‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 11 sur 61 · DOM MICHEL BRIANT · texte numérisé non relu

DOM MICHEL BRIANT

retabli, il revint a Saint-Pere et alia ensuite a Saint-Taurin d'Evreux (i), ou il se fit beaucoup aimer des religieux (a). On le dechargea de nouveau et il vint exercer a Saint-Germain-des-Pres Foffice de doyen. II ecrivit la Vie de Monsieur Joli, chanoine de Saint-fitienne de Dijon, pretre d'une eminente piete (3), et il donna au public une ample edition d'Hildebert, archeveque de Tours, et de Marbode, eveque de Rennes, prenant sur son sommeil un temps considerable et employant tout le jour aux exercices de la regularite (4). Dom Beaugendre mourut age de quatre-vingts ans et d'une chute, a ce qu'il me semble avoir entendu dire.

GLXXII Du R. P. DOM MICHEL BRIANT

Le Pere Dom Michel Briant etait natif de Rouen et il fit profession a Jumieges le 28 d'aout i658, a 1'age de dix-neuf ans. Ses eludes ter-

(i) Cette abbaye fut fondee pres du tombeau de saint Taurin, premier evSque d'Evreux. Elle existait deja a la fin du VI* siecle, et saint Leufroy (f 788) y revetit 1'habit monastique. Detruite lors des invasions normandes, elle fut relevee par Richard I, due de Normandie, mort en 996, et pendant pres de deux siecles ses abbes lui vinrent de Fecamp. Elle fut d^vaslee en ng5 lorsque Philippe-Auguste s'empara d'Evreux. Au commencement du XV siecle, par suite des guerres, elle etait de nouveau en ruines lorsque en iltio, Charles VI en ordonna la restauration. L'abbaye de Saint-Taurin d'Evreux s'unit en 1617 a la Congregation de Chezal- Benoit, d'oii en i64a elle passa dans celle de Saint-Maur. L'eglise encore subsistante renferme de curieuses parties romanes ; le chceur du XIV siecle est bati sue une crypte tres ancienne. Du vieux monastere il reste un pavilion du XVI* siecle. Les bailments construits par les Mauristes abriterent pendant de longues annees le seminaire diocesain.

(a) Voici la ehronologie des Chapitres generaux qui appelerent Dom Beaugendre au gouvernement des monasteres : 1669, Saint-Pierre-sur-Dive ; 1672 et 1676, Coulombs; 1678, Saint-Pere de Chartres ; i684, Coulombs; 1687 et 1690, Saint- Taurin d'Evreux.

(3) La vie de Messire Benigne Joly, prestre, docteur de la Facalte de Paris et societe de Navarre, chanoine de I'e^lise abbaliale et collegiale de Saint-Estienne de Dijon, institnteur des religieuses hospitalieres de la meme ville oil on le nommait ft le Pere des Pauvres , oil Von voit Cidee d'un saint chanoine, et le modele d'un parfait ecclesiastique, in-8, Paris, 1700.

(4) Venerabilis Hildeberti primo Certomanensis Episcopi, deinde Turonensis Archiepiscopi opera, tarn edita quam inedita. Accesserunt Marbodi Redonensis Episcopi, ipsius Hildeberti supparis opascala. Qua? hactenus edita, hsec autem aactiora et plura nondum edita prodeant, omniaque ad manuscriptos codices recensita, notis passim illustrantur, in-f, Paris, 1708.

minees, on 1'envoya a Bonne-Nouvelle de Rouen faire sa recollection sous le R. P. Dom Claude Martin et, forme a si bonne ecole, il detacha completement son coeur des choses de la terre et montra en toute occasion un grand zele pour la regularite. Aussi le nomma-t-on Superieur dans les principaux monasteres de la province, a Saint-Evroult, au Bee, a Seez, a Caen et a Bonne-Nouvelle de Rouen (i), et partout il s'acquit la reputation d'un homme ardent a maintenir 1'observance. A cause de cela il fut ordinairement depute au Ghapitre general et on le chargeait toujours de soutenir les droits de la province.

Dom Michel Briant etait fort bon econome, mais il n'avait pas d'attachement au Men et il faisait de grandes aumones. Pendant qu'il etait prieur au Bee, on arreta dans 1'eglise une lingere qui derobait les nappes des autels et en fabriquait des chemises. Le Reverend Pere ne souffrit pas qu'on lui fit aucun mal; il la reprimanda seulement et la renvoya avec une bonne aumone, mettant ainsi en pratique la parole de 1'Evangile qui ordonne de ceder notre manteau a celui qui derobenotre tunique. Tandis qu'il etait a la tete de la maison de Caen, il mourut un Ancien qui avait une niece, bonne demoiselle, mais pauvre. Le Reverend Pere Briant ceda a cette personne toute la cote morte de son oncle, ce qui la toucha de telle sorte qu'elle le pria de garder au moins quelques-uns des meubles du defunt pour se ressouvenir de lui ; ce a quoi il ne voulut consentir. Get excellent superieur s'appliquait a demeurer sans cesse a la tete de sa communaute et il n'allait que rarement manger avec les holes, meme avec les personnes de qualite, et il savait trouver a propos quelque honnete defaite pour s'en dispenser et le faire agreer a ceux qu'il traitait. Dom Michel Briant mourut a Bonne-Nouvelle de Rouen, le 17 juin 1708.

Du R. P. DOM NICOLAS GOULON

Le R. P. Dom Nicolas Goulon, natif de Dreux dans le diocese de Chartres, fit profession a Jumieges le 14 d'octobre i655, a 1'age de

(i) Dom Michel Briant fut nomme en 1676 prieur de Saint-Georges de Boscherville ; en 1678, du Mont-Saint-Michel ; en 1684, abbe de Saint-Martin de Seez , en 1987 et 1690, prieur de Saint-fitienne de Caen ; en 1698, du Bee ; en 1696, de Saintfitienne de Caen ; en 1699, abbe de Saint-Martin de Seez ; en 1702, prieur du Bee ; en 1706, de Saint-Evroult ; et en 1708, de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rouen.

DOM ANTOINE TBXANDIER 33

dix-neuf ans. II demeura une quarantaine d'annees environ a Tiron, et sa vertu etait si solide qu'elle fut a 1'epreuve des laiigues des petits ecoliers, lesquels n'epargnent persoiine. Ils ne parlaient qu'avec eloges du Pere Coulon. Ce religieux etait d'une complexion si delicate <Jue peu s'enfallut qu'on ne le renvoyat du noviciat; il n'y eut que son zele et sa vie innocente qui le firent admettre. II ne laissaifrpas cependant de mener une vie tres austere, mangeant tres peu, ne buvant presque pas de vin et trempant son pain dans 1'eau, ou encore mettant de 1'eau dans son potage ou dans ses mets, comme je 1'ai appris du Superieur qui 1'a enterre. Sa couche etait dure comme du bois et cependant il la trouvait encore trop molle. II personninaitThumilite. Tandis qu'il etait regent de rhetorique a Tiron, on y envoya un religieux pour exercer la meme fonction. Dom Nicolas ne dit point au nouveau venu qu'il etait deja en possession de la chaire; mais il abandonna son poste sans resistance et remit a son confrere tous les livres dont il s'etait muni. II etait souple comme un gant, maniable comme la cire et pret a executer ce que Ton voulait: enseigner, precher, confesser, exercer les fonctions vicariales a la paroisse, tout lui etait indifferent, mais lui devenait agreable et precieux des qu'il s'agissait d'honorer Dieu. II precha FA vent une annee dans une paroisse voisine de Tiron et a la fin il fit une quete et obligea le cure a venir a Tqffrande. II appela ensuite la dame du lieu et lui dit : Madame, voila de quoi acheter un parement a votre autel, mais il vous faut suppleer a ce qui manque a la somme. La vie de Dom Coulon etait si pure, que celui qui entendit sa confession pendant une grande maladie qu'il fit, disait de lui que c'etait un veritab.le Israelite, dans lequel il ne se trouvait point de fraude. Ge religieux mourut a Tiron, le So Janvier 1709.

Du R. P. DOM ANTOINE TEXANDIER

Dom Antoine Texandier (i), qu'on appelait la belle dme a cause de son innocence et de sa sainte vie, apprehendait extremement la mort.

(i) Dom Antoine Texandier etait originaire de Limoges, et Sge de vingt ans fit profession au monastere~de Saint-Auguslin de cette ville le 28 Janvier 1669. II mourut dans 1'abbaye de Saint-Jean-d'Angely.

Etant tombe malade et tirant a sa fin, le prieur et le sous-prieur n'osaient 1'avertir de s'y preparer. Le procureur, qui etait un homme resolu, leur dit qu'il irait lui en donner 1'entente. II engagea effeclivement le malade a se disposer an grand passage. Ge dernier le remercia en ajoutant : Preparez-vous-y de votre cote, car vous mourrez le premier de nous deux et serez enterre avant moi. Le procureur, plein de vie et de sante, vint en riant rapporter le propos au prieur et a son compagnon. N6anmoins le jour suivant on le trouva mort, et lorsque s'achevaient ses funerailles, le 27 septembre 1708, Dom Antoine expira a son tour.

Du R. P. DOM ANTOINE LAVEROT

Le R. P. Dom Antoine Laverot, natif de Bessay dans le diocese de Glermont (i), avait trente-quatre ans lorsqu'il fit profession a Vendome, le 18 d'aout 1666. II etait medecin avant d'entrer dans la Congregation, et, lorsqu'il y eut ete admis, il oublia tous les principes de la medecine humaine qui ne s'occupe que du corps et il ne songea plus qu'au salut de son a"me. II ne buvait point de vin et mangeait tres rarement du poisson. II gardait un silence perpetuel, aim de s'entreteniravec Dieu et, quand les religieuxconferaient en recreation, lui se promenait seul dans quelque allee ecartee du jardin. II n' etait cependant point farouche et, lorsqu'on 1'interrogeait sur quelque chose, il repondait avec honnetete et en termes precis a ce qu'on lui demandait. II restait des temps considerables a 1'eglise devant le Saint-Sacrement, a la suite des matines et des complies. Pendant longtemps il demeura a fivron comme dans une solitude champetre, et la reputation de saintete qu'il s'y etait acquise faisait dire que, s'il venait a y mourir, on aurait peine a 1'enterrer a cause de la population qui infailliblement se jetterait sur son corps et decouperait ses habits ; mais il alia mourir a Saint-Vincent du Mans, le 3 mars 1709, a 1'age de soixante-dix-sept ans.

(i) Bessay-sar-Allier, com. du canton de Neuilly-le-Real, Allier.

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