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CHAPITRE II

PRINCIPES MATÉRIELS DU PLAISIR : l'hÉDONISME ESTHÉTIQUE

I. Rôle du plaisir dans Veslhélique : principe eudémonis tique.

Le plaisir et le déplaisir sont des intuitions immédiates que l'on ne peut déflnir, mais seulement éprouver. Ce sont les sentiments esthétiques. Les mots de satisfaction ou del)onheur, que l'on préfère parfois, ne désignent que des notions dérivées

L'élévation ou Tinfériorilé de ces états sont déterminées uniquement par le degré de complexité ou de simplicité des rapports que les impressions correspondantes renferment : ainsi le plaisir d'un son est moins élevé que celui d'un accord, et celui-ci moins encore que Tagrément d'une phrase, ou enfin d'un morceau de musique entier. La force ou l'intensité des plaisirs ne coïncide donc pas avec leur supériorité; mais celle-ci peut être définie sans faire intervenir nul principe, ou rationnel ou mystique, étranger àThédonisme {V., II, 7-12).

La loi qui fait du plaisir ou du bonheur notre but essentiel dans la vie constitue le principe eudémonis tique (Eudàmonistisches Princip) auquel se subordonnent également, mais chacune à sa façon, les catégories esthétiques et éthiques. On ne peut rien concevoir de plus clair et de plus conforme aux faits. La force du préjugé contraire vient d'une confusion illégitime entre l'eudémonisme subjectif ou égoïste, que l'on rejette avec raison, et l'eudémonisme objectif ou universel, dont il s'agit ici ; elle vient encore d'une conception trop étroite et trop inférieure de l'idée capitale de plaisir; enfin d'un certain nombre d'autres confusions d'ordre psychologique. Par exemple on oublie de distinguer le plaisir comme objet de notre représentation et comme moment affectif de notre sentiment : d'après un principe que nous retrouverons, nous pouvons nous représenter avec peine un plaisir que nous croyons impossible, et avec joie une douleur que nous espérons éviter. Il faut encore faire entrer en ligne de compte la soli- L. 2

darité qui unit notre plaisir à celui des autres et que Téddcation tend à renforcer dès le jeune âge, comme le font plus tard les éloges ou les blâmes publics. La croyance religieuse même agit dans un sens analogue : parmi les principes de la vraie foi, il faut certainement compter le sentiment de paix qu'elle produit (F., II, 38-41. — Voir Fechner, a, c).

Ainsi élargi, le concept du plaisir est le fondement unique de toute Teslbétique de Fecbner. '

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