‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 145 sur 163 · Moniteur, 17 août i · texte numérisé non relu

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Lenoir leur avait donné refuge, restent seuls \ L'hostilité mal déguisée de Quatremère est donc depuis Winckelmann un article de foi pour les ultra-idéalistes etlesantiquomanes.G'est si bien la doctrine ofTicielle, qu'un demi-indépendant, comme Horace Vernet, en veine de rapliaélisme depuis qu'il est directeur de l'Académie de France à Rome (i 828-183/1) y donne son adhésion ; déjà en 1826, à une voûte du musée Charles X au Louvre, son Jules II examinant les plans de saint Pierre que lui présente Bramante mettait'en scène Raphaël et Michel- Ange dans l'esprit ori venait de le faire Quatremère en 1824 ; mais en i83o, le Raphaël au Vatican, conçu et exécuté à Rome après lecture du livre de Quatremère^, envoyé à Paris et exposé au Salon sous les auspices du secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, est si hostile à Michel-Ange que Gustave Planche, dans V Artiste^, proteste avec indignation. Voilà pourquoi, si le Raphaël était un panégyrique dont l'excès avait frappé même les amis de l'Institut, le Michel- Ange est pour qui sait lire entre les formules admira tives uneexécution. Raoul Rochette, membre de llnstitut, éprouve le besoin de remettre au point l'histoire dans l'ofliciel Journal des Savants: une partialité excessive pour Raphaël, dit-il, a réduit Michel-Ange (( au seul mérite de dessinateur », a fait de lui (( un intrigant, un envieux et un méchant » \

Quatremère avait été pourtant plus indulgent en 1821 dans l'article de la Biographie Michaud ' qu'il lui avait concré. Que s'est-il donc passé entre 1821 et i83o ? C'est que le romantisme avait fait regagner à Michel-Ange une partie

1. Cf. de Lenoir les « Observations sur le gcnic de Michel-Ange » dans les Annales françaises des Arts, t. VJ, 1820.

2. Edit. de i835, p. 339 : « Michel-Ange vivant seul, allantseul, formaitpar son humeur sombre... le contraste le plus frappant avec Raphaël », et, en note, l'anecdote contée par Vasari.

3. i833,t. V, p. g5:« Nous ne chicanerons pas M. Horace Vernet sur le parti qu'il semble avoir pris dans la querelle... Mais n'a-t-il pas songé qu'en représentant Michel-Ange sous des traits si ignobb^s, il donnait à croire qu'il n'avait jamais compris ce qvi'il y a de génie dans le Jugement Dernier ».

[\. Journal des Savants, 1826, p. 357, 5. T. XXVIII, p. 57G-589.

l5/i LES AUTORITÉS MODERNES DE LA DOCTRINE j;

du culte que la réforme idéalo-an tique avait reporté sur Raphaël. Les deux écoles se battent avec la gloire des deux maîtres ; mais sur Michel-Ange les romantiques ne sont pas sollicités entre l'apologie et la critique : enthousiastes, Michel- Ange leur est un dieu, et même un dieu d'autant plus adoré qu'ils ont été le prendre sur les autels ennemis.

Stendhal, dès 1817, dans sa. Peintaré en Italie, avait commencé l'apologie. En tête du chapitre qu'il lui consacre, il inscrit en épigraphe le mot de l'Arioste : (( Michel piu che mortal, Angiol divino » \ et cela dans l'ouvrage où il se réclame des théories idéalistes de Quatremère ! Les sévérités de Winckelmann, d'Azzara, deMengs et de Milizia.^^ Ce sont (( nos La Harpe jugeant Shakespeare » : jalousie d'impuissants. Pour concourir avec les Grecs la sculpture moderne n'aurait qu'à présenter une Danseuse de Ganova et le Moïse : la Grâce et la Force ^, On ne copie plus le Moïse depuis longtemps, mais le xix* siècle, assure Stendhal, va lui rendre des admirateurs. En effet, depuis que la Révolution a tué cette politesse des manières et cette douceur des mœurs qui nous rendaient hostiles à l'énergie dans l'art, nous sommes plus aptes à goûter l'œuvre formidable de ce « solitaire, plein de rage et de haine pour les hommes » \ Lisons l'Apocalypse, et regardons-la. Lui, Stendhal, en la regardant, éprouve la même sensation que dans « la malheureuse retraite de Russie )), lorsqu'ils étaient tout^à coup réveillés au milieu de la nuit sombre par une canonnade opiniâtre, et que, toutes les forces de l'homme se rassemblant autour du cœur, il était en présence du Destin » \ Cet artiste a le génie des (( épouvantements » : s'il revenait, « les traits contractés de Macduff demandant 1 histoire du meurtre de ses petits enfants, Othello après avoir tué Desdemona, le groupe de Roméo et Juliette se réveillant dans le tombeau, Ugo et Parisina écoutant leur

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