B. G. 112 (XXIV, p
1 B. G.1(I,p. 1). Dans l’Inganno fedele de Keiser, les cornetti di caccia, désignés par le texte, paraissent dans l’air de Silvanire Das schallende Waldhorn ermuntert die Brust (acte 1°" sc. 4).
au paysage pastoral que Bach y suggère, une peinture de la forêt.
Cet instrument, que Mattheson appelle «aimablement pompeux»{, dément rudement de tels qualificatifs dans l’air troublé par lequel commence la cantate Was soll ich aus dir machen, Ephraim?. 1 y accentue d’abord ce motif formé de notes répétées dont l’uniformité s’adapte si souvent, chez Bach, comme nous l’avons vu, aux idées de devoir, de ténacité dans le dessein. Mais, quand la vengeance de Dieu se fond en pitié, le cor menaçant reste silencieux. Dans le premier chœur de la cantate Æerr, wie du willst, en notes saccadées (Bach a marqué sfaccato sur la partie), le cor propose un inflexible motif de quatre notes, empruntées à la mélodie du choral que les voix chantent, et il le redit sans cesse, avec une impérieuse obstination, qui fait penser à l’immuable accomplissement de la volonté divine.
Les chœurs de quelques cantates sont accompagnés de plusieurs parties de trombones. Quatre trombones soutiennent les voix, dans le premier chœur et dans le choral final de la cantate Aus tiefer Noth schre ich au dirÿ. La même orchestration paraît dans la cantate ch Goff, vom Himmel hoch sieh darein$. Trois trombones jouent avec les voix graves du dernier chœur de la cantate Æ/so hat Got, tandis que le cornetto est joint au soprano. Une instrumentation semblable, avec l’'oboe d’amore en plus, pour le soprano, est employée dans la cantate Christum wir sollen loben schon$. Les trombones, le cornet et deux #9 font
! Das neu erôffnete Orchestre, p. 267.
2 B. G. 89 (XX, p. 181).
3 Voyez à la page 44 de cette étude.
# B. G. 73 (XVIII, p. 87). Ce motif ressemble d’ailleurs à l’un des. motifs du devoir que j'ai déjà signalés.
5 B. G. 38 (VII, p. 285).
SPC (pe 55)
7 B. G, 68 (XVI, p. 273).
8 B. G. 121 (XXVI, p. 3).
9. B. G. 118. Ces instruments étaient sans doute une sorte de trompette. Voyez la préface de M. A. Dôrffel au XXIVE vol. de l'édition de ia Bach- Gesellschaft, p. XXX VI.
tout l'orchestre de la cantate © Jesu Christ, meins Lebens Lichti. I est à remarquer que la plupart des chœurs ainsi accompagnés sont écrits en forme de motets. Bach fait revivre dans cette orchestration simple et cependant grandiose une des ressources de la vieille musique allemande. Mattheson, dans le traité intitulé Der vollkommene Capell. meïster, écrit qu’il ne peut assez s'étonner de voir abandonnés les trombones au son magnifique, et il vante les pièces fortement construites où Rosenmüller les écrivait à quatre où cinq parties?. Autre part, il parle encore de la sonorité somptueuse des trombones qui, dit-il, sont peu usités hors de l’égliseÿ. Quant au cornet, que nous rencontrons également dans plusieurs des cantates que je viens de citer, Mattheson le traite avec moins de faveur. Il le considère aussi comme un instrument d'église, mais semble heureux que, à l’époque où il écrit, il ne «se fasse voir que rarement». Pour lui, en effet, cet instrument au son dur ressemble assez, de loin, à «une rude voix humaine mal façonnée » #. Quelque quatre-vingts ans plus tôt, Mersenne en jugeait bien autrement, et déclarait que le cornet à bouquin dont on use «dans les concerts des voix et avec l’orgue, pour faire le dessus», était ravissant. Et il ajoutait cette jolie image: « Quant à la propriété du son qu’il rend, il est semblable à l’éclat d’un rayon de soleil, qui paraît dans l'ombre ou dans les ténèbres, lorsqu'on l’entend parmi les voix, dans les églises cathédrales, ou dans les chapelles »ÿ. Dans lorchestre de Bach, le cornet joue aussi la partie de soprano, sans que les trombones accompagnent le reste du chœur, et ceci nous montre déjà qu’il ne le regardait point seulement comme un complément du groupe formé par ces derniers. Ainsi, dans la cantate {ch freue mich in dir, nous trouvons
1 B. G. 118 (XXIV, p. 185).
2 Der vollkommene Capellmeister, Hambourg, 1739, P. 84.
8 Das neu erôfinete Orchestre, p. 260.
“ Das neu erôffnete Orchestre, p. 260.
5 Harmonie universelle, traité des instruments, page 274. Nous pouvons citer encore des chœurs accompagnés du cornet et des trombones, dans les cantates Sehet, welch eine Liebe (B. G. 64), Nimm von uns (B. G. 101), Christ lag in Todesbanden (B. G. 4), etc.
un charmant effet d’orchestration, dû à l’emploi du cornet, associé à la voix, tandis que le hautbois d'amour est uni à l’alto du quatuor. Ces instruments prolongent une note du chant, le cornet avec le soprano, le second hautbois d'amour et l’alto à cordes à l’octave inférieure, et cette tenue n’est pas causée par le hasard d'un vers finissant, non plus que ce groupement sonore ne se produit par le jeu fortuit du contrepoint orchestral. Il suffit de lire le texte pour comprendre que Bach a cherché Ïà un effet rare et charmant, voulant que les voix ne chantent pas en vain: «Ah! quel doux ton». Il semblerait ainsi qu’il eût été de l’avis de Mersenne.
