‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 55 sur 163 · Imitât., p · texte numérisé non relu

Imitât., p

54 LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE l'aRT

Cette opposition en entraîne une autre. Le vice radical du Romantisme se trahit à ce fait qu'il n'a point de doctrine; car (( le doute et la négation » n'en sauraient composer une^; à prendre la plus positive de ses affirmations, est-ce une doctrine de dire qu'il faut imiter la nature? C'est au contraire se dispenser de réfléchir sur elle, et s'abandonner à elle en esclave. A cette double abdication de l'art et de la pensée, Quatremère, fils des idéologues de la fin du xviii" siècle et disciple de la philosophie allemande, oppose une « savante théorie », qui procède par principes et déductions, et reste rigoureusement rationnelle pour convaincre. L'imagination et le sentiment n'engendrent que notions confuses; toute vérité se démontre spéculativement. Jamais on n'a poussé plus loin que dans V a Imitation » l'horreur de l'impressionnisme subjectif. Quatremère philosophe prétend fonder en nature et en raison la théorie de l'imitation, des genres, des styles, du costume et du nu.

Cette esthétique est donc une philosophie, et cette philosophie est (( nécessairement métaphysique S) : car elle s'attache aux principes, « à l'essence même des choses ». 'A la fois par tempérament et par réaction contre le terre à terre où la sensation traîne l'art romantique, Quatremère pousse l'analyse jusqu'à l'absti action dernière. Dès 1788, pour réagir contre l'Ecole du modèle, en i8o5 pour protester par r (( Idéal » contre le réalisme de l'Empire, il affrontait résolument la (( métaphysique ». Sous la Restauration, ses meilleurs amis, le Moniteur^, les Débats'' se plaignent bien un peu de cette abstraction escarpée 011 il voudrait entraîner les classiques. Cependant il ne saurait lui déplaire d'éloigner, non seulement les romantiques, mais les profanes, le grand public'. C'est un fait assez curieux, que le champion du

Page 1