MORT £T RÉVEIL DE L^IMÂGINÀTION. A
ffitivrftfijfir Ift r^^^jp mept de Tesp rit. Tel est le but vers lequeTïa rénovation poétique de l'Angleterre moderne s'était nettement dirigée dès les premier jours ; telle est la pensée qui, dans le Prélude et Y Excursion de W. Wordsworth, s'était déjà clairement dégagée. Maintenant, ce que Wordsworth avait fait pour la poésie, ou plutôt pour les poètes, un autre Ta tenté pour les peintres et les architectes. Les deux esprits sont différents, leurs formules peuvent varier, au fond leur esthétique est la même, et elle s'éloigne autant de l'esthétique allemande que de l'esthétique française. Elle n'est point un effort d'intelligence pour comprendre les conditions externes de l'art; elle n'est pas davantage un effort de spéculation abstraite pour en concevoir les conditions sub^ jectives. A proprement parler, elle est un examen de conscience, et une morale pratique pour former des poètes et des peintres. Si Ton veut, c'est une théorie de l'imagination, mais une théorie d'un caractère particulier, une enquête plutôt qui recherche d'abord consciencieusement quelles sont les aptitudes et les grâces de naissance sans lesquelles un homme perdrait son temps à vouloir devenir un artiste, et qui se propose ensuite d'indiquer au peintre l'éducation qu'il a lui-même à se donner, la discipline qu'il doit s'imposer, les défauts qu'il doit extirper de son caractère pour favoriser le développement de ses dons de nature et pour arriver ainsi à la véritable imagination, dont les inspirations font seules l'artiste de génie.
Là est le côté faible aussi bien que le côté fort de l'esthétique anglaise. Le sentiment de l'action que le caractère
moral exerce sur les facultés spéciales du peintre est si vif chez elle, qu'elle a parfois pris les qualités du caractère pour les facultés plastiques elles-mêmes. Elle s'est égarée jusqu'à vouloir que la peinture n'eût pas d'autre but que d'exprimer et de favoriser le développement des consciences et des intelligences. Hais cela n'empêche pas que les qualités morales ne soient réellement nécessaires pour seconder la croissance et le libre jeu du génie plastique. Combien de belles inspirations que la vanité a changées en un monotone radotage! — et sur cette question de l'art, à laquelle chaque peuple a ap • porté ses lumières particulières, je crois en somme que l'Angleterre a bien fourni sa part de vérités, et que sa contribution à elle n'est pas la moins proGtable à connaître.