; elles furent transférées en bordure de la rue Colbert, au rez-de-chaussée en 1738 et à l’entresol en 1751. Les planches gravées sont restées là jusqu’au 10 juillet 1812, date de leur réunion définitive à la Chalcographie du Louvre (réunion décidée en principe le 3 fructidor an IX), les estampes, jusqu’en i85q, date de leur installation dans la galerie qu’elles occupent actuellement. La salle des Estampes, comme celles des Imprimés, était ouverte au public les mardi et vendredi de chaque semaine, depuis 9 heures jusqu’à midi, excepté les jours de fête et le temps des vacances.

C’est en 1720 seulement que le Cabinet des Estampes devint administrativement une section à part de la Bibibliothèque royale, sous la direction d’un « Garde du Cabinet des Planches gravées et Estampes » logé dans l’établissement (1). Voici la liste des Gardes au XVIIIe siècle :

La Hay.

L’Advenant.

L’abbé de Chancey.

Charles-Antoine Coypel, peintre.

Delacroix.

Hugues- Adrien Joly.

Michel- Honoré Bounieu, peintre.

Jean-Adrien Joly, fils.

Il faut rattacher aux services du Cabinet le graveur en tailledouce dont nous avons parlé plus haut, l’imprimeur en tailledouce du Cabinet des Estampes. (Claude Lercullier, qui avait cette fonction, porte également sur l’état de 1781 le titre d’imprimeur de la Ville), et, dans une certaine mesure, l’inspecteur chargé de veiller au recouvrement des exemplaires dus à la Bibliothèque. L’inspecteur qui figure sur l’état précité n’est autre que

(1) Il était assisté de deux commis.

N. -T. Le Prince, auteur de V Essai historique sur la Bibliothèque du roi (1782).

Nous empruntons à l’ouvrage de M. Henri Bouchot, Le Cabinet des Estampes (Paris, Dentu, i8g5, in-8°, p. IV), la liste des principaux enrichissements du Cabinet des Estampes au XVIIIe siècle :

1712. Don de Nicolas Clément. Environ 18,000 portraits classés méthodiquement.

1716. Entrée à la Bibliothèque des collections de Roger de Gaignières, données au roi en 1711. Les dessins de tombeaux, de monuments divers, de pièces de topographie passèrent au Cabinet des Estampes en 1740.

1718. Entrée à la Bibliothèque des beaux dessins de botatanique légués à Louis XIV par son oncle Gaston d’Orléans.

1731. Acquisition de la collection du marquis de Beringhen.

(Près de 90,000 estampes sur toutes les questions d’iconographie et d’histoire.)

1770. Don par Fevret de Fontette de plus de 20,000 pièces sur l’histoire de France, classées chronologiquement.

1770. Don par Michel Bégon de 24,746 pièces.

1775. Acquisition à la vente P. -J. Mariette de 12,504 estampes.

1782. Acquisition de 12 volumes de plantes, dessinées par les frères Prévost pour M. Roussel, fermier-général.

1784. Acquisition de 728 pièces de Rembrandt — moyennant 24,000 livres — à la vente du peintre Peters.

1784. Acquisition diverses à la vente du duc de La Vallière.

(Fleurs peintes par Rabel, Triomphe de Maximilien, etc.).

1789. Acquisition de recueils formés par le maréchal de Richelieu et concernant les modes.

1795. Entrée de 52 volumes provenant du ministre Bertin et renfermant des pièces dessinées en Chine.

1795- Collection du conseiller de Tralage, autrefois à l’abbaye de Saint- Victor et versée à la Bibliothèque. (33, 000 estampes de mythologie et de topographie).

1 797 • Dépôt dit de Versailles. Livres et estampes provenant des Bibliothèques du roi, de la reine, des comtes de Provence et d’Artois, de Mesdames Adélaïde et Victoire.

1798. Dépôt dit des Capucins, fait en Brumaire an VII.

En ce qui concerne les planches gravées, l’apport du XVII Ie siècle peut se traduire en quelques chiffres plus rapides, mais non moins éloquents :

A la fin du XVIIe siècle le fonds du Cabinet du Roy comprenait g56 planches gravées ;

Le Catalogue des volumes d' Estampes dont les planches sont à la Bibliothèque du Roy (1743) en indique i55o;

L’inventaire achevé le Ier octobre 1779 par Hugues-Adrien July, 2,107.

