IL. Les lois ou principes de l'esthétique expérimentale
Fechner à composé une Introduction et non un système complet. Il a donc décrit les lois esthétiques sans leur imposer encore d'unité systématique. À ce mot de loi il préfère celui de principe, parce qu'il est plus compréhensif : une loi contient des faits; un principe contient à la fois des concepts, des lois et par elles des faits CV, TL, 45).
Fechner à énuméré, à peu près sans ordre et à deux reprises, un grand nombre de ces « principes esthétiques » (V., I-IKX ; XXXVI-XLIII). Il avoue qu'un ensemble systématique serait plus souhaitable qu'une telle rhapsodie. Mais il n’est qu'un initiateur : la tâche de la systématisation sera plus facile à ses successeurs, et il la leur abandonne avec confiance (V., Vorwort, p. IV; XXX VI, 230-1). Il a indiqué seulement quelques-unes des catégories sous lesquelles on pourrait ranger les lois invoquées : les principes du seuil et du renforcement sont quantitatifs ; ceux de l'unité du multiple, de la vérité et de la clarlé sont des exemples de principes qualitatifs. Ils sont en même temps primaires et formels, tandis que la loid'associalion est un principe dérivé ou secondaire (V., IT, 47).
Mais Fechner n'insiste pas sur cette classificalion peu systématique et peu complète, puisqu'elle laisse en dehors d'elle le plus grand nombre des lois invoquées. La véritable signification des principes permet au contraire, Croyons-nous, de les ranger tout autrement. Les deux premiers ne sont que des propositions de psychologie générale; les autres se rattachent à trois grandes lois fondamentales : le principe du plaisir, lui-même à la fois
(1) V., I, 5-6. — L'esthélique d'en bas a élé représentée, selon Fechner, en Angleterre par Hutcheson, Hogarth, Burke, Hay, etc.; en Allemagne, par Hartsen, Kirchmann, Kôstlin, Lotze, OErsted, Zimmermann; dans des domaines spéciaux, comme l'optique et la musique, par Brücke, Helmholtz, OEllingen, etc.; enfin des esthéticiens à priori, comme Zeising, lui ont apporté indirectement d'uliles contributions (W., 1, 2,6). — Quant au lerme lui-même, qui a fait forlune, on en trouve déjà la première moilié tout au moins chez Herder, qui a déjà traité l’es- {hélique comme une science naturelle, dont les principes ne doivent pas êlre tirés « d'en haut» (« Von oben herab », Werke, 1877, IV, p. 46, 126 et s., 154; voir C. Siegel, Herder als Philosoph, Slutigart, 1907, p. 197).
source et aboutissant de lous les autres; les principes formels; enfin la loi de l'association.
Il sera d’ailleurs toujours malaisé, remarque Fechner, de préciser, distinguer et coordonner avec clarté les lois esthétiques: ayant toujours quelque « moment » commun, elles empiètent les unes sur les autres, se combinent ou entrent en conflit, de sorte que leurs effets respectifs sont en fait souvent indiscernables.
La découverte d'une source unique de tous les plaisirs ou déplaisirs ne nous débarrasserait même pas de ces embarras : ils renaîtraient dans l'application; car ce n'est pas une loi abstraite qui dispenserait d'énoncer pour chaque cas particulier les sources particulières. Fechner s'est donc contenté, comme nous le verrons, d'indiquer en passant l'hypothèse d'un principe général du plaisir, mais sans faire fond sur elle.
Une telle esthétique, étant subordonnée à une conceplion générale du rôle du plaisir dans la vie, suppose une notion toute particulière de la morale. De même elle n’est point isolée des recherches psychophysiques de l’auteur, et par là, de sa métaphysique : car il a toujours prétendu relier celle-ci à celles-là.
Mais ce lien existe beaucoup plus dans l'intention que dans les faits. Fechner n'entend nullement faire dépendre son esthétique d'hypothèses plus ou moins incertaines encore : la définition qu'il a adoptée exelut même provisoirement de telles recherches du domaine de cette science : pour employer un mot assez étranger à son vocabulaire, elle doit être avant tout positive (V., III, 48; voir XII, 167).