‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 54 sur 163 · L'Imitation, p. /i2o. j · texte numérisé non relu

L'Imitation, p. /i2o. j

A. Id., p. /»22.

SON ÉLABORATION 5l

gcnéiations successives qu'on se gardera de la minutie archéologique ^ Il participe de l'éternité.

Il y a mieux encore pour transposer pratiquement le monde moderne, c'est le « costume idéal », le nu. Sans doute nos artistes de l'Empire ont exagéré, lorsque, dans la créance que toutes les statues grecques étaient nues, et sur la foi du mot célèbre de Pline, « graeca res est nihil velare », ils ont appliqué dans tous les sujets « le costume de la nudité^ ». Mais il reste que celle-ci est l'objet essentiel des arts du dessin ; car ils se proposent l'imitation des corps, et le corps liuinain est de tous le plus riche de formes, le plus beau par son organisation et son harmonie. « Le dessin, c'est le nu. » Nous hésiterons d'autant moins à représenter nus certains personnages modernes, que la nudité n'est pas « antique » : elle est la vérité même, constante et universelle, que dissimulaient les apparences contingentes du costume, divers selon les époques et les lieux. Le corps humain, ostéologie et myologie, est le critérium et le canon de toutes les beautés du monde. La nudité, qui n'est dans le monde moderne qu'une métaphore artistique, est l'état des hommes « tels qu'ils pourraient être dans un ordre supérieur d'existence ». Il va sans dire que pour qu'elle remplisse son effet, qui est de faire sortir le personnage célèbre du cercle étroit de son temps et même de son individualité, il faut qu'elle soit idéale : le Voltaire de Pigalle n'est que de l'imitation anatomique, donc vulgaire ; ce n'est point Voltaire, c'est un vieillard nu, et ce n'est point du nu, mais du déshabillé. Cette fois la vérité devient de l'inconvenance, et l'impression morale qu'on cherchait cède au dégoût '\

1. /(/.. p. ^2/1-/129. — Cf. le procès du costume moderne, p. l\2i : uniforme, symétrique et compassé, « on pourrait Je reproduire au compas ».

2. Sur le passage de Pline « Grœca res est nihil velare » (voir les Arcliwcs Littéraires, 1806, p. 52 sq.).

3. L'Imitation, p. /ioo-4i8, L'Idéal, p. 220-282. La question du nu passionna les artistes et l'opinion sous l'Empire ; à propos des Sabines de David (cf. la Décade Philosoplùquc , an VIII, t. \XYI, p. 233, et le Livret des Sabines par David, 1800), à propos des antiques du Louvre (Décade, an XII, t. XLII, p. /iq/i), à propos de la statue du Premier Consul (^Décade, an \II, t. XLI, p. 338, lettre

de Visconti à Denon, et p. /i45 ; la lettre de Cartellier à Ghaudet dans les Nouv. Arch. de l'Art français, 3^ série, t. XVI, p. 7 ; le Canova de Quatremère) ; la lettre des artistes à Denon (Moniteur, 17 iloréal an XII) ; Ponce, « Réflexions sur le nud et le costume en sculpture w (^Moniteur, 2 févr. 1809) ; les statues de Napoléon par Canova (1802), par Chaudet (i8o3), de Desaix par Dejoux pour la place des Victoires, de Hoche par Milhomme pour Versailles (1808), tous les bustes de l'Empire, qui sont nus ; la protestation du Moniteur (i3 février 181 5) contre l'Homère nu de Roland (^Salon iSi/f); les Souvenirs de Delécluse, p. 217. La question se posa à l'Institut en 1806, devant la Commission des Médailles, à propos du style de l'histoire métallique de l'Empereur. — Elle préoccupa toute la Restauration, David d'Angers plus que tout autre, dont les statues de Racine à la Ferté-Milon et du général Foy au P. Lachaise sont nues. Cf. aussi Stendhal, Histoire de la Peinture en Italie, 1817, p. 2/19 ; Glarac, Musée de Sculpture, t. I, p. 622...

L'ESPRIT, LES TENDANCES, LES CONSÉQUENCES ET APPLICATIONS DE LA DOCTRINE

Ce qui frappe tout d'abord dans cette profession de foi, c'est qu'elle est en même temps une déclaration de guerre. C'est en présence du romantisme, qui répète que « la nature est le modèle des arts », et pour les nécessités de la lutte, que Quatremère éprouve le besoin de fixer la doctrine autour de laquelle se rallieront les bonnes volontés. (( Le mal est grand et le remède urgent » : il faut donc donner à l'artiste un guide sûr et à la critique un flambeau \

Tous les caractères delà doctrine viennent de là. Elle est avant tout une esthétique, une science du Beau. Rien n'était plus nécessaire aux yeux de Quatremère : la beauté de l'art grec lui-même « fut l'efTet d'une théorie généralisée, réduite en pratique^ », et en tous temps la doctrine fixée préserve les arts de la manie des innovations \ D'ailleurs, on ne crée pas des chefs-d'œuvre par pur instinct. Quatremère, qui est trop artiste pour ne pas subir l'ascendant du génie et n'avoir pas conscience parfois de son mystère, afTecte de n'y voir qu'une plus parfaite application des « lois du goût qui régissent les Beaux-Arts S). Voici donc dès le début une opposition radicale entre les deux écoles : pour l'une le génie fait son œuvre sans savoir pourquoi ni comment (Mazeppa), pour l'autre il est la volonté conduite par les règles.

Page 1