(Cet inventaire manuscrit se termine par la note suivante :

cc Ces 3i8 planches étaient enfouies à l’Imprimerie royale depuis 1686, elles en ont été tirées à la réquisition de AI. l’abbé Bignon, en 1767, par ordre de M. le comte de Saint-Florentin. Il serait à désirer que M. Bignon obtint un nouvel ordre du Roi pour réunir au chef-lieu, le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque du Roi, toutes les autres planches gravées aux dépens de Sa Majesté et qui sont éparses tant à l’Imprimerie royale, à l’Académie des Sciences, à la Direction des Bâtiments du Roi, qu’aux Menus-Plaisirs et peut-être encore ailleurs ».

C’est, on le voit, le projet de centralisation réalisé en l’an XI par la création de la Chalcographie).

L’inventaire de Prairial an V relève 2,480 planches gravées, et l’acte de transmission à la Chalcographie 2,5o5.

Le roi faisait présent d’estampes éditées par son Cabinet comme on offre encore aujourd’hui les œuvres d’art sortant de nos

manufactures nationales. Tantôt il donne le recueil complet, tantôt la partie capable d’intéresser particulièrement le bénéficiaire.

Nous voyons, par exemple, qu’en 1727 l’ensemble du recueil est attribué sur l’ordre du roi :

Au cardinal de Fleury,

à M. de Valincourt,

au chapitre de Saint-Pierre de Lille,

à M. le Garde des Sceaux d’Armenonville,

à M. de Cotte, fils,

à M. le chancelier d’Aguesseau,

à la petite Bibliothèque de Versailles,

à M. le duc d’Antin,

à M. le Procureur général.

M. d’Hermand, colonel, ingénieur, reçoit seulement les ouvrages capables d’intéresser un stratégiste : Les Petites Conquêtes, Le Clerc, Le Van der Meulen, Le Beaulieu, la seule série qui ne rentre pas dans sa spécialité est celle des tapisseries historiques.

Un exemplaire complet du Cabinet du Roi, relié en 2Ô volumes couverts de maroquin, revenait, en 1760, à :

i,5oo livres pour les frais de papier et d’imprimeur,

1,000 livres pour les frais de reliure.

Et, comme on avait été fort libéral dans la distribution, il ne restait en réserve à cette date que 16 exemplaires du premier tirage, aussi Joly demande-t-il à son supérieur, l’abbé Bignon, l’autorisation de faire racheter en sous-main les exemplaires qui passent en vente : « Ce qui coùteroit moins cher au roi que d’en faire tirer et relier de nouveaux. » Les derniers exemplaires complets paraissent avoir été offerts, en 1777, à M. Papillon de La Ferté, intendant des Menus, à M. Anisson, directeur de l’Imprimerie royale, en 1781 à M. de Vergennes. Parmi les notabilités qui reçurent le Recueil des Plantes gravées, on relève les noms de M. de Buffon (1777) et de « M.de Haga, pendant son séjour à la cour de France en 1784. «

Les Expositions.

Les membres de l’Académie de peinture et de sculpture furent autorisés pour la première fois à exposer leurs œuvres au Palais du Louvre en 169g. L’exposition s’ouvrit le 25 août, jour de la Saint-Louis, date consacrée, et le livret nous apprend qu’elle occupait dans la Galerie d’Apollon environ 1 1 5 toises, délimitées par les cloisons et décorées de tapisseries prêtées par le gardemeuble de la couronne sur l’ordre de Sa Majesté.

L’exposition suivante 11’eut lieu qu’en 1704 et il est assez difficile de déterminer le moment où les académiciens quittèrent la Galerie d’Apollon pour exposer leurs œuvres dans ce salon du Louvre qui, dit Mercier, l’auteur du Tableau de Paris, est peut-être la pièce la plus régulièrement vaste qui existe dans un palais de l’Europe

C’est cle notre salon carré qu’il s’agit, il était alors éclairé non par un plafond lumineux, mais par cinq grandes fenêtres donnant sur la Seine et l’on ne songe guère à lui quand on lit ces vers bien connus attribués au marquis de Villette. (Critique en vers du Salon de 1777, Courrier de l'Europe) :

Il est au Louvre un galetas Où dans un calme solitaire Les chauves-souris et les rats Viennent tenir leur cour plénière :

C’est là qu’Apollon sur leurs pas,

Des Beaux-Arts ouvrant la carrière Tous les deux ans tient ses États

Notre tâche se trouve singulièrement simplifiée par les excellents travaux de M. } ules Guiffrey, sur les Salons du XVIIIe siècle ; nous ne saurions mieux faire que d’y renvoyer le lecteur désireux de se renseigner à fond, mais il est facile de se rendre compte que les graveurs ne tenaient pas beaucoup de place dans ces expositions, auxquelles, de 1704 à 1791, les membres de l’Académie seuls avaient le droit de prendre part et qui ne s’ouvraient que tous les deux ans, depuis 1731.

