Préface des Feuilles d'automne, nov. i83i
l56 LES AUTORITÉS MODERNES DE LA DOCTRINE
fut jamais d'humeur à s'emprisonner dans une coterie: (( faites de Michel-Ange un seigneur d'Académie, vous n'aurez qu'un petit maître fade » '. L'Artiste, organe attitré des romantiques, et qui prend parfois à partie le secrétaire perpétuel et (( les vieillards » qui dorment autour de lui en attendant la mort, se gausse de l'imposante critique « qui applique son échelle la plus longue à cet homme monument » ^ : à tous il prône comme exemple les (( fantasques débauches » de ce génie tout moderne, qui semble avoir eu à tâche de réprouver l'inspiration et la méthode des anciens.
La Révolution de i83o a encore grandi Michel-Ange : il devient la Liberté contre la Discipline, l'individualité obstinée contre l'académisme. Gustave Planche, dans VAi^tiste, en 1882 ^ houspille l'Ecole de Rome où un tel génie est suspect ; nouvelle campagne en i83/i dans la Revue des Deux Mondes, qui s'adresse aux bourgeois : les prophètes et Dante, Phidias, Shakespeare, Ghilde Harold sont invoqués, pour nous aider à comprendre ce grand malade qui traduisait (( en sonnets plaintifs, en sombres élégies, sa mélancolie désespérée » et faisait passer dans des blocs de marbre (( l'éternité de la tristesse florentine » ^ !
Mais ce qui a dû combler d'amertume le cœur de Quatremère et des classiques, ce fut de voir certains artistes s'agenouiller devant lui. Secrétaire perpétuel à une époque où l'Académie exerce la. dictature du goût, membre du conseil honoraire des musées, donc des jurys d'admission au Salon et du jury des récompenses, il voit de près son influence néfaste croître à pas de géant. Déjà Girodet, qui n'était point un romantique, avait étalé dans le Déluge (1806) son savoir myologique et ses réminiscences michelangelesques ; il se