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CHAPITRE XIV. LA VIE CHRÉTIENNE

rend compte des moyens, calcule les conséquences. Mais quand elle a fixé ses résolutions, elle coupe court à toute lenteur^ à toute tentation de recul. Le choix des moyens la préoccupe ; plutôt que de recourir au mensonge, elle sacrifierait le succès de son entreprise. Elle est loyale et ne tend pas de pièges sournois à ses adversaires ; la trahison lui est odieuse : ses voies sont droites, à ciel ouvert. Toujours la simplicité de la colombe vient corriger ce qu'aurait d'excessif la prudence du serpent. D'ailleurs, prudence n'est pas lâcheté ; c'est la modératrice de la force.

En effet, la vraie force ne se lance pas tète baissée contre les obstacles comme le taureau fond sur le manteau rouge qu'agite le toréador. Capable de tout entreprendre et de tout risquer si les circonstances l'exigent, elle sait réagir à l'occasion sur l'élément volontaire ou psychoorganique qui lui donne naissance, tempérer l'irascibilité, en comprimer l'éclat fougueux et

désordonné. La force ne loge pas dans un cœur étroit qui redoute tout effort pénible ; elle exige de la générosité, une certaine ardeur vaillante, de la persévérance dans l'effort. Beaucoup savent mettre la main à une œuvre difficile ; mais combien se fatiguent avant d'être au bout ! Des obstacles imprévus les rebutent, ou bien la continuité seule de l'effort les dégoûte. La persévérance est la marque la plus sûre du courage, non de cette impétuosité juvénile qui emporte un moment une âme et la laisse ensuite retomber, mais de ce courage mâle et maître de lui-même qui est la plus haute manifestation de la volonté humaine. Le courage consiste souvent à endurer, et le siistine des stoïciens a une portée morale extraordinaire. La patience est plus nécessaire encore que la bravoure militaire, elle témoigne d'une force d'âme plus volontaire et plus libre, par conséquent plus virile, que n'en manifeste l'élan du soldat. Pour refuser un duel, il aurait fallu à un prince.

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