Le Salon de 1699

Les graveurs n’avaient guère d’autre occasion de se produire : il y avait bien Y Exposition de la Jeunesse, et c’était un titre charmant, mais elle se tenait une fois l’an, place Dauphine, en plein

air, et durait de six heures du matin à midi Nous avons relevé,

dans les notes de M.Bellier de la Chavignerie, sur ces expositions (Revue universelle des Arts, t. XIX, p. 38 et suiv.), quelques noms de graveurs, Boquet (1788), Moreau le jeune (1761), Mlle Naudet (1788), Parizeau (1769-1770), mais ils n’ont jamais envoyé là que des dessins.

Quant aux expositions de l’Académie de Saint-Luc, dont la suppression (obtenue sur les sollicitations de Pierre, directeur de l’Académie) coïncide avec le réquisitoire de Turgot contre les corporations (1776), on n’y relève guère d’autres gravures que celles de Marcenay de Ghuy en 1753 et 1764.

Lorsque Marcenay voulut ressusciter l’exposition de l’Académie de Saint-Luc, sous le nom d’Exposition du Colisée (1776), il recueillit l’adhésion de quatre graveurs; il avait projeté, pour l’année 1777, une exposition avec un programme de prix : 2,800 livres pour un tableau; 800 livres pour une terre cuite de 3o pouces et 3, 000 livres pour une planche gravée, sur lesquels il comptait pour attirer les artistes, mais l’Exposition de 1777 fut interdite par un arrêt du Conseil obtenu sur les instances du surintendant des bâtiments du roi, le comte d’Angiviller

Reste le Salon de la Correspondance, fondé en 1777-1778, rue de Tournon, par Claude Pahin de la Blancherie, dont le principal titre de gloire est d’être cité dans les Mémoires de Mme Roland, qu’il avait courtisée sans grand succès à l’époque où elle s’appelait Mlle Phlipon. Cette institution ressemble assez à une agence de commission et, en fait de noms de graveurs, on ne retrouve guère dans ses papiers que ceux de Bounieu (1783), Chodowiecki (1787) et Choffard (1787).

Le Salon du Louvre est donc bien le seul dont il faille tenir compte en ce qui concerne les graveurs.

La critique par le public. Diderot.

Mais, encore une fois, la gravure ne tient pas beaucoup de place ni sur les murs ni dans ces innombrables libelles, parfois très vifs, que l’Académie laisse vendre avec sérénité tout près de la table où Mme Hardouin débite les livrets. C’est là que l’on comprend fort bien qu’en somme la gravure est pour le public du XVI IIe siècle un art mineur, il s’en amuse, mais il est tout étonné qu’on l’expose. Diderot, qui personnifie si bien le bourgeois promené dans le Salon par un artiste, écrit tout simplement : « Il faut avouer aussi qu’à côté de la peinture, le rôle de la gravure est bien froid, on la laisse toute seule dans les embrasures des croisées, où il est cl’usage de la réléguer. « (Salon de 1767, article : Aliamet).

Diderot suit l’usage et consacre dans le Salon de 1765 (édition Tourneux, Paris, Garnier 1876) sept bonnes pages à des théories sonores sur la gravure, une page aux dessins de Cochin et deux tiers de page aux estampes exposées, il ne s’échauffe un peu que pour les gravures en manière de crayon de Demarteau, ce métier l’intrigue, mais quand il prend la peine de s’arrêter en face d’une estampe, c’est rarement pour décerner un bon point; il passe par exemple devant les envois de Moitte au Salon de 1765 et fulmine : « On ne saurait plus mauvais. Son Donneur de Sérénade et sa Paresseuse, cl’après Greuze, presque supportables. Quant au Monument de Reims, conduit et corrigé par Cochin, très complètement raté. » Grimm ajoute : « Si l’estampe du monument de Reims n’est pas très bien venue sous le burin de M. Moitte, il faut convenir aussi que l’original en bronze n’est pas sorti heureusement des mains du bon Pigalle. La figure du Roi, qui est pédestre, est absolument manquée. Le Roi a l’air d’un charretier, il est ignoble et lourd et il faut avoir un talent tout particulier de manquer une figure pour donner au Roi l’air ignoble. » Les artistes n’étaient

pas encore au régime du « Cher Maitre »

En 1771, dans le Salon où Bounieu exposait une Allégorie de la

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