‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 10 sur 61 · DOM GERMAIN COUSIN · texte numérisé non relu

DOM GERMAIN COUSIN

beaucoup d'honneur. II fut un jour troirver le Pere Marcland, qui etait Assistant, pour lui demander permission de faire quelque chose. Ge religieux touche de 1'humilite d'un si grand homme, voulut lui donner une permission g6nerale de faire ce qu'il demandait, mais Dom -Mabillon refusa avec remerciemerit, ajoutant qu'il etait bien aise de vivre dans la dependance, reponse qui edifia extremement le Reverend Pere Assistant.

Lorsque Adrien de Valois ecrivit centre Dom Mabillon d'une maniere emportee et indigne d'un honnete homme, Dom Michel Germain voulut lui repondre, ce qui etait facile, car dans ce que M. de Valois avait repris, il ne se trouvait qu'une faute d'impression qui meritat d'etre relevee. Le Bere Mabillon Ten empecha et il me disait a cette occasion : II est a propos que Dieu permette qu'il nous arrive de petites humiliations pour contrebalancer les louanges que les hommes nous prodiguent (i).

II m'arriva un jour de vomir les sacrees especes trois quarts d'heure apres la messe ; Dom Mabillon voulait les prendre, mais je ne le voulus point souffrir. Bien qu'il fut d'une complexion delicate, il ne laissait pas de faire des penitences extraordinaires, et je le supris un jour otant une ceinture de crin qu'il avait portee un certain temps. Ce religieux mourut comme il avait vecu, tres saintement, le 27 decembre 1707, et il s'en alia avec saint Jean reposer dans le sein du Seigneur (2).

Du R. P. DOM GERMAIN COUSIN

Voici encore un homme recommandable par son humilite et son detachement des creatures. II etait de Saint-Calais et il avait faitpro-

(1) Adrien de Valois se pretendit attaque dans un passage du De re diplomatica, et ecrivit un petit livre plein d'aigreur et d'injures centre Dom Mabillon et Dom Michel Germain. Gelui-ci n'iorita pas la douceur de son maitre et trouva 1'occasion de repliquer avec vivacite. Sur cette petite querelle on pourra lire : Mabillon et la Soctitt de Saint-Germain-des-Pres, par E. de Broglie, in-8, Paris, 1888, 1. 1, p. u3; t. II, p. 33, 48.

(2) Sur Dom Mabillon, voir'le t. V des Archives de la France tnonastiqae. Melanges et documents publics a 1'occasion du 2' centenaire de la mart de Mabillon, in-8, Paris et Liguge, 1908 et dans ce volume la Bibliographic des ouvrages relatifs a Mabillon (1707-1907).

fession a Saint-Melaine, le i3 septembre i64g- Dieu, qui se plait a elever les humbles, inspira aux superieurs de le mettre dans les charges. Dom Germain Cousin devint prieur de Saint-Aubin (i) et de Redon, je crois. La reputation que lui attiraient sa regularite et les bons exemples qu'il donnait a ses religieux le firent choisir comme depute au Chapitre general, ou il donna Fexclusion a un superieur qui n'eut pas ete fache d'etre honore de ce titre. II souffrait neanmoins impatiemment de se voir en charge et plus d'une fois il supplia d'en etre delivre. On ne 1'ecouta pas et, tout en prevoyant que sa modestie en souffrirait, on le nomma Visiteur de la province de Normandie. II s'y fit aimer des religieux, car la vertu est aimable partout, et il ne prit jamais occasion de son office pour satisfaire la moinclre curiosite, si innocente qu'elle put etre. Tous les ans il yenait a la diete a Paris et il n'y vit jamais rien de ce qui excite la curiosite des etrangers. II passait simplement par les rues qui conduisent a Saint-Germain-des-Pres et il ne sortait de cette abbaye que pour s'en aller comme il etait venu. Le cardinal de Furstemberg (2) s'etant presente a Marmoutier pendant un de ces Chapitres generaux, tous les Superieurs s'empresserent d'aller visitor cette eminence; Dom Germain Cousin, au contraire, s'enferma dans sa cellule etn'en sortit que lorsque le cardinal s'en fut alle.

