CHAPITRE XIV
La vie chrétienne
La mission du christianisme est de corriger et d'élever la nature humaine sans lui rien ôter de ses perfections naturelles. Il devait donc retenir et honorer les quatres vertus principales que les hommes connaissaient avant lui et qui formaient dès lors la base de la morale individuelle et sociale : la prudence, la tempérance la force et la justice. Loin de les sacrifier aux dons surnaturels qui occupent la première place dans l'ordre de la dignité, le christianisme les accepte, les garde comme fondements de la morale et déclare par la bouche de saint Paul que quiconque parmi les chrétiens se soustrait aux devoirs qu'elles imposent est pire qu'un infidèle. (I Tim. V. 8). .
La prudence a son siège non dans la raison spéculative qui s'occupe du bien et du mal à un point de vue tout abstrait, mais dans la raison pratique, celle qui dirige nos actions et en porte la responsabilité immédiate. C'est beaucoup de connaître les principes de la moralité ; mais encore faut-il savoir en faire l'application, quand les circonstances le demandent. La prudence met l'homme en garde contre la précipitation et l'irréflexion, contre la suffisance qui se passe de conseils ou qui ne les sollicite que pour s'entendre approuver, contre les sophismes à demi volontaires d'une logique troublée par les passions. Mais elle n'a pas moins d'horreur pour les hésitations sans fin, qui laissent échapper le moment favorable, que pour la spontanéité purement instinctive. Elle examine sous toutes ses faces l'oeuvre que l'esprit médite et lui accorde un degré d'attention proportionné à son importance ; elle considère l'action en elle-même, la place par la pensée dans son cadre naturel, se