‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 2 sur 61 · DOM RENE POTIER · texte numérisé non relu

DOM RENE POTIER

devoir, son premier soin etait de s'assurer des fautes du delinquant et, une fois nanti des preuves, il faisait venir ce dernier en presence du superieur et des senieurs, et il lui disait : Mon Pere, vous avez fait telle faute ; je le sais et en ai la preuve en mains. Avouez-moi la verite et je vous traiterai doucement, sinon je vais vous faire votre proces. Lorsque le religieux en avait corivenu, s'il etait officier, le Visiteur lui faisait signer une cedule par laquelle il consentait a etre prive de son office en punition de la faute avou6e, et il ne recevait ensuite qu'une legere penitence. Par la, Dom Francois Douay sauvait 1'honneur du religieux, tout en remettant ce dernier dans le devoir. Lorsqu'il rencontrait des Superieurs amis de la regularite, il les exhortait a tenir ferme et il les assurait de son appui. De la sorte il reforma entierement cette province etlui donna une nouvelle allure. 11 ne devait pas achever son triennat, car etant tombe malade a Saint- Pourgain (i), il mourutdans ce monastere le 27 septembre 1701, en de tres grands sentiments de Dieu.

Du R. P. DOM RENE POTIER

Dom Rene Potier appartenait a Tune des meilleures families de Compiegne. II avait dix-neuf anslorsqu'il fit profession, Ie3 mai 1671, a Saint-Remy de Reims. II fit son seminaire de jeune profes a Saint- Nicaise et fut ensuite envoye a Corbie pour y etudier en philosophie. Quelques maux de tete qui lui survinrent, Tobligerent a suspendre son cours, qu'il vint poursuivre avec nous Tannee suivante a Saint- Denis. C'etait un des meilleurs ecoliers de notre bande ; il savait le grec, et on le regardait comme un sujet de grande esperance. Mais Dieu avait sur ce religieux des vues bien differentes de celles des hommes. II permit que le pere de frere Rene Potier, qui avait fait figure a Gompiegne, fut reduit a la mendicite et oblige d'aller finir

(i) Saint-Pourcain, ch.-l. de canton, art. de Gannat, Allier. Saint Pourgain ou Portien (f v. 5io), ayant embrasse la vie monastique a 1'abbaye de Mirande, dans le diocese de Glermont, y regut la sepulture. En 871, Charles le Ghauve donna ce monastere aux moines de Saint-Philibert de Tournus, qui y trduverent un refuge. Lorsqu'ils revinrent a leur abbaye vers 969, Saint-Pourcain de Mirande fnt reduit a n'Stre plus qu'un prieure ou, en i645, fut introduite la Congregation da Saint-Maur.

ses jours dans un hopital ; sa mere elle-meme dut entrer en condition. La philosophic de Descartes commengait en ce temps-la a faire du bruit. Elle avait des sectateurs habiles et de puissants adversaires. Notre maitre nous fit lire en classe un petit ouvrage, qui venait de paraitre sous le nom de 1'abbe de La Ville, et qui combattait vivement ce systeme (i). Frere Rene Potier entreprit de le refuter. D'autre part, il etait si desireux d'apprendre qu'il multiplia ses veilles et, en quelques nuits, lutun gros volume de saint Augustin sur les matieres de la grace. Ces trois circonstances unies ensemble altererent tellement 1'esprit du jeune Potier qu'il devint fol, et qu'on fut oblige de Penfermer apres avoir tente inutilement tous les remedes possibles. Get etat persista pendant dix-huit mois, au bout desquels Dieu rendit son bon sens a ce religieux dont il voulait faire un modele de vertu. Les reflexions que lui suggera son precedent etat 1'amenerent a comprendre avec quel serieux nous devons travailler a notre salut ; la passion du savoir fit place en lui a 1'unique preoccupation d'acquerir la science des saints, c'est-a-dire 1'humilite et la charite. II ne se considera plus des lors comme un homme capable d'instruire les autres; il se restreignit a la lecture des livres de piele et s'adonna completement a la priere et au travail manuel. II devint un modele de regularite, et les emplois les plus humbles du monastere etaient ceux qu'il remplissait de preference. Le plus souvent on le rencontrait charge de vases de nuit qu'il venait d'ecurer, ou bien une beche ou un rateau a la main.

Dieu lui ayant conserve son bon sens assez longtemps, frere Rene Potier fut ordonne pretre et il n'en devint que plus humble. On 1'avait charge du soin des religieux mendiants hospitalises dans le monastere, et il s'acquitta de cet emploi avec une charite sans pareille. II vecut de la sorte durant plusieurs annees et s'acquit la reputation d'un saint. II avait fait de grands progres dans la vie interieure et etait fort patient dans ses maladies, fort continuelles depuis plusieurs annees, et qui ne 1'empechaient cependant pas de suivre les exercices de la commanaute et meme de les prevenir soil au choeur, soit au Chapitre, a cause d'un asthme qui lui rendait la marche penible. Le 1 6 d'octobre 1701, on le trouva mort dans son lit.

(i) Sentiments de M. Des Cartes touchant I' 'essence et les proprietez da corps opposez a la doctrine de I'Egllse et conformes aux errears de Calvin. Sar le sujet de I'Eucharistie. Avec une Dissertation sur la pretendue possibilite des chases impossibles. Par Louis de la Ville. Paris, 1680, in-ia de 817 p. L'auteur de ce volume est le P. Louis le Valois, de la Compagnie de Jesus, mort a Paris le ia septembre 1700.

DOM JEAN PEDRON 7

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