CHAPITRE XVIII La vision béatifique
Les montagnes et les vallées du Tyrol, à l'heure où le soleil levant rougit la cîme des glaciers ; — les hauts plateaux des Andes sous
le ciel de l'Equateur, quand la croix du Sud se lève à l'horizon ; — un bois de palmiers, aux troncs droits et fermes comme des colonnes, près des sables et des flots de la mer des Caraïbes ; — voilà des spectacles qui prennent rang parmi les souvenirs impérissables que les hommes, quand ils ont su regarder, conservent et cultivent précieusement dans leur mémoire. Quel enchantement, si ces tableaux de la nature restaient toujours tels que nous les avons admi^
rés, si les froids de l'hiver ou les chaleurs excessives de l'été, les tremblements de terre et les cyclones n'en troublaient jamais l'harmonie ! Alors, semble-t-il, on ne se lasserait pas d'une vie de patriarche qui s'écoulerait en face de ces splendeurs^ et les années ne feraient que raviver en notre cœur l'amour de ces grandioses paysages. Si la maladie et la mort épargnaient notre retraite, si nous voyions tous ceux qui nous sont chers vivre heureux autour de nous, quel paradis terrestre ! Eh bien, tous ces rêves, que notre fantaisie dore à son gré, ne sont qu'une ombre vaine en face de l'avenir qui nous attend, la vision béatifîque.
La vie du chrétien n'est qu'un voyage, souvent dur et pénible, toujours périlleux, jusqu'à la patrie céleste où le soleil de nos âmes, l'Agneau, se dévoilera aux yeux ravis de l'intelligence. Ensevelie dans la matière, l'âme se laisse trop souvent distraire de la fin suprême que la gratuite bonté du Créateur lui assigne ; ces sens,