‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 108 sur 129 · CHAPITRE XV. LA TENTATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. LA TENTATION

donne la réponse, chantant sans trêve son amour à la femelle qui s'était posée sur un rameau voisin. Tais-toi, rossignol ; ne me fais pas imaginer, par ces plaintes que j'ai entendues, ce qu'un homme sentira, si un oiseau sent ainsi. Mais non ; c'est une vigne folâtre, qui cherche un tronc où s'enlacer et dont les verts rameaux sont à la fois les bras qui étreignent et le poids qui fait tomber. Ne me fais pas ainsi, avec tes verts rameaux enlacés, penser, ô vigne, à ce que tu aimes ; si je vois tes branches embrasser de cette manière, je me demanderai comment des bras enlacent. Et si ce n'est pas la vigne, ce sera ce tournesol, qui regarde face à face le soleil et suit toujours dans son mouvement la sphère resplendissante. Ne raconte plus tes ennuis, ô fleur, non, ne montre plus tes pétales flétries ; si je vois pleurer ainsi des feuilles, mon cœur attristé se demandera comment pleurent des yeux. Gesse, amoureux rossignol; désunis-toi, vigne au vert feuillage; arrête, fleur inconstante, ou bien répondez : De quelle force magique usez-vous ?

Tous. — Amour, amour » !

(Calderon, Comedias, édition de Leipzig, El Magico prodigioso, t. m. p. 415).

Parfois, comme clans l'admirable scène que je viens de traduire, la grâce se tait et dissimule sa présence ; l'homme n'entend plus que la voix du démon qui lui montre dans les ob-

jets qui l'entourent des stimulants pour le vice et des écueils pour sa vertu. Mais, en réalité, la grâce veille^ et quand l'heure de la Providence a sonné, elle parle à son tour et impose silence aux voix infernales. Ainsi la vierge sent tout à coup reparaître ses forces surnaturelles qui semblaient l'abandonner ; non seulement elle triomphe des enchantements de Cyprien, mais elle le convertit à sa foi et fait de lui un martyr comme elle.

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