DOM PIERRE PIAT
ltd dit force impertinences : frere Piat ecouta tout 6n silence et repondit a la difficulte sans la moindre allusion au reste. Le maitre, intervenant alors pour le plaisanter a son tour, se mit a dire : Que repondez-vous a toutes les injures qu'il vous a dites? Conservant son calme, 1'humble religieux ferma la bouche a 1'un et a 1'autre par cette seule reflexion : Mon adversaire n'en a pas encore dit assez sur mon compte. Et le ton qu'il y mit prouvait que la replique etait sincere.
Au sorlir des etudes, Dom Piat fut envoye a Saint-Maur-sur-Loire, oil il y avait une petite communaute d'excellents religieux qui, dans leur desir de faire refleurir 1'esprit de saint Benoit et de saint Maur dans cette maison, y vivaient dans une grande retraite et avec austerite, occupant une grande partie de leurs journees au travail manuel et s'abstenant tres souvent de poisson. Le nouveau venu se distingua bientot parmi les aiitres par son zele et sa piete. Le prieur, qui etait Dom Jean Auvrelle, le prit pour directeur et moderateur de ses penitences. Lorsqu'ils entraient au refectoire, sur un signe con venu de Dom Piat, le prieur savait la penitence qu'il devait faire, ou s'abstenir.de vin, de poisson, de son premier mets ou de dessert. Chaque jour ils prenaient ensemble la discipline et, une fois chaque semaine, ils se rencontraient apres complies en un lieu a I'ecart, ou ils se preparaient a la mort, 1'un prenant la posture de moribond, 1'autre recitant sur son compagnon les prieres des agonisants. Et ils changeaient de personnage et s'occupaient ainsi de la pensee de la mort qui entretenait le zele de 1'un et de 1'autre.
La complexion assez delicate de Dom Pierre Piat ne put supporter aussi longtemps qu'il 1'aurait souhaite une vie si austere ; et les superieurs, qui ont toujours pour les bons religieux des entrailles de pere, le retirerent de Saint-Maur pour le mettre clans un monastere ou il put avoir quelque soulagement. J'etais a Marmoutier lorsqu'on 1'y envoya pour edifier par ses exemples les novices et toute la communaute. II n'y avait point de jours qu'il ne nous edifiat par quelque penitence publique. Souvent on le voyait diner a terre, ou bien demander pardon a la sortie du refectoire, la corde au cou. Durant les recreations il ne parlait que de Dieu, dont son esprit etait continuellement occupe. Sa pauvrete etait si grande qu'il ne possedait rien et se depouillait des choses les plus necessaires. II avait une charite sans pareille et une foi tres vive. A 1'exemple de sainte Gecile, il portait toujours sur lui un Nouveau Testament. Lorsqu'on le prenait pour aller en ville ou quelque autre part, il fallait entrer dans
toutes les eglises que Ton rencontrait pour y saluer le Saint-Sacrement, et, si Ton allait dans quelque maison religieuse, il allait prier landis que son compagnon rendait sa visite.
Dom Jean Auvrelle, etant devenu paralytique, fut envoye a Marmoutier et temoigna a nouveau de son entiere confiance au P. Dom Pierre Piat. Celui-ci en avait soin et chaque jour allait habiller le malade pour se rendre a matines et chaque soir le devetait a Theure du coucher. C'etait lui aussi qui, les jours de discipline, aidait ce saint religieux a remplir cet exercice de penitence dont, en depit de sa maladie, il ne se dispensait point. Dom Pierre Piat Hsait en ce temps-la avec ravissement le Livre des Miracles de saint Martin compose par Gregoire de Tours : ayant vu que plusieurs malades avaient ete gueris par la poussiere de son tombeaa, lorsque quelqu'un des notres se trouvait arrete a I'infirinerie, il se rendait au lieu du Repos du Saint, y recueillait un peu de terre et exhortait ce malade a en mettre dans ce qu'il prenait, persuade que c'etait pour lui une excellente medecine. Ge digne religieux avait, au reste, une charite tres grande envers tons ses confreres. II ne pouvait supporter de se voir mieux traite qu'un autre religieux et il leur rendait tous les services en son pouvoir. C'est pourqaoi a Redon, ou il y avait de jeunes profes, il prit la chambre la plus incommode du dortoir, dont personne ne voulait, et on ne put jamais 1'obliger d'en prendre une autre. La vie entiere de Dom Pierre Piat fut ainsi en quelque sorte tissee de bonnes ceuvres que Dieu couronna par une mort precieuse a Saint-Melaine de Rennes le 18 mars 1721.
CXGIX Du R. P. DOM ARNAUD DE BONNECASE
Dom Arnaud de Bonnecase, fils d'un Conseiller au Parlement de Pau, etait ne dans Theresie (i). Apres sa conversion a la foi catholique, il fut si penetre de la grace que Dieu lui avait faite, qu'en reconnaissance il embrassa la vie religieuse au monastere de la Daurade et y fit profession le 12 avril 1718, a 1'age de vingt-trois ans. Depuis
(i) Dom Arnaud de Bonnecase naquit a Pau, dans 1'ancien diocese de Lescar, actuellement de Bayonne.