Si maintenant nous étudions l’usage que Bach fait des instruments généralement destinés à l'accompagnement, nous reconnaîtrons qu'il tient compte aussi de leur coloris expressif. Nous avons déjà vu que le bourdonnement des luths se mélait au frémissement du quatuor, pour représenter les vibrations des cloches, dans la 7rauer-Ode. Dans les chœurs et dans deux airs de cette œuvre, ils flottent encore, en harmonies transparentes et mélancoliques, comme pour inviter l’orchestre et les voix à rester discrets, de peur d’étouffer leur murmure. Il eût été impossible, je ne dirai même pas de les entendre distinctement, mais d'en deviner la musique débile, si tout l’ensemble des flûtes, des obot d’amore, du quatuor, des violes de gambes et des chanteurs n'avait gardé, constamment, une nuance de grisaille finement teintée?. Sylvius Léopold Weiss, luthiste à la cour de Dresde, écrivait en effet à Mattheson, en 1723: «Accompagner dans l'orchestre avec le luth serait sûrement trop faible et imperceptible, quoiqu’aux fêtes de mariage célébrées ici, j'aie accompagné au fameux Bercelli, dans l’opéra, une arta con liuto solo qui doit avoir, comme on dit, fait bon effet. Mais, en premier lieu, j'avais un luth excellent. Deuxièmement, l’air était très brillant pour l'instrument. De plus, rien ne s’y mêlait que le clavecin et la contrebasse, qui ne jouaient d’ailleurs que les notes principales de la basse »#,
1 B. G. 133 (XX VIII, p. 6r).
2 B. G., XIIL?.
* Né en 1684, admis au service de l’Electeur en 1718, mort en 1:50.
t Der neu Gôttingische, aber viel schlechter., ais die alten Lacedämonischen, urtheilende Ephorus. Hambourg, 1727, p. 118.
Dans la Johkannes- Passion, le luth accompagne, avec deux violes d'amour, l’arioso de basse: « Betrachte, meine Seel'»1. À défaut de luth, Bach fit exécuter cette partie au clavecin?. Mattheson voyait dans le clavecin un instrument presque indispensable pour la musique d'église, de théâtre et de chambre. Il observait avec étonnement qu’à Hambourg on avait conservé l'habitude d’accompagner, dans les églises avec «les régales aigres et repoussantes», quand «le bruissement harmonieux et gazouillant du clavecin..... a, sur le chœur, un effet infiniment plus beau»t. Nous avons déjà vu que Bach se tenait lui-même au clavecin pour diriger ses cantates. Rappelons que le cembalo est désigné formellement dans l'air d’alto de la cantate Mein hebster Jesu ist verlorenÿ. Une partie de clavecin obhgé figure d'autre part dans la cantate profane Amore traditore, c’est-à-dire que le cembalo n'y Joue point seulement la basse, en improvisant une harmonie, d’après des chiffres marqués, mais exécute, avec la basse, un accompagnement formé de motifs organisésé. C’est ainsi que l’on entend aussi l'indication organo obligato, qui se trouve dans un certain nombre de cantates. Dans ces œuvres, l'orgue qui, généralement, réalise la basse continue avec des jeux de sonorité modérée, accomplit une tâche plus apparente, et agit comme un instrument de l’orchestre. L’orgue obligé est déjà employé dans la cantate Got ist mein Künig (1708)5. Dans le deuxième air de la cantate Vergnügte Ruh, beliebte Seclenlust, il est deux parties mélodiques, sur des claviers différents. Nous ne citerons ici que les cas où Bach désigne, pour l'orgue, obligé ou non, les registres qui doivent donner une teinte particulière à l’accompagnement. L’énumération en est brève: dans la cantate Ein feste Burg, il prescrit, pour le premier chœur, de mettre
1 B. G. XILL, p. 55.
2 Spitta, J. S. Bach, Il, p. 363.
3 Les régales étaient de petites orgues formées de jeux à anches. 4 Das neu erôffnete Orchestre, p. 263.
5 B. G. 154 {XXXII, p. 66).
HAITI Up. 07-
7 Cf. L'Orgue de J.S. Bach (Paris, Fischbacher, 1805).
8 B. G. 71 (XVIII, p 12).
à la pédale la Posaune de seize piedst. Dans le premier chœur de la Matthäus-Passion, il fait donner, à la mélodie du choral O Lamm Gottes, la sonorité claire de la sesquraltera?, Le même jeu est indiqué, pour jouer le choral dans le premier air de la cantate Komm, du süsse Todesstunde 5. Enfin, une partie d'orgue écrite pour remplacer le luth, dans l’arioso de la Johannes-Passion, est ainsi annotée par Bach: «se jouera sur l’orgue, avec les bourdons de huit et de
quatre pieds»$.
1 B, G. 80 (XVIIE, p. 319).