‹ L'esthétique du dogme chrétien [microform]Chapitre 96 sur 129 · CHAPITRE XIII. ■ — LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. ■ — LA CHARITÉ

tions à civilisation décadente et puérile comme les Chinois. Le froid de la nuit polaire ou les ardeurs d'un soleil tropical échoient en partage à ce fils des zones tempérées. Parfois il faut se soumettre aux plus rudes mortifications, vivre en paria au milieu des Parias de l'Hindoustan comme certains Jésuites du xvif siècle, partager tous les hasards et toutes les privations d'une tribu nomade de cannibales dans les solitudes de l'Australie, comme Mgr Salvado et ses premiers compagnons, s'enterrer vivant dans une forêt d'Amérique et y mener l'existence d'un demisauvage : « J'ai mes vingt années de moustiques dans les bois du Cassiquiare », disait un vieux franciscain espagnol à Alexandre de Humboldt, et il lui montrait ses jambes tatouées par des milliers d'aiguillons. Patrie, famille, ne sont plus que de chers souvenirs. Quand il promène autour de lui des regards encore accoutumés au paysage de la terre natale, il ne voit que des sites nconnus aux lignes bizarres, des formes végé-

taies et animales souvent étranges, des faces jaunes aux yeux bridés, des têtes noires et crépues, des visages cuivrés encadrés de longs cheveux plats, et ces physionomies expriment souvent tout autre chose que la bienveillance et l'intelligence. Pourtant c'est là qu'il faudra vivre, seul avec Dieu qui contemple le missionnaire et qui le récompensera dans l'éternité, — seul, sans famille et sans possibilité de s'en créer une, seul avec les douleurs du présent, les chances d'une mort violente et les espérances de la vie future. N'est-ce pas là le triomphe des vertus théologales et spécialement de la charité ? Enflammé de cette ardeur céleste que toutes les eaux de la terre ne sauraient éteindre, le chrétien ne se contente plus d'aimer ses frères comme luimême, il les préfère à son bonheur et à sa vie. Aux Corinthiens, qui se préoccupaient outre mesure de certains dons de l'Esprit Saint, saint Paul répondait par ce magnifique éloge de la charité :

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