Cité . T G^i. Saunier, op. cit., p
génie la définit elle-même. Les sources de l'art raphaélesque, c'est d'abord la nature. Mais Quatremère, on le devine, se hâte de préciser l'usage que Raphaël en fait et nous invite à en faire ^ Certes celui-ci, quand il le veut, sait la reproduire telle quelle, en ses détails caractéristiques : voyez le portrait de Sigismond Gonti dans la Madone de Foligno ; l'anatomie du visage y est implacable. Mais le plus souvent, il relève l'exactitude minutieuse par l'expression, par le caractère, par le style : tels les portraits de Jules II et de Léon X, oii l'âme est visible. Son bonheur est de peindre la beauté : tel le portrait de Jeanne d'Aragon. Dans la Visitation, il sait arrondir la grossesse avec décence ; dans le Spasimo, faire sentir la divinité jusque dans la souffrance physique ; le rellet des objets prochains sur la cuirasse du centurion ne saurait nous distraire du drame : minutie et grandeur I Chez lui seul la Vierge n'est point une nourrice ; chez les mendiants et les estropiés il sait rendre (( l'idéal de l'ignoble », et dans un Incendie s'attacher à montrer, moins le feu et les flammes, que le tumulte des âmes ^ Voilà une leçon à l'adresse de la Barque du Dante de Delacroix, du Charriot de blessés de Bellangé, de V Amante folle de douleur d'Horace Vernet et des quatre cents portraits du Salon de 1822. Afin que nul ne s'y méprenne, Quatremère met en épigraphe à son ouvrage une citation de Fred. Zuccharo : (( Soleva dire Raffaello che il pittore ha obligo di fare le cose non come le fa la natura, ma come ella le dovrebbe fare ))\ Une autre source de l'art de Raphaël c'est l'antiquité. C'est à elle qu'il faut, à son exemple, demander de nous
I. Il est curieux de voir Milizia, Rapli. Mengs, Azara reprocher à Raphaël un naturalisme excessif, qui va jusqu'à la vulgarité. « Le dessin de Raphaël, dit Milizia, pour les formes copia le beau individuel comme il le trouva ; il ne connut point la belle nature ; il abusa des contours convexes dans les enfants, les femmes, les divinités, et donna dans le grossier » (L'A/'/ de voir dans les Beaux-Arts, p. 65). L'ultra-idéalismc italien et allemand de la fin du xyiii^ et du commencement du xix^ récuse donc Raphaël comme autorité. . 2. Journal des Savants, 1825, p. 55 ; Raphaël, p. 47, 187, i/|3, i84, 187, 2o5,
3. L'ouvrage se donne ainsi, des la i''' page, comme une arme de combat.
LA PEITVTURE ITALIENNE T^I
interpréter la nature. Voilà ce que les romantiques ne savent ou ne veulent plus faire. Qualremère constate le sens profond de l'antiquité * dans les grottcschi des Loges, dans l'Ecole d'Athènes, dans le Parnasse, dans les légendes de Psyché et de Galatée, sans se demander un seul instant, comme le fit Mengs, si Raphaël a fait autre chose que (( multiplier le goût antique de second ordre ))\ Lui qui, il y a cinq ans à peine, en 1818, a fait un énergique effort pour remplacer, comme modèles de l'art moderne, les copies par les originaux et le gréco-romain par le grec, il ne demande aucun compte à Raphaël qui copie comme un original le groupe des Trois Grâces de Sienne, les chevaux de Montecavallo et le torse du Belvédère (si la Vision d'Ezéchiel est de lui), et dessine les esquisses de la bataille de Constantin d'après les bas-reliefs de la colonne Trajane. Il suffît que les modèles soient antiques et que Raphaël s'en soit inspiré ^
Mais Raphaël puise aussi chez les modernes ; et c'est dans l'interprétation de ce fait que l'académisme de Quatremère livre tout son secret. La grandeur de l'urbinate c'est d'avoir fondu dans sa « manière » les qualités diverses des plus grands maîtres de son temps. Michel-Ange n'est grand que par la science du dessin, Titien par la couleur, Corrège par le moelleux et le clair obscur ; Raphaël a ces qualités à un moindre degré que chacun, mais il les a toutes"^. Il est l'éclectisme, et l'éclectisme est l'idéal ou le dogme de l'école, de toute école académique ; les Garrache au début du xvii'' siècle, Goypel et l'Académie de Peinture au xviii% les Davidiens et Quatremère sous l'Empire et la Restauration l'ont professé". Pendant que Quatremère le prône dans
1. Raphaël, p. 28, 53, 62-04, 00, 89, ii3-ii5, 12O, 288, 2O8, 278, 827,