‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 33 sur 129 · CHAPITRE Y L'Incarnation · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y L'Incarnation

L'univers est un temple que Dieu a élevé à sa gloire. Au cœur pur et à l'esprit droit tout y parle du Créateur, depuis les étoiles du ciel jusqu'au cristal élaboré dans un filon souterrain. Mais Dieu, qui est esprit, veut être adoré en esprit et en vérité (Joann., iv, 23 et 24), et pour le louer dignement, le muet langage des créatures matérielles avait besoin d'être interprété par un être doué de raison. Il fallait que cet être unît en sa personne l'intelligence et la matière, afin que sa mission naturelle fût d'atteindre le Créateur à travers les créatures matérielles et de louer ainsi Dieu dans ses œuvres et par ses

œuvres. Portant en lui, selon l'expression des anciens, un microcosme, un petit monde, l'homme était, par sa nature même, désigné pour prêter une voix au Cosmos et devenir le chef de chœur de la création. Les trois règnes avaient, en effet, combiné leurs ressources pour le former : par les parties solides de son être, les os et les dents, l'homme se rattachait au règne minéral ; la croissance des cheveux et des ongles reproduisait en lui les phénomènes de la vie des plantes ; le sang, les muscles et les nerfs le reliaient au règne animal, et l'âme raisonnable avait vivifié tout cet ensemble et lui avait imposé son sceau.

Mais si noble qu'elle fût, la louange, sortie de la bouche de l'homme, était bien imparfaite encore, puisque l'infini même séparait l'Etre à qui s'adressaient ces hommages de celui qui en était l'organe. En dépit de tous ses efforts, l'homme était impuissant à franchir cet abîme, et Dieu ne devait jamais recevoir de ses créa-

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