Mcngs, OEavres compL, t. II, p
8. Quatremère ne recherche pas avec méthode ce que Raphaël doit aux antiques des Médicis à Florence, puis à ceux de Rome ; quelles étaient les leçons que lui pouvait donner cette antiquité jusque-là révélée, bien avant les découvertes du Parthénon, de Phigalie, d'Egine, de Milo. Il se sauve de la difficulté en affirmant que Raphaël eut V inluition de rhcllénismc.
/j. Raphaël, p. 29, 83, 5o, 880-889.
5. C'est en effet la pédagogie de l'Ecole des Beaux-Arts sous la Restauration, et
î/}2 LES AUTORITÉS MODERNES DE LA DOCTRINE
l'art, Cousin depuis 1818 le prône dans la philosophie. Tard venu, après l'ère des recherches dispersées, pour recueillir les résultats, il est la méthode infaillible de la perfection. L'esprit classique, quand il ne se surveille pas, est tout près de le confondre logiquement avec celle-ci.
Mais l'éclectisme n'empêche pas l'originalité : encore un dogme de l'Ecole, dont Raphaël, si original dans l'imitation, prouve la vérité. Que les novateurs apprennent de lui en quoi l'invention, qui fait du nouveau avec de l'ancien ou avec des emprunts aux maîtres contemporains, diffère de l'innovation. S'il a réuni en lui les qualités de ses prédécesseurs ou de ses rivaux, c'est en les (( dégageant de leur superlatif; on peut trouver le plus chez quelques autres, chez Raphaël on est sûr d'avoir le mieux » \ C'est ici le dogme du (( juste tempérament », de la mesure, qui est le propre de la perfection classique . Pour Quatremère comme pour Boileau , et chez Raphaël comme chez Racine, la loi de l'œuvre classique c'est-à-dire parfaite est l'équilibre des facultés qui la créent, des parties qui la composent, des impressions diverses qu'elle produit dans l'âme. Sa loi, c'est le goût : rien de trop. C'est celle de la civiltà chez le « Cortegiano » de Baldassare Castiglione (un ami de Raphaël), et de (( l'honnête homme » au xvii^ siècle. Le romantisme est, par définition, excès, et définit le génie par l'excès. A côté de V « ensemble mesuré » de l'œuvre de Raphaël, il n'apporte que délire.
Idéalisme, goût de l'antique, éclectisme, et mesure, telle est la formule où Quatremère voudrait emprisonner la personnalité de l'artiste. Raphaël, qui nous la propose, est donc l'autorité moderne, infaillible, sur laquelle doit s'appuyer la doctrine de l'imitation. Jamais preuve ne fut si étroitement
aussi celle de rAcadémie de France à Rome, sous l'inspiration de l'Académie des Beaux-Arts : voir les rapports annuels sur les envois des pensionnaires, 1816- 1889, et la correspondance du secrétaire perpétuel avec les directeurs (R. Schneider, op. cit., III^ Partie).
I. Raphaël, p. 387-889. On sent que Quatremère, avec tous les classiques, ne se sent en sécurité qu'avec les artistes qui ont le talent de la moyenne : les grands artistes spontanés, dont les chefs-d'œuvre sont le résultat des forces obscures du génie, leur paraissent des monstres.
adaptée à une thèse. Les deux forment ensemble une construction où se reconnaissent à la fois la vigueur de synthèse de l'esprit classique, le parti pris de l'académisme, la décision catégorique de Quatremère.
Ouvrage de doctrine et de combat, le Raphaël ïaii dans le monde des artistes et des théoriciens tout le tapage que souhaitait Fauteur. Celui-ci en exprime sa joie^ Dans une Europe encore toute imprégnée de classicisme, cela va même jusqu'à la « popularité » \ En 1826 Quatremère le résume et y renvoie dans un article de la Biographie universelle ^ ; en i833, i835 nouvelles éditions, la dernière augmentée d'une description des fouilles qui viennent de remettre au jour le tombeau du grand homme au Panthéon ; c'est Nibby qui lui envoie la relation, comme au grand prêtre du culte, reconnu pour tel en Europe ' ; Nibby d'ailleurs propage complaisamment à Rome et en Italie le renom de l'auteur et du livre. C'est qu'à l'étranger aussi l'ouvrage sert à redorer le nimbe de Raphaël: en 1829 l'Italie reconnaissante l'avait traduit, comme désormais classique'; en i836, c'est l'Allemagne ^ pourtant en plein accès de Nazaréisme : Cornélius vient d'achever la préparation sur cartons du cycle de fresques destinées à l'église Saint-Louis de Munich; en i8/i6 et 1872, c'est l'Angleterre ^ ; le Raphaël arrivait ici à propos : la première date est celle du suicide de Haydon, le chef de l'école académique, et de l'établissement définitif à Londres de l'initiateur du préraphaélisme, Madox Brown, la seconde