DOM ANTOINE GARONNE
apporter les pestiferes on trouvait un mort et un agonisant auquel il fallait donner les derniers sacrements sur-le-champ et dans la chaise meme. Le 12 Janvier sur les six heures du soir, Dom Jean La Goree fut atteint par le fleau. Le lendemain le Pere Sabatier 1'alla voir et lui demanda comment il se portait. Le malade repondit qu'il se senlait mieux. Neanmoins, comme tout etait a craindre, son compagnon 1'avertit de se disposer a paraitre devant Dieu. Dom La Goree recut avec joie cette parole, disant : Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi; in domum Domini ibimus (i). II demanda seulement un quart d'heure pour penser au compte qu'il avait a rendre au souverain Juge, se confessa, rec,ut les derniers sacrements et expira pieusement le i4 Janvier 1721. Son confrere 1'ensevelit de ses propres mains et lui donna la sepulture avec les ceremonies ordinaires (2).
Du R. P. DOM ANTOINE GARONNE
Dom Antoine Garonne, natif de Saint-Gaudens (3), dans le diocese de Gomminges, avait fait profession au monastere de La Daurade le 28 septembre 1707. II avail ete eleve par le saint eveque de Saint- Pons (4) qui, n'ayant pas voulu lui permettre d'aller a la Trappe, consentit a son entree dans la Congregation de Saint-Maur. C'etait un homme fort penitent qui ne menageait pas son corps. Ilnemangeait que du gros pain, le plus noir qu'il pouvait rencontrer, et faisait autant d' abstinences qu'on voulait lui en permettre. Pendant qu'il enseignait, tous les jours il se levait a deux heures du matin et allait
(i) Psaume cxxi, ^ i.
(a) Une Relation dit que Dom Jean La Goree expira en disant : Je declare que je meurs dans 1'unite de 1'Eglise.
(3) Saint-Gaudens, ch.-l. d'arrondissement de la Haute-Garonne, diocese actuel de Toulouse.
(4) Pierre-Jean-Frangois Percin de Montgaillard, eveque de Saint-Pons de Thomieres de i665 a 1710. Ce prelat, auquel Dom Martene donne bien facilement la qualite de saint, fut pendant toute sa vie en revolte contre 1'autorite du Siege apostolique et fut un ardent defenseur des jansenistes. Plusieurs de ses ecrits furent condamnes par les Souverains Pontifes. Toutefois une lettre de sa main, conservee aux archives du Vatican, temoigne qu'avant de mourir il se soumit a Rome, et retracta ses erreurs.
passer un temps considerable devant le Saint-Sacrement avant de se mettre a 1'etude. II etait aussi fort charitable et rendait a ses confreres tous les services possibles. II professait la theologie a Aniane au temps ou la peste desolait la Provence, notamment les villes d'Aix et de Marseille. Touche d'une si grande desolation, il sollicita a plusieurs reprises du Pere General la permission d'aller administrer aux pestiiferes