L IDEALISME DE L ART GREC I I
En revanche Qualremère a ses lieutenants. Victorin Fabre et Giraud lui reviennent après de courtes apostasies. A l'Académie des Inscriptions, ou plutôt à la classe d'Histoire et Littératuie ancienne oii il est entré en i8o/i, il reprend d'ailleurs son plaidoyer sur (( l'emploi du genre idéal' ». Le cas est grave : la commission chargée de composer l'histoire métallique de l'Empereur se préoccupe de fixer le style des médailles. Un parti, avec Mongez en tête, veut le style moderne et exact, le costume vrai, la couleur locale; Quatremère veut le style « idéal » delà monnaie et de la médaille antique, c'est-à-dire la transposition des sujets modernes par le costume héroïque et le nu^ Dandrée^ Droz\ invoquent l'/c/ea/ comme un texte qui fait loi; en 1810, le Jury de l'Institut pour les prix décennaux juge au nom des principes que Quatremère défend; Girodet obtient le prix avec « Le Déluge », Girodet platonicien, qui en 181 7, en séance publique de l'Institut, prônera l'imitation de « cette beauté céleste inaccessible aux esprits comme aux sens du vulgaire S). Stendhal luimême s'est pénétré d'abstraction en lisant Quatremère : en 1817, il voudrait voir disparaître des portraits, en faveur de (( l'économie d'attention », les plis de la peau etles moindres verrues, que les portraitistes considèrent comme « des bonnes fortunes » : à l'appui de sa thèse il invoque « les connaisseurs » comme le secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, et cite Y Idéal comme autorité ^ Il est piquant de voir Quatremère retenir, sans le savoir, sur la pente du Romantisme, l'enfant prodigue, qui d'ailleurs vient d'admirer en Italie les antiques gréco-romains du Louvre, resti-
1. Neuf lectures de 1807 à 1808, sur L'Emploi du genre ù/ea^ (Archives de l'Institut, Registres mss. des Proc.-verb.).
2. Cf. notre analyse des Proc.-verb. tie la Commission des médailles aux Arch. de l'Institut (0/3. cit., V^ partie).