Kunstlehre von Aristoteles
reste. Je n'irai pas plus loin. Dôring, à nos yeux, a le grand mérite d'avoir démontré que le vrai caractère de l'esthétique d'Aristote, c'est d'être un hédonisme moral. On regrette seulement qu'il s'y soit trop attaché, qu'il n'ait pas vu que ce n est qu'un point de vue encore inférieur et un moment dans le développement de la science du beau et de l'art.
On doit lui savoir gré aussi d'avoir, démontré victorieusement ce qu'avait déjà indiqué avant lui Schleiermacher (Msthetik, Introd.), que, chez Aristote, la théorie de l'art est séparée de celle du beau malgré les rapports secrets qui les unissent, ce qui, nous ne saurons trop le répéter, est un point capital pour l'intelligence de l'esthétique péripatéticienne chez Aristote et ses successeurs.
Nous ne pouvons omettre dans cette revue ce qu'a écrit sur ce sujet (la Philosophie de Vart aV Aristote) un penseur original, dont on peut ne pas approuver les hardiesses et répudier la méthode, mais dont on ne peut nier la portée d'esprit philosophique, ainsi que la science et le talent dans l'exposé de ses idées et la vigueur de sa polémique, esprit fécond en vues élevées et en hypothèses ingénieuses, qui a, au moins, le mérite d'avoir, sur quelques points, renouvelé la critique des anciens systèmes. G . TewhrM ller, dans ses Nouvelles Études (Ncuen Studien) a aussi émis sur la philosophie de Tàrt "cTÂnsïole "des vues êT" (Tes jugements que nous regrettons ne pouvoir ici examiner et discuter.
Il est un seul point que nous tenons ici encore à constater, la faiblesse de la thèse qu'après tant d'autres il soutient sur ce point si légèrement admis par la plupart des auteurs : à savoir que la théorie de l'art d'Aristote a pour objet et pour but la beauté (Die Schônheit ist Ziel der Kunst). Nous le renvoyons à l'argumentation en règle dirigée contre lui par l'auteur précédent et qui, selon nous, ne laisse rien à désirer.
Inutile de signaler chez cet auteur sa constante habitude de se servir d'une terminologie toute moderne empruntée aux derniers systèmes quand il s'agit des anciens ou des Grecs. Nous lui ferons seulement une simple question à ce sujet. S'il est vrai, comme il le dit, que la terminologie d Aristote, en ce qui est du beau et de l'art, manque de consistance et varie souvent selon les endroits où il l'emploie, comment n'a-t-il pas vu, lui, l'auteur allemand, que trop préciser comme il le fait la pensée du philosophe grec c'est risquer de la défigurer?
Un autre écrivain allemand, M. Froschammer, doué d'un rare esprit philosophique et dont on ne contestera pas non plus le savoir et le talent, a publié un livre sur les Principes de la philosophie d'Aristote et sur le rôle de V Imagination dans cette philosophie l qui se rattache en partie à notre sujet. On sait que lui-même est l'auteur d'un système où l'imagination comme faculté divine est la créatrice de l'univers 2 . Dieu est artiste, le monde une œuvre d'art. Cela n'est pas bien nouveau. Mais le métaphysicien en fait la base de tout un système que nous n'avons pas à examiner. Il s'agit pour lui de prouver qu'Aristote comme du reste Spinosa et Leibniz sont partis du même principe. Pour ce qui est d'Aristote, il s'exprime ainsi : « L'imagination est
1. Uber die Principien der Aristotelischen Philosophie und die Phantasie in derselben. Munchen, 1881.