De Visiteur de Normandie, le Reverend Pere devint au bout de trois ans prieur de Saint-Ouen de Rouen, nouvelle blessure a son humilite ; mais au Chapitre suivant il fit tant d'instances qu'on Ten retira. Pour ne pas se priver completement de ses services, on 1'envoya prieur a Evron, poste qu'il occupa six ans (3). Comme les infirmites venaient

(i) L'abbaye de Saint- Aubin d' Angers doit son origins a une eglise consacree vers 535 par saint Germain, de Paris, et ou fut transfere le corps de Teveque saint Aubin. Des chanoines la desservaient, et Geoffroi Grisegonelle, comte d'Anjou, les rempla^a en 966 par des Benedictins. Cette abbaye se maintint tres prospere jusqu'a 1'epoque de la commende et des guerres du XVI siecle. Un des abbes commendataires, Galatoire de Marca, y introduisit en 1660 la reforme de la Congregation de Saint-Maur. De cette abbaye il reste des fragments d'un cloitre remain orne de curieuses peintures, une tour du XIP siecle ; dans les batiments conventuels du XVIL siecle sont installes les services de la prefecture; la salle capitulaire et la sacristie abritent les archives departementales.

(2") Cardinal Guillaume Egon, landgrave de Furstenberg, abbe commendataire de Saint-Germain-des-Pres de 1690 a 1704.

(3) De 1689 a 1706 Dom Germain Cousin ne cessa d'etre employe au gouvernement des monasteres. En 1669, il etait nomme prieur de Saint-Mahe de Fineterre; en 1672 de Saint-Sauveur-de Redon ; en 1676 de Sainte-Croix de Quimperle ; en 1678 de Saint-Gildas-des-Bois ; en 1681 et 1684 de Saint-Aubin d'Angers ; en 1687 il eut a remplir les fonctions de Visiteur de la province de Bretagne ; trois ans plus lard en 1690, il etait nomme prieur de Saint-Ouen de Rouen ; en 1698 et 1696

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s'ajouter aux ans, on le dechargea ensuite entierement, et on 1'envoya a Saint- Vincent du Mans, ou il fut d'un grand exemple pour la communaute, tant par sa regularite que par son detachement et sa patience a supporter la gravelle, mal dont il souffrait. Son zele pour la religion lui fit parfois supporter avec impatience certains defauts qu'il remarquait chez le Pere Abbe. Dom Cousin mourut le 20 mai 1708, a Page de quatre-vingts ans.

Du R. P. DOM ANTOINE BEAUGENDRE

Dom Antoine Beaugendre, natif de Paris, avait fait profession a Vendome le 7 septembre 1647, a l'ag e de dix-neuf ans (i). II s'etait acquis du renom comme predicateur, lorsque les superieurs le nommerent premier prieur de Saint-Pierre-sur-Dive (2). Tous ses amis, admirateurs de son talent, lui en temoignerent leur compassion. Et ou allez-vous, mon cher Pere? lui disaient-ils. Dans un pays etranger, en Normandie ; avec d'anciens moines, de veritables draft gons, dont toute F application sera de vous faire de la peine. Toutes ces considerations humaines n'eurent aucune prise sur 1'obeissance de Dom Beaugendre et sur sa soumission aux ordres de Dieu.

de Saint-Serge d'Angers ; en 1699 et 1702 de Notre-Dame d'Evron. En 1705, il se retira b Saint-Vincent du Mans, oh Dom Maur Audren venait d'etre nomine abbe.

(1) D'apres la Matricale et le Necrologe de I'abbaye de Saint-Germain-des-Pres, Dom Beaugendre fit profession le n septembre.

(2) Saint-Pierre-sur-Dive, ch.-l. de canton, Calvados. L'abbaye de ce nom fut fondee par Lesceline, comtesse d'Exmes, dans un chateau qu'avait fait construire son epoux, le comte Guillaume, frere de Richard II, due de Normandie. Elle y mit des religieuses qu'elle ne tarda pas a transferer a Lisieux. Elle les remplaga par des bnedictins qu'elle obtint de la Trinite-du-Mont, pres de Rouen. Le B. Aimard fut le premier abbe de Saint-Pierre-sur-Dive, alors du diocese de Seez. L'eglise en fut consacree en 1067. Le monastere se maintint jusqu'aux guerres qui mirent aux prises Francais, Anglais et Bourguignons. En 1 563 les Galvinistes envahirent I'abbaye, brulerent les chartes, pillerent tout le monastere, enleverent les vases sacres, jetant au vent les saintes reliques. Le monastere fut releve par la Congregation de Saint-Maur qui en prit possession en 1666. L'abbaye est souvent appelee le monastere de Notre-Dame de 1'Epine, B. Mariss de Spineto Monasterium, a cause d'une statue de la sainte Vierge veneree sous ce titre dans 1'eglise, actuellement paroissiale, de Saint-Pierre-sur-Dive. Attenant au transept, on remarque la salle capitulaire. Subsistent encore quelques constructions du XVII' siecle.

II trouva effectivement a Saint-Pierre-sur-Dive une partie des epreuves qui lui avaient ete predites. La pauvrete y etait si grande qu'a la bibliotheque il y avail pour tout ouvrage un saint Bernard en ecriture gothique. A la cuisine, le Prieur et ses compagnons ne trouverent qu'un chaudron qui leur servait alternativement a cuire leurs aliments et a faire chauffer 1'eau de lessive pour le lavage de leurs sergettes. Du matin au soir ils travaillaient soit au jardin, soit a. ramenagement du monastere. Mais Dieu melait a ce labeur des douceurs qui le leur rendaient agreable. Dans le pays, 1'ignorance etait telle qu'un maitre d'ecole, dont la profession eut ete d'instruire les enfants, ne savait pas lui-meme son catechisme. Dom Beaugendre, qui le faisait travailler dans le monastere, 1'ay.ant un jour interroge s'il y avait plusieurs Dieux et si le Pere n'etait pas plus grand que le Fils : Gomme de raison, mon Pere , repondit le bonhomme. Gette reponse affligea extremement le Prieur et, pour dissiper 1'ignorance du pays, il se mit a faire tous les dimanches le catechisme aux pauvres gens. Les autres jours il les instruisait par ses bons exemples. Le culte divin avait ete tellement neglige, qu'on ne se souvenait pas d' avoir jamais vu le Saint-Sacrement expose. Dom Beaugendre acheta un petit soleil, qui lui couta quinze francs, 1'exposa durant 1'octave de la fete du Saint-Sacrement et.gagna si bien le coeur des Anciens, qu'ils venaient tous les jours faire leur heure d'adoration au temps precis ou ils etaient marques. II reussit encore a les faire assister a toutes les heures de 1'Office divin, hormis a matines.

Dom Beaugendre passa ensuite a Coulombs (i) comme prieur, puis a Saint-Pere de Chartres. Apres quoi il fut decharge- a cause de quelques incommodites qui lui survinrent aux yeux. Se trouvant

(i) Coulombs, com. du canton de Nogent-le-Roi, air. de Dreux, Eure-et-Loir. On ignore les circonstances de la fondation de 1'abbaye de Notre-Dame de Coulombs, Beatse Marise de Columbis Mon., qui fut detruite par les Normands au IX" siecle. Relevee par les moines, elle fut ruinee au siecle suivant par les troupes de Richard, due de Normandie, et abandonnee jusqu'au moment ou Roger, eveque de Beauvais, seigneur de Nogent-le-Roi, en prit possession. II restaura Pabbaye, lui fit de riches donations et son exemple fut suivi par beaucoup de seigneurs de cette contree. La prosperite du monastere se maintint jusqu'aux guerres du XIV' siecle entre Francais et Anglais. Les religieui furenl contraints de se disperser. L'abbe Ferrand de Montreuil (i/iSS-i/iia) entreprit de relever 1'abbaye, et son successeur acheva 1'oeuvre commencee. Les Protestants la pillerent en i56a et i568. L'abbaye de Notre- Dame de Coulombs s'unit en i648 a la Congregation de Saint-Maur. Du monastere il reste peu de chose : un beau portail du XP siecle, les ruines d'un clocher et quelques fragments de murailles. L'eglise abbatiale fut detruite dans la premiere partie du X1X siecle : et divers objets en provenant se trouvent dans Peglise de la paroisse.

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