EPILOGUE
Il faut savoir les leur laisser, quand il n'y a pas moyen de les concilier.
Chez nos voisins, souvent trop épris de tout ce qui a l'apparence de la profondeur et de l'originalité, cette méthode modeste ne peut manquer de paraître banale, superficielle, facile, surtout négative. L'épithète de philistin pourrait bien n'être pas épargnée à l'historien qui la suit. Nous n'en persistons pas moins à la croire la meilleure et la seule vraiment historique.
Est-il besoin de dire qu'elle n'interdit nullement de chercher à éclairer la pensée du philosophe, et à la mettre, s'il le peut, d'accord avec elle-même. S'inspirer de l'esprit général de son système sera toujours aussi la meilleure manière d'en expliquer les détails obscurs et incertains. Nous croyons n'y avoir pas tout à fait manqué. Mettre à contribution ses autres écrits, comparer les textes entre eux: loin d'en dispenser, cette méthode y invite; elle en fait même un devoir à l'historien. Sous ce rapport, elle laisse le champ libre à l'érudition* et à la critique. Nous l'avons pratiquée dans la mesure de nos moyens. Ce qu'elle interdit c'est d'aller au delà de ce qui est réellement dans les doctrines que le passé nous a léguées, de devancer l'ordre des temps et de méconnaître ainsi la loi de l'esprit humain.
A cet égard nous pourrions rappeler la maxime d'un ancien qui lui-même- n'y est pas resté assez fidèle : Nihil sapientîœ odiosius acumine nimio. Audi quant mali faciat nimia suUilitas et infesta sit veritati (Senèq. Ep. 88). Mais nous préférons nous en référer au commentaire que Bacon lui-même a donné de son aphorisme : Magnis auctoribus suus sic constet honos ut auctori auctorum, et Veritatis parenti Tempori non derogetur (De Augm. I. 36). « Rendons aux grands auteurs l'honneur qui leur appartient, mais sans déroger à ce qui est dû au Temps, l'auteur des auteurs, le père de la Vérité.
L'ESTHÉTIQUE APRÈS ÂRISTOTE