‹ L'Esthétique de Jean-Sébastien BachChapitre 30 sur 94 · BG, Tru (XXIV, p M · texte numérisé non relu

BG, Tru (XXIV, p M

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Au début de la cantate Ach Gott, wie manches Herzeleid,

les instruments nous préviennent déjà que, en acceptant les peines «de la voie étroite», le chrétien marche sur «le chemin de la félicité». Nous avons vu plus haut (p. 98) que Bach faisait chanter ces paroles sur un motif au rythme accentué. Le court prélude d'orchestre, et toute la suite de l’accompagnement, ont la même allure décidée. Mais, dès les premières notes de la basse, en même temps que le présage de la ‘récompense assurée au courage persévérant, paraît le thème de la douleur patiente f.

Adagio

Dans le premier air de la cantate /ch bn vergnügt mit meinem Glücke, Bach emploie le même rythme résolu, pour dire la résignation obstinée de l’âme qui accepte la vie sans murmurer, comme un don journalier de Dieu, et s'efforce de la supporter, avec une joie reconnaissante *?.

MB. 16.158 (XII p.135); 2 B. G. 84 (XX 1 p. 39).

Ce motif exprime, dans l'air de basse de la cantate’ Der Himmel lacht, die Erde jubiliret, la force du prince de la vief, D’autre part, comme nous l’avons déjà vu, ce luxe d'énergie devient, parfois, un symbole de puissante magnificence. La basse continue se meut avec une roideur majestueuse, dans le verset de la cantate Christ lag in Todesbanden, où le texte dit: «Ainsi nous célébrons la fête solennelle» (A)2. L'accompagnement du premier chœur de la cantate Vun komm, der Heiden Heiland se déroule avec la pompe d’un cortège royal qui marche au-devant du Messie (B)3. Dans la cantate Wachet auf, l'orchestre du premier chœur, frémissant, chante la veille ardente des vierges sages, et annonce, par son rythme superbe et vibrant, l'approche souveraine de l'époux #.

etc.

Quant aux rythmes bondissants de la joie, dont nous avons constaté la signification dans le chant, l’orchestre les déchaîne et les amplifie inépuisablement. Une basse exul-. tante s’épanouit, en grande phrases d’allégresse, dans le duo de la cantate Ach, ich sehe, itét, da ich zur Hochseit gehe, tandis que les voix répètent: «Je suis comblé de joie en mon Dieu».

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Philipp Spitta, qui date cette cantate du vingtième dimanche après la Trinité (3 novembre) de l’année 1715,

G. 31 (VII, p. 35).

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# B. G. 140 (XXVIII, p. 251). Voir aussi le début de la cantate Æimmelskônig (B. G. 182).

5 B. G. 162 (XXXIIT, p. 40).

estime que ce duo nous ouvre un domaine inconnu jusquelà. «On serait tenté d'y trouver, dit:il, quelque chose d’une jubilation dionysiaque, quand les voix s’élancent tantôt en doubles croches, tantôt font résonner de longs appels de Joie, tandis que la basse semble jouer pour une danse grandiose»!. Dans l’air de basse de la cantate Wer mich hebet, der wird mein Wort halten, qui fut sans doute composée pour le dimanche de la Pentecôte de 1716, la basse continue se déploie de même avec aisance et splendeur, sous ces paroles : «Le monde, avec tous les royaumes, ne peut égaler cette magnificence, avec laquelle notre Dieu nous réjouit, quand :l règne dans notre cœur et y habite comme dans le ciel?. »

Dans le duo de la cantate Mein liebster Jesus ist verloren, duo que j'ai cité plus haut (page 48), la basse a un mouvement analogue, bien que moins suivi. Le même rythme entraîne la basse, au début de l'air de ténor de la cantate ÂJerr, gehe nicht ins Gericht: «Si je puis seulement me faire un ami de Jésus, Mammon n'est rien pour moi».

Le verset Æ7 exullavit spiritus meus du Magmñficat est accompagné d’une basse impétueuse qui semble bondir?. Le motif de flûte, déjà cité, qui accompagne l’air de ténor de la cantate Sckmüche dich, o liebe Seele, est vivement cadencé, et le même rythme d’allégresse passe dans le confinuo$.

A côté du motif chromatique descendant qui, dans le premier chœur de la cantate Jesu, der du meine Seele, rap-

1 Johann Sebastian Bach, IT, p. 545.

2 B. G. 59 (XIL2, p. 166).

8 B, G. 154 (XXXII p. 75).

4 B. G. 105 (XXIII p. 138).

5 B. G.(XL1, p. 21.) Voyez aussi l'accompagnement de l’air de basse de la cantate Gelobet sei der Herr, mein Gott (B. G. 129, XXVI, p. 210).

6 B. G. 180 (XXXV, p. 306). Ce motif est noté à la page 160 de cette étude.

pelle la mort de Jésus, le motif rythmique formé de croches et de doubles croches ( T5 dit le bienfait du- sacrifice qui a «violemment arraché l’âme à la caverne de Satan».

Le même motif s’agite dans tout le premier chœur de la cantate MWMeine Seel erhebt den Herren (mon âme exalte le Seigneur) (A). Dans le premier chœur de la cantate /kr werdet weinen und heulen (vous pleurerez et vous gémirez, tandis que le monde se réjouira), un rythme semblable fait contraster la joie des impies avec la plainte des fidèles (B), et nous trouvons une formule presque identique dans l'accompagnement du premier chœur de la cantate Vun komm, der Heiden Heiland (seconde version) (C).

