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DE LA VIE DBS JUSTES DE Li CONGREGATION DE SA1NT-MAUR
(Suite)
Du R. P. DOM FRANCOIS MARCHON
Dom Frangois Marchon etait de Riom (i) en Auvergne, dans le diocese de Clermont. II fit profession a Saint-Augustin de Limoges le premier jour de mai i645, a I'&ge de vingt ans, et enseigna la philosophic puis la theologie a nos confreres en plusieurs monasteres, notamment a Saint- Vincent du Mans et a Saint-Denis en France. C'etait un fort bon religieux, d'une exactitude sans pareille et simple comme un enfant. II aimait le silence et la retraite et jamais on ne le voyait sortir du monastere ni parler a qui que ce fut. II n'allait mSme voir les malades qu'apres avoir demande permission, et en esprit de penitence. II occupait utilement son temps en s'adonnant a un travail qui put nourrir son aine, et il a compose un assez grand ouvrage qui a poiit titre : De origine, propagation, institutis sen regulis etviris illustribus omnium religiosorum ordinum... etc., ou il y a beaucoup de recherches et encore plus de piet6. La vie etait a charge & Dom Marchon, et il souhaitait continuellement la mort pour aller jouir de Dieu, 1'unique objet de ses desirs. II mourut a Saint-Denis le ai juillet 1701.
(i) Atom, ch.-l. d'arrondissement du Puy-de-Dome.
Du R. P. DOM FRANCOIS DOUAY
Le R. P. Dom Frangois Douay, natif de Saint-Riquier dans le diocese d' Amiens, etait entre jeune dans Pabbaye qui se trouve la et y avait pris 1'habit d'ancien religieux. Mais comme il ne manquait ni de zele, ni de droiture, il s'apergut vite qu'il fallait aller cb.ercb.er ailleurs la perfection de 1'etat qu'il venait d'embrasser et qu'il ne pouvait rester a Saint-Riquier sans exposer son salut. II eut pourtant 1'avantage de se former ail plain-chant dans la perfection en ce monastere et d'y apprendre par cceur le Psautier et la Regie de saint Benoit, ce qui ne contribua pas peu a lui faire chercher un lieu ou il put la mettre en pratique. II entra pour cet effet dans la Congregation et fit profession a Saint-Faron (i), etant diacre et a"ge de vingt-quatre ans. II etudia en theologie a Saint-Denis dans le temps que Dom Jean Harel en etait prieur (2) et il y fit Foffice de ceremoniaire. Ses etudes terminees et a la suite de la recollection, on le nomma sous-prieur et directeur des jeunes profes a Saint-Nicaise, d'ou il passa, en 1666, a Saint-Faron de Meaux comme prieur et Pere Maitre. Six ans plus tard, il vint exercer les memes fonctions a Saint-Remy de Reims, ouj'etais novice.
Dom Franc, ois Douay etait un excellent superieur et un tres bon Pere Maitre. Exact et zele, il etait de plus tresouvert avec ses novices. II les exerc.ait en toutes manieres ; mais en meme temps leur temoignait un amour de mere, de telle sorte qu'il etait impossible de ne le pas aimer alors meme qu'il mortifiait. Par cette conduite, tout novice qui n'etait pas Men appele ne pouvait resister aux epreuves par lesquelles le Reverend Pere les faisait passer, et demandait de lui-meme a sortir. Ceux au contraire qui avaient une bonne vocation, s'y fortifiaient de plus en plus : aussi distinguait-on ses novices d'avec les autres par leur zele, leur exactitude et leur soumission a subir toutes sortes de penitences. II etait fort attentif a tout et ne perdait jamais de vue ses novices, se trouvant toujours le premier au travail avec eux.
II n'etait pas moins attentif a maintenir les anciens dans le devoir
(i) Le 19 juillet 1667.
(a) Dom Jean Harel fut choisi comme prieur de Saint-Denis en 1660 et i663.
DOM FRANQOIS DOUAY O
et, comme il avait de la franchise, il lea avertissait de tout ce qu'il voyait en eux de reprehensible. II les mortifiait a la coulpe de la meme maniere qu'il eut fait a un novice, et je 1'ai vu interroger des pretres k la conference. Lorsqu'il imposait une penitence, il savait la faire gouter, et souvent lui-meme en portait une partie. Je me souviens qu'un jour il imposa a un novice de demander I'aumone au refectoire, non sans avoir defendu, lorsque ce dernier fut sorti, de lui rien donner; de sorte que le pauvre novice qui mangeait a terre, en etait reduit au pain et a 1'eau. Au bout d'un moment, Dom Francois Douay appela le serviteur et envoya au penitent le meilleur de ses mets, de sorte que ce fut le Prieur et non le novice qui fit la penitence.
