Rev. des Deux Mondes, i^»" février
MICHEL-ANGE ib']
piquait, lui si sage en son art, d'aimer Michel-Ange et Dante ', (( tous deux graves, mélancoliques, fiers, sombres, terribles, impétueux. . . , profonds comme les abîmes qu'ils ont peints ))^ Ce qui était plus grave, Géricault peignait les nus vigoureux du Radeau de la Méduse avec ses souvenirs tout frais d'Italie, où les fresques du maître l'avaient tant frappé. Heim, qui avait dessiné à Rome les principaux groupes du Jugement Dernier, tire parti de ces dessins pour son Sac de Jérusalem (Sal. 182/i), point avec énergie dans une couleur qui veut être farouche^. Ce Salon de 182/1, dont le jury final pour les récompenses fît appel à Quatremère (pourtraicturé à ce titre même dans le tableau de Heim), fut du reste un triomphe pour Michel-Ange' : non seulement Pérignon et Cacheux le mettent en scène dans leurs tableaux, Gatteaux dans une statue, Goigny dans une gravure, Aubry Lecomte en lithographie..., mais encore Sigalon prélude, par le corps convulsé de l'esclave empoisonné par Locuste sous les yeux de Néron, à sa Vision de saint Jérôme (i83i), toute michelangelesque de dessin, et à sa copie du Jugement Dernier. C'est, avec les Massacres de Scio, le plus gros succès du Salon : il fait pencher la balance du côté des romantiques et de Michel-Ange, en dépit du Vœu de Louis XIII d'Ingres qui est un retour à Raphaël. Or Quatremère est sévère à l'art de Sigalon '.
Mais ni sa sévérité ni l'accueil empressé que l'Académie des Beaux-Arts fait à Ingres-Raphaël n'arrêtent le mouvement. Eugène Delacroix le précipite. Déjà en 1822 Tliiers
1. Cf. Delécluze, David et son atelier, p. 270. « Girodet était un homme qui se donnait un mal infini pour être original ; aussi parlait-il avec les plus grands éloges de Michel-Ange. «