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Des motifs de même rythme sont joués par les hautbois, dans l’accompagnement des chœurs de la cantate Ær/freut euch, 1hr Herzen (réjouissez-vous)5, et de la cantate Vun 15 das Heil und die Kraft (voici le salut et la force)f.

Nous observons encore, dans la basse continue, cette cadence vivifiante, quand le texte exprime la confiance dans le secours de Dieu’, dans sa bonté éclairéeS, ou quand les paroles annoncent la consolation prochaine.

. G. 78 (XVIII, p. 257 et pages suivantes).

. G. 103 (XXIIL, p. 6q).

AGAO2 XVI p.21);

. G. 66 (XVI, p. 169).

7 Cantate Ich hab’ in Gottes Herz und Sinn (B. G. 92, XXII, p. 47).

$ Cantate Wer nur den lieben Gott lässt walten (B. G. 93, XXII, p. 8>). Cantate Ach, lieben Christen, seid getrost (B. G. 114, XXIV, p. 83).

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Ce rythme de joie a déjà son caractère avant que Bach ne l’emploie dans ses œuvres. Ainsi il paraît dans le premier air de l’opéra Le Nozze co! Nemico d'Alessandro Scarlatti. L’air débute par ces paroles: «Due belle Speranze».

Péepene = —

Cet opéra date de 1700.

Bach se sert aussi de cette figure, pour traduire des idées de violence, dans l'air de la cantate Æs reifet euch ein schrecklich Ende, où le texte évoque «le juge vengeur»t, et dans l’air de la cantate Sehig ist der Mann: «Oui, je peux frapper les ennemis» ?. La valeur objective de cette formule rythmique est portée au plus haut degré, dans le récit d’alto de la cantate O Ewrigkeit, du Donnerwort, où Bach en augmente la fougue et l’unit à des motifs mélodiques qui se déploient ambitieusement, sous ces paroles dont le chanteur déclame les dernières avec une sorte d’emphase indignée : « Abandonne, ô homme, les délices de ce monde, la magnificence, l’orgueil, la richesse, la vanité et l’argent ÿ.

Une image analogue représente l’éclatement et la chute des rochers, dans le récitatif d'alto de la cantate Lachgesinnte Flattergeister *.

1B. G. go (XX1, p. 207}.

2 B. G. 57 (XII?, p. 119).

5/B: Gi20/(11, p.1323).

4 B. G. 181 (XXX VII, p. 9).

L’uniforme rapidité du mouvement symbolise, nous l'avons déjà vu, l'activité multiple de la vie et, par exten- . sion, le déploiement de la force inépuisable. D'ailleurs, c’est un moyen de décrire directement la marche, l’'empressement. Dans l’Oratorio de Noël, Vaccompagnement d'orchestre dépeint ingénieusement la hâte des fidèles qui se dirigent vers Béthléhem, venus de tous côtés, les uns plus agiles, les autres d’une allure modérée, mais tous avec la même persévérance, et presque sans arrêt Î.

Dans la cantate Bringet dem Herrn Ehre seines Namens, le violon solo, accompagné d’une basse qui semble en stimuler la course, prélude en traits rapides à l'air de ténor: «Je me hâte d'écouter la doctrine de vie » ?.

Dans la 'cantate profane Weichet nur, betrübte Schatten, le même rythme fluide et cadencé gouverne l'air: «Phébus se hâte avec de rapides coursiers » à.

LB GE p.00):

2 B. G. 148 (XXX p. 248).

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La basse continue imite et redit les vocalises jointes, dans la cantate de Pâques /ch werss, dass mein Erlüser lebt, aux mots «il vit, il vit»!. Dans la cantate Dre Himmel erzählen die Ehre Gottes, quand l’alto’ chante: «De même que la lumière anime Pair», le continuo, jusque-là presque immobile, se meut soudain en doubles croches ?.

Quand Bach veut exprimer que, «çà ‘et là, sur terre, nous voyons un ruisselet de contentement, qui jaillit de la bonté du Très-Haut», la basse s'écoule en notes rapidesÿ. Elle se fond en roulades liquides, lorsque le texte dit: «Comme cette parole sonne délicieusement à mon oreille »t. Nous retrouvons ici la même douceur flottante que dans les thèmes vocaux que nous avons expliqués dans les pages qui précèdent, :

L'accompagnement instrumental décrit aussi, avec une véhémence plus soutenue encore, cet excès d'énergie que traduisent déjà les motifs longuement épanouis du chant. La rude agitation, l’acharnement de la lutte, le fracas des batailles retentissent alors dans l’orchestre emporté. C'est un débordement de motifs envahissants, de gammes tumultueuses, une musique de chevauchée, qui se déploie dans un cliquetis furieux. |

Citons en particulier l'accompagnement de l’ar de basse et de soprano de la cantaté Æn° feste Burg 1st unser Gott: «Tout ce qui est né de Dieu est élu pour la victoire » ÿ.

Violons (1 et 2) et Allo à l'unisson.

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1 B. G. 160 (XXXII, p. 174).

2 B. G. 76 (XVIIL, p. 217).

3 Cantate Goit soll allein mein Herze haben (B. G. 169, XXXIII, p. 180)

4 Cantate [ch freue mich in dir (B. G. 133, XXVIII, p. 73).

5 B. G. 80 (XVIII, p. 351). Voyez des motifs analogues chez Zachow (édit. citée, p. 66).

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