Imitation, p
3. Id., p. 1 76-181. Et encore : « Le beau idéal est, de sa nature, ce qu'on est forcé d'exprimer par les épithctes de spéculatif, systématique » (p. 25, Si).
!\2 LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE l'aRT
main. Qu'on ne confonde pas d'ailleurs idéal et beauté. L'idéal est l'opposé de la réalité physique, sensible, particulière, si belle qu'elle puisse être. La beauté physique de telle jeune femme ou de l'adolescence virile chez tel jeune homme est donc anti-idéale. L'idéal, c'est la perfection de chaque chose, de chaque état ou manière d'être : un satyre peut l'être comme Vénus, la vieillesse et la laideur l'être aussi bien que la beauté d'ApolloQ\ Le « beau idéal » n'est donc tel que lorsqu'il à été purement conçu, ou aperçu par l'esprit, au-dessus de tous les modèles imparfaits qu'offre la nature, même les plus choisis^ Pourtant, à dissocier ainsi le beau et l'idéal, nous ne sommes point aussi libéraux que nous le pourrions paraître. Le système idéal exige la généralisation, ou suppression des détails. Or la laideur est toujours plus individuelle, c'est-à-dire plus caractérisée que la beauté, parce qu'elle est faite d'accidents multiples. Et par ce détour l'Ecole revient à la Beauté pour s'y attacher passionnément.
L'idéal n'est pas davantage l'imaginaire ou le chimérique, mais la nature même en son essence. Il est, pour l'artiste supérieur, le résultat d'un « système » qui commence par imiter les individus, puis les juge par rapport à un type originaire, dont l'idée se précise en lui par la connaissance des lois de la nature ou de la « raison générale du suprême Ouvrier ». En eiïet, la nature crée avec prodigalité, mais avec déchets ; elle semble (( mépriser les individus et n'accorder sa protection qu'à l'espèce ». Les causes premières sont en quelque sorte des moules parfaits, dont mille accidents empêchent les empreintes qui s'en tirent de sortir parfaites ; après les risques de la génération, ce sont ceux de la croissance, du travail, delà maladie et de la vieillesse^
C'est donc dans le genre ou l'espèce seule qu'est la nature :