Je 1'ai trouve quelquefois apres matines se donnant la discipline en particulier, et je ne doute pas qu'il ait pratique d'autres penitences du meme genre. II savait aussi faire remarquer aux novices les exemples des anciens. De son temps mourut un saint religieux, dont il prononc.a 1'eloge devant toute la communaute; il nous dit que la mort de ce religieux avait ete le couronnement d'une vie tres detachee et tres penitente, et il ajouta en preuve qu'on avail trouve sa discipline toute trempee de son sang. A 1'epoque de son priorat a Saint-Re my, on porta en procession le suaire de ce bienheureux patron de 1'abbaye pour obtenir cessation de la secheresse. Le temps etait fort serein lorsque nous commenc.mes a nous mettre en marche ; mais a peine etions-nous sortis de 1'eglise que les nuages s'amoncelerent et, avant que nous eussions pu atteindre la cathedrale, il plut en telle abondance que nous dumes nous retirer dans les classes de 1'Universite.
Le R. P. Douay n'acheva pas sontriennat a Saint-Remy parce qu'on en retira le noviciat pour le mettre a Saint-Faron. II fut transfere a Vendome en qualite de Prieur et de Pere Maitre et il demeura six ans en cette maison. De la il passa, toujours investi des memes charges, a Saint-Medard de Soissons, ou il ne resta qu'un an par suite du transfert du noviciat a Corbie. Ge dernier monastere servait alors d'asile et d'abri a trois religieux brouillons, r6voltes centre la Congregation,
(i) Dom Frangois Douay, de 1666 a sa mort, ne cessa d'exercer la superiorite. Les Chapitres generaux le designerent comme prieur de Saint-Faron de Meaux en 1666 et 1669 ; de Saint-Remy de Reims en 1673 ; de la Trinite de Venddme en 1676 et 1678; de Saint-Medard de Soissons en 1681 ; de Corbie en i684 ; de nouveau a Saint-Medard de Soissons en 1687 ; abbe de Saint-Martin de Seez en 1790 ; prieur de Jumieges en i6g3 ; une seconde fois de Saint-Faron de Meaux en 1696. II etait Visiteur de la province de Chezai-Benoit depuis 1699, quand il fut atteint par la mort.
et qui s'etaient mis la sous la protection de la Cour, en depit des Sup6rieurs. Ges dyscoles avaient fait deposer leur prreur et causaient de grands embarras. Pour les evincer eux-memes, on ne trouva rien de mieux que d'installer le noviciat a Corbie et de mettre a la tete de* cette maison le Pere Dom Frangois Douay, horn me incapable de se laisser influencer par le bruit et si regulier d'ailleurs, que sa conduite ne fournissait prise au moindre reproche. Quand il fut arrive, il s'enquit si la Gou'r dispensait ces trois religieux de leur regie et, sur la reponse negative qu'il regut, il les obligea, avec prudence toutefois, a observer toute la regularite. Ges revoltes ne purent tenir longtemps avec un pareil sup6rieur ; ils obtinrent 1'autorisation de quitter Corbie et, plus tard, passerent ad laxiora.
Je ne crois pas que ce soit de son temps qu'on ait repris 1'achevement de 1'eglise, dont la construction etait interrompue depuis 1'epoque de sainte Colette (i). Le Reverend Pere avait en effet un grand zele pour la decoration de la maison de Dieu et il le manifesta dans tous les monasteres oii il a ete superieur. Au bout de cinq ans il devint Abbe de Saint-Martin de Seez ; Jumieges 1'eut ensuite comme prieur et, dans cette maison, il s'acquit au dedans et au dehors un grand renom a cause de sa probite et de sa regularite. II etait compatissant pour les infirmes, attentif a procurer abondamment le necessaire a ses religieux, de sorte qu'ils s'acquittassent de leur devoir avec coeur. II donnait lui-meme 1'exemple en tout, prenant sur soi le poids de la regularite et se reservant ce qu'il y avait de plus penible dans le travail manuel. II etait ennemi du dehors et ne sortait jamais du monastere ; cependant, s'il meprisait les nouvelles du siecle, il apprenait volontiers celles qui concernaientl'Eglise et la religion. II avait grand soin de la jeunesse et etait fort attentif a la maintenir dans le bien.
Dom Francois Douay revint ensuite comme prieur et Maitre des novices a Saiiit-Faron de Meaux et, au bout de son triennat, on le nomma Visiteur de la province de Chezal-Benoit, charge qu'il n'accepta pas sans peine, puisque 1'obeissance put seule le determiner a s'en laisser investir. II fit beaucoup de fruit dans cette province, qu'il trouva unpeu derangee. Lorsqu'il rencontrait un religieux hors deson
(t) Brulant d'un zele ardent pour la gloire de Dieu, Dom Francois Douay prit la resolution, non d'achever 1'eglise commencee deux siecles plus t&t par 1'abbe Pierre d'Otriel, mais d'en batir une nouvelle digne de 1'abba^e de Corbie. II obtint la permission de ses superieurs, mais ce fut i son. succeseur, comme prieur de Corbie (Dom Antoine Bougier), que fut reserve d'en poser la premiere pierre, le k aout 1687 (Hist. ms. de la Congr. de Saint-Maur).