‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 46 sur 163 · Id., p. i85 sq · texte numérisé non relu

Id., p. i85 sq

2. « Le Beau idéal... est un produit de la faculté d'idéor... L'artiste ne se sert que de l'œil intérieur, de celui de l'imagination, du sentiment et de la plus subtile intelligence », id., p. 29, 190.

3. L'Idéal (Moniteur, i8o5, t. II, p. i56), et édition de 1887, p. 4i, 60.

là il faut l'étudier. L'imitation, inférieure à la réalité individuelle, qui possède toujours, même en ses défectuosités, la vie organisée, n'aura sa revanche que par l'idéal, en créant un monde nouveau où les intentions delà nature et la volonté du créateur soient réalisées. Au lieu du portrait d'un avare Molière nous montre l'Avarice, et Glycon, s'il a vu des hommes forts, n'a jamais vu qu'en esprit le modèle de la Force qu'il nous présente. La Vénus de Médicis n'est pas une l)elle femme : elle est la Beauté. Le but de l'imitation, c'est, en scrutant « les principes de d'organisation des êtres et la fin à laquelle est destinée chaque partie du corps », d'atteindre au Type ou plutôt à l'Archétype, seul vrai, seul éternel, seul universelV Le grand art est donc une métaphysique, puisqu'il n'emprunte les simples apparences que pour traduire l'intelligible.

Il s'ensuit que Tarchétype est la beauté même, et que la beauté, obtenue par l'élimination des détails, réduite à l'indétermination première \ apparaît dans une simplicité toute

T. L'Imitation, p. 192-199, 216-225. « Ce qui frappe le plus dans la sculpture antique des Grecs, c'est que la figure humaine y porte l'empreinte d'un type qu'on croirait avoir di\ être le type originaire de l'espcce. Ayant étudié la figure humaine dans l'espèce, ils ont imité la nature ; les modernes ne l'ayant étudiée que dans l'individu ne sont point arrivés jusqu'à la nature. Imiter la nature, c'est se conformer à ses lois générales, à ses raisons primordiales, à sa volonté primitive, c'est-à-dire aux principes d'où découle la science de l'organisation et de l'harmonie des corps. On n'imite point la nature lorsque, méconnaissant l'cnsemhle de ses lois, on prend pour règle de sa volonté ce qui en est les exceptions, c'est-à-dire ces déviations que les accidents opposent au développement régulier de l'individu » Çid., p. 24 1)-

2. Cf. Winckelmann : La haute beauté est indéterminée. «J'appelle indéterminée la beauté qui n'est composée ni d'autres lignes ni d'autres points que ceux qui constituent seuls la beauté ; par conséquent une figure qui ne caractérise ni telle ou telle personne en particulier, et qui n'exprime aucune passion ni aucun mouvement de l'àme par lequel les formes do la beauté se trouvent interrompues, et l'unité détruite. La beauté doit être comme l'eau la plus limpide puisée à une source pure, laquelle est d'autant plus salubre qu'elle a moins de goût et qu'elle est plus dépourvue de particules hétérogènes (^Ilist. de l'A., 1. IV, chap. 11, paragr. 20). — Si la beauté s'associe de préférence à la jeunesse, c'est que les formes jeunes sont plus indéterminées, donc plus parfaites, La femme et l'adolescent sont, en ce sens, plus beaux que l'homme mûr. Winckelmann rappelle qu'Orphée, cherchant la meilleure allégorie pour expliquer la manière dont la

/|4 LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE l'aRT

abstraite : (( il y a en elle du géométrique \ » Pour retrouver ce schéma linéaire, Quatremère ne semble pas se soucier d'exiger de l'artiste l'usage du canon proportionnel, fait de rapports constants, chiffrés, entre les parties du corps humain. Soupçonne-t-il que le moyen âge, en mal de généralisation abstraite lui aussi, usa du géométral en sculpture, et qu'au xiii*^ siècle Yillard de Honnecourt, dont les architectes révolutionnaires devaient plus tard opposer le curieux Album au Songe de PoUphile de F. Colonna, a réduit en triangles (les triangles originaires) les plus souples, les plus complexes manifestations de la vie chez les animaux et les hommes"? Du moins nous rappelle-t-il l'exemple de l'art antique, qui « força la nature de se voir soumise, dans l'imitation d'un seul être, à une réunion de régularité^ ». L'art de la Révolution et de l'Empire, surtout chez les Davidiens et même chez David, par la rigidité ou du moins la rectitude des lignes, par la sécheresse des traits, par quelque chose de' très écritdans l'ensemble et d'abstrait dans le détail, s'efforce de faire découvrir ou deviner la structure intime, l'architecture sous-jacente, identique chez tous. Selon le vœu de Quatremère, cet art est géomètre.

De toutes ces opérations les Grecs nous ont donné l'exemple^. Leur sculpture est idéale en ses origines, puisque l'hié-

divinité peut communiquer avec les hommes, imagina que Jupiter et les autres divinités étaient androgynes, « Presque tous les anciens partagèrent cette manière de penser » (Monuments inédits, traduct. Désodoards, 1808, t. I, p. i45)' La forme androgyne, telle est bien, en fin de compte, la suprême aspiration de Winckelmann.

Page 1