LA TRAGÉDIE, L' ACTION, LES UNITE
aussi la vraie nature, ce qu'elle exige ou comporte, ce qu'elle ne comporte pas.
«c Une chose unique, a dit Aristote, qui parle ici en métaphysicien, peut présenter une variété infinie de rapports, vin. » Comme corollaire il ajoute (et ici c'est le physicien et le moraliste habitué à considérer Tordre naturel des choses au physique et au moral) : « Il faut donc que la tragédie n'imite qu'une action unique et complète et que les parties du drame soient disposées de telle sorte qu'on n'en puisse retrancher une seule sans que l'ensemble tout entier soit changé ou bouleversé. » (Ibid.)
Ainsi formulée, la règle a paru étroite et trop rigoureuse. Plus d'un contradicteur s'est récrié au nom de la liberté de l'art, etc. C'est ne pas comprendre. La vraie raison, qui échappe, c'est que l'unité dont il s'agit n'est pas l'unité 3, mais l'unité concrète et vivante, Vunité organique. telle unité, à la fois une et multiple, se compose de parties toutes reliées entre elles à un centre commun, rattachées par un lien vivant à ce centre d'unité. Mais, de plus, qu'on veuille le remarquer, cette unité qui s'applique à toutes les œuvres de l'esprit, elle revêt ici dans l'art un caractère idéal, qui la rend encore par là même plus une, plus parfaite et plus inviolable. Et, en effet, comment ce qui est vrai de tout objet naturel, organisé et vivant, du corps humain, d'un animal, d'une plante, ne le serait-il pas de l'esprit et de toute œuvre de l'esprit? En retrancher ou y ajouter quelque chose, si l'œuvre est bien faite, ce serait la déformer ou la mutiler. — N'est-ce pas d'ailleurs l'idée même du beau telle qu'Aristote, ici-même, l'a conçue et Fa définie, et qui se trouve ainsi réalisée ?
Quoique Aristote n'ait pas vu théoriquement ce rapport de l'art et du beau (supra), il n'est pas moins pénétré de son idée. Or le beau, tel qu'il le définit, c'est Yordre uni à la grandeur, la juste proportion, l'harmonie, laquelle est unité variée, unité dans la variété et variété dans l'unité.
Qu'on n'objecte donc pas qu'une pareille règle ainsi entendue, dans le drame, y introduit l'uniformité, qu'elle gêne la liberté, etc., car c'est aller contre le principe. L'unité organique et vivante et qui est ici celle de la vie à son plus haut degré, de la vie spirituelle, est essentiellement variée, la liberté s'allie à la nécessité. Elle appel^ au contraire, toutes les diversités, les oppositions, Jg§.^bnflits, les incidents de toute sorte; parce qirHs^$dô4r Reliés entre eux, rattachés au centre par un lien réel et substantiel (vinculum substantielle) à ce qui est, autrement dit, nœud de l'action, bref pourvu, comme dit Aristote, qu'or ne puisse en rien retrancher sans que l'œuvre totale en soufire et soit mutilée.
Cette règle, qui s'applique à toute œuvre d'art et à tofl les genres de l'art, elle est surtout la règle absolue dramatique. Vunité dramatique plus que toute a,utr| que l'unité lyrique, épique, etc., exige- Une. forte tration de ses éléments et cel£ pour deux raii n'est pas inutile de rappeler. L'une tient à l'essence même du drame, l'autre au mode de représentation de l'action qfll s'adresse à l'imagination sans doute, mais qui se passe sous l'œil du spectateur : ce qui entraîne, on va le voir, les deux autres unités.
Le drame représente, mise en action, uije face de la destinée humaine, particularisée dans un instant, un moment très grave de la vie d'un individu, au milieu de circons-* tances également particulières. L'action y gravite plus ou moins rapidement vers un but ou terme final qui s'appelle dénouement. Dans cette action totale qui se déroule sous nos yeux, rien ne doit être admis qui doive retarder la marche ni la précipiter ; rien non plus retranché ni ajouté qui en affaiblisse l'intérêt.
D'autre part, cette action s'accomplit sous nos yeux dans un temps plus ou moins court ou prolongé, mais déterminé, et aussi dans un espace plus ou moins étendu, mais limité.