‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 77 sur 163 · Catalogue... (op. ciL), p · texte numérisé non relu

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3. Cf. encore ce passage significatif : « Le Beau ne saurait jamais être intégralement celui d'aucun individu, puisqu'il ne peut être donné à aucun d'être en ce genre le supplément et le complément de la nature. Or cela nous explique comment l'artiste de Platon n'aurait point pu montrer, parmi les êtres vivants, un être aussi beau que celui de sa statue. C'est que la Nature ne produit point d'individus dont la forme extérieure soit aussi correcte ou parfaite que celle de l'image de l'art quand celle-ci a été véritablement formée d'après le système général de la Nature » (]'Idêal, p. Sg).

sicisme académique, et reparaît à la fin du xviii* siècle dans l'ivresse (( d'indétermination » de Winckelmann, de Mengs et de Milizia.

C'est une question fort délicate de discerner ce qu'il doit respectivement à Platon et à l'art grec. Il semble qu il reconnaisse la même dette envers l'un et l'autre ; c'est donc qu'il les voit conformes l'un à l'autre. Tout l'Empire, toute la liestauration en sont là. Comme, dans l'art grec, il ne s'attache qu'à l'école attique du v" siècle et à Phidias, et que d'autre part Platon est du iv*" siècle, c'est donc que, avant comme après la révélation des marbres d 'El gin, il ne fait pas de différences * entre l'art des frontons du Parthénon et la doctrine du philosophe, cependant postérieure de près de cent ans et propre à un hellénisme, non plus fort et serein, mais méditatif. Non seulement ce rapprochement, auquel la chronologie semble s'opposer, est habile, puisqu'il ajoute à l'autorité de la plus grande école de sculpture celle du plus grand penseur de l'Attique, mais en théorie il n'a rien de forcé: quelque soit le délicat naturalisme des statues des frontons, et même de certaines parties de la frise, surtout des chevaux ; quel que soit le souci des poses naturelles, aisées et familières, des détails de la musculature, du frémissement de la chair, des plis et des veines, il est certain que le choix et la simplification idéaliste des formes, la noblesse et la sérénité, sont plus directement commentées par la philosophie de Platon, que ne le seraient les œuvies de Praxitèle, de Scopas et de Lysippe, plus recherchées de détails, plus intenses d'expression, et parfois de qualité quasi pittoresque.

Quatremère doit peu aux esthéticiens français. Très familier avec l'œuvre de Caylus, il ne lui emprunte que des occasions de le contredire : double usurpation, que de vouloir imposer au bas relief et à la statuaire l'hégémonie du dessin, et à la

I. Los six premières Lettres à Canooa insistent bien, nous l'avons vu, sur le naturalisme des sculptures du Partliénon, mais la septième et dernière les corrige. — Voir d'ailleurs la perpétuelle identité établie par Quatremère entre la doctrine de Platon et l'exemple de l'art grec, dans VIdéal, p. ii4, i48 sq.,r///utution, p. 289.

8o LA DOCTRINE OU PHILOSOPHIE DE l'aRT

peinture les sujets de la poésie. Les discours de CoypeP ei les œuvres de Falconet^ représentent dans sa bibliothèque les principes néfastes de l'art du xviii'' siècle, qu'il s'agit de tuer. Même chez ceux qui se rapprochent de son idéal il semble mépriser la débilité de la pensée : les Français, selon lui, n'ont pas le génie de l'esthétique parce qu'ils manquent, sauf Descartes et Malebranche qui sont déjà dans ur passé lointain, du sens métaphysique^. A Boileau il emprunti les principes de sa poétique', à Batteux la communauté di principes, mais de principes seulement, entre la poétique! et l'esthétique \ En faveur de l'art qui condense en gêné ralisant il invoque l'autorité de Montesquieu^; il en ap-[ pelle aussi à Du Bos qui, après avoir paru confondre l'art et la poésie, c'est-à-dire la peinture qui offre un tout e le récit ou la description qui procède par analyse progrès sive, s'applique avant Lessing à bien distinguer leurj moyens ' ; mais il s'arrête peu à Du Bos, et n'essaie même: pas de revendiejuer en sa faveur la propriété des idées don Lessing s'emparera. A vrai dire les esthéticiens du xvnr siècle semblent partager avec les artistes de la même époque i la défaveur de tout ce qui précède Winckelmann.

Il ne dédaigne pas d'emprunter à un économiste, Say cette réflexion, d ailleurs inspirée de Platon, que ce la natur( semble mépriser les individus et n'accorder sa protectior qu'ai espèce** » ; àGuérin quelques idées sur la généralisation

1. Disc, prononcés dans les Conférences de l'Acad. royale de Peinture. Paris

2. OFAwres d'Etienne Falconet, statuaire. Lausanne, 1781, 6 vol.

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