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LE VOL VIBRANT

Dans ce procédé, qui est surtout employé par les insectes, les ailes exécutent un mouvement de va-et-vient d'une extrême rapidité, et leur action est à peu près aussi efficace dans les deux phases de ce mouvement; de sorte que l'effort de propulsion peut être regardé comme continu.

Si nous examinons de près l'aile membraneuse d'une mouche, d'une guêpe, d'un bourdon, d'une libellule, d'un sphinx, nous voyons qu'elle est toujours construite à peu près delà même manière. Dans sa partie antérieure, la membrane est plus épaisse, et soutenue par des nervures rigides qui s'opposent à toute flexion dans le sens de la longueur. Dans sa partie postérieure, la membrane est plus mince; les nervures y font défaut, ou bien elles sont très faibles et viennent s'insérer obliquement sur les nervures principales.

En vertu de cette structure, quand l'aile entre en vibration, sa partie mince et faible doit s*infléchir sous la pression de l'air qu'elle frappe. Elle exécute ainsi automatiquement dçs renversements de plan analogues à ceux que nous avons signalés dans la manœuvre de la godille. L'animal n'a besoin que de l'élever et de l'abaisser, parla contraction alternative de deux muscles antagonistes : elle prendra d'elle-même l'obliquité voulue pour chasser l'air dans une direction perpendiculaire au plan dans lequel elle oscille.

Supposons donc que l'insecte fasse vibrer ses ailes dans un' plan horizontal, confime fait par exemple la mouche qui

plane. Ce mouvement chassera l'air de haut en bas, de sorte que par réaction le corps sera poussé de bas en haut. Si cette poussée est équivalente à l'action de la pesanteur, l'animal restera immobile. Si elle lui est supérieure, il s'élèvera verticalement.

Pour convertir ce mouvement ascensionnel en mouvement horizontal, l'insecte n'aura qu'à incliner par rapport à l'horizon le plan d'oscillation de ses ailes, jusqu'à ce que sa force de propulsion, composée avec l'action de la pesanteur, lui donne la résultante voulue. Si par exemple nous repré-

sentons par p l'action de la pesanteur sur l'insecte et par f sa force d'ascension verticale, on voit que, pour se déplacer horizontalement, il devra pointer son vol dans la direction f ; ce qui lui donnera la résultante horizontale F. La ligne oblique AB, perpendiculaire à /"', montre de combien l'insecte doit incliner, par rapport à l'horizon, le plan d'oscillation de ses ailes, pour obtenir cette résultante.

Gomment l'insecte s'y prend-il pour faire osciller ainsi ses ailes à volonté dans un plan ou dans l'autre ? Il est possible qu'il en soit assez maître pour les porter dans telle direction qu'il lui plaît. Mais le plus probable est qu'elles fonctionnent toujours de la même manière et qu'il modifie leur inclinaison

en faisant exécuter à son corps entier un mouvement de bascule : pour cela, il n'a qu'à allonger ou recourber son abdomen, qui lui sert de contre-poids mobile. — Enfin les changements de direction pourront être obtenus en faisant battre Tune des deux ailes un peu plus fortement que l'autre : alors l'animal, pivotant sur l'aile qui a les oscillations les moins étendues, décrira un mouvement tournant.

J'ai supposé jusqu'ici que les ailes de l'insecte étaient parfaitement planes, et qu'il n'en avait que deux. Gela suffit en eff'et pour le vol. Mais cette construction typique peut se modifier de diverses manières. Les ailes de quelques insectes sont concaves, de manière à agir plus fortement dans la période d'abaissement que dans celle d'élévation : cette modification s'observe surtout chez ceux qui sont relativement plus lourds que les autres, et qui par conséquent ont plus d'eff'ort à faire pour se soutenir en l'air. — Il en est aussi qui ont deux paires d'ailes au lieu d'une : ce sont généralement ceux qui ont les dimensions les plus considérables. On conçoit que l'appareil absolument simple que nous avons considéré tout d'abord deviendrait trop fragile ou trop difficile à manœuvrer, s'il était exécuté en grand : c'est ainsi que le gréement qui convient pour une barque ne convient plus pour les navires de fort tonnage, et doit être remplacé par un système de voiles plus compliqué.

Reste à apprécier cet appareil de locomotion au point de vue mécanique. Certainement c'est celui de tous qui donne la plus grande facilité d'évolutions, et aussi qui peut se manœuvrer de la manière la plus automatique. L'aile de l'insecte fonctionne d'elle-même, sans surveillance, à la façon d'une hélice minuscule qui tournerait continuellement avec une extrême rapidité. Mais aussi il est impossible que, dans son jeu, il n'y ait pas beaucoup de travail perdu. L'insecte, pour se soutenir dans l'air, doit lutter activement contre la

pesanteur, lui opposer constamment un effort d'ascension. Bien que, dans l'état actuel de nos connaissances, elle échappe absolument au calcul, la somme d'énergie dépensée doit être considérable ; et le petit animal ne suffirait pas à la tâche, si sa vigueur musculaire n'était relativement beaucoup plus grande, son activité vitale plus intense qu'elle ne l'est chez les autres animaux. Son appareil propulseur est admirable de simplicité et d'efficacité ; mais c'est peut-être le moins économique de tous. — Et c'est ce qui nous montre que l'on s'était engagé dans une mauvaise voie, en cherchant à construire des machines volantes qui auraient enlevé un homme en l'air par la seule action d'une hélice. C'était prendre pour modèle le propulseur des insectes, c'est-à-dire celui qui convient le moins à notre taille, à notre poids, et à la puissance mécanique dont nous disposons. On peut se servir de l'hélice, actionnée par une machine, pour pousser un ballon dirigeable : ce serait un très mauvais calcul que de lui demander de soutenir dans l'air un appareil plus lourd que l'air.

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