‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 34 sur 129 · CHAPITRE V. — l'incarnation · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — l'incarnation

tures cet hommage absolu, parfait, qui seul était digne de lui.

Mais ce que l'homme ne pouvait faire, Dieu avait résolu de l'accomplir, et dans ce temple merveilleux de l'univers, il se proposait d'introniser un Pontife qui lui offrît un sacrifice d'adoration et de louange proportionné à sa nature divine.

Ce grand-prêtre serait homme, parce qu'il devait porter en lui les deux termes de la création, la matière et l'esprit ; il serait Dieu, afin d'égaler ses hommages à la majesté du Créateur. Dieu seul était capable de rendre à Dieu des actions de grâces qui lui fussent pleinement agréables, et un Dieu incarné pouvait seul tourner vers Dieu toutes les forces de la création.

Un jour devait venir où le Yerbe éternel naîtrait d'une Vierge, afin de consacrer à Dieu par cette suprême condescendance tous les états par lesquels passe la créature humaine. Sur la terre qu'il avait créée, il serait à la fois Roi,

Prophète et Pontife : Roi par le droit de sa naissance éternelle et par celui de sa naissance dans le temps ; Prophète, parce qu'il annoncerait aux hommes les vérités célestes ; Pontife, parce qu'il offrirait à Dieu le sacrifice le plus pur et le plus complet. Mais ce sacrifice serait pacifique et non sanglant ; sur une terre que le péché n'avait pas souillée, il n'y avait pas de place pour une ohlation douloureuse et l'effusion du sang.

Sans toucher au plan lui-même, le péché originel en changea totalement le caractère. Le Verbe, qui devait paraître dans le monde en triomphateur pacifique, y paraîtra sans doute encore, mais comme une victime vouée à la mort. Il sera toujours Prophète ; mais la vérité sera bafouée et méprisée en sa personne, et nul ne sait ce qu'il lui en coûtera pour lui donner droit de cité parmi les hommes. Son rôle de Pontife sera maintenu ; mais le sacrifice qui sera accepté de Dieu, ce sera son propre sang

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versé sur la croix pour le salut de ses frères. L'incarnation du Verbe perdra donc en gloire extérieure et en majesté ; mais ce qu'elle aura perdu ainsi, comme elle le regagne en manifestation de la bonté infinie ! Est-il rien de plus touchant que ce bon Pasteur qui prend la forme de sa brebis égarée pour courir à sa recherche à travers les cactus épineux du désert, — qui, non content de lui sacrifier son temps et son repos, déclare que le plus cher désir de son cœur, c'est le baptême de sang dont il sera lavé, et qui s'immole en effet volontairement pour le rachat de ceux qui l'ont outragé ? Et quand on se souvient que Jésus est Dieu, quand on lit ces paroles du Symbole : Quipropter nos homines et propier nostram salutem descendit de cœlis ; et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria mrgi7ie, et homo factus est, crûcifixus etiam pro nohis suh Pontio Pilato, passus et sepultus est, alors les termes manquent pour exprimer cette ineffable bonté du Seigneur, et nous sen-

tons qu'ils manquent, parce que l'homme ne peut traduire l'infini dans sa langue.

Au lieu de la gloire terrestre à laquelle il avait droit, le Verbe a donc choisi la voie de l'humiliation et de la souffrance. S'il est né de sang royal, il a voulu s'en dédommager en attendant que la famille de David fût retombée dans l'obscurité de ses débuts. Dieu s'est pour la première fois montré aux hommes sous les traits d'un enfant nouveau-né, enveloppé de langes et couché sur la paille dans la mangeoire d'animaux domestiques ; ceux que, par la voix des anges, il appela les premiers autour de son berceau étaient non des riches ou des princes, mais de simples bergers. Toute la vie terrestre de Jésus a été conforme à ses débuts ; dans sa pénétrante simplicité, elle nous présente une série de tableaux qui se sont gravés dans la mémoire et surtout dans le cœur des hommes.

Tantôt c'est l'enfant qui obéit docilement à ses parents et qui travaille dans l'atelier de Na-

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