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CHAPITRE XVIII. — LA YISION BÉATIFIQUE â7â

qui sont pour nous l'instrument au moyen duquel nous conquérons la vérité, peuvent devenir et deviennent souvent le véhicule de l'erreur, La beauté des choses extérieures, qui devait toujours élever notre pensée vers la beauté incréée dont elle est une pâle émanation, cette beauté nous trompe et nous égare. Mais voilà que ce voile de chair s'est déchiré ; alors l'âme s'élance sans hésiter vers le souverain Bien et la parfaite Beauté.

Si, pendant une nuit d'été, l'on expose une lampe dans un jardin ou dans un bois, sont-ce les lourdes chrysalides, suspendues aux arbres et aux murs, qui s'émeuvent de cette lumière ? Ces chrysalides sentent, mais elles ne voient pas, elles ne volent pas. Ce sont les papillons nocturnes qui accourent vers la lumière ; ils ont des yeux et des ailes, ils voient .et ils volent» Les voici; ils s'agitent avec persistance autour de la lampe, et sans le verre qui les sépare du foyer, ils se précipiteraient dans ce feu

qui les fascine. Eh bien, quand l'âme du chrétien se sera dég-ag-ée de l'épaisse chrysalide qui l'emprisonne, elle sentira tout à coup s'exalter en elle l'amour radical de la créature pour le Créateur ; alors elle volera vers ce divin foyer, et plus heureuse que le papillon, elle s'y plongera délicieusement sans mourir, elle se pénétrera de cette lumière, elle s'en nourrira et s'y abreuvera. Et quel foyer ! Supposons tous les feux du firmament concentrés en un point mathématique, dont l'éclat, à des milliards et des milliards de lieues, serait encore insoutenable ; ce point ne serait qu'obscurité grossière en comparaison des splendeurs divines ; il s'éclipserait devant elles, comme la flamme d'une bougie s'éclipse dans un rayon de soleil.

Que sera cette vision ? Les langues humaines n'ont pas de mots pour le dire, l'imagination n'a pas de forces pour le rêver. Non, l'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, le cœur de l'homme n'a point soupçonné ce que Dieu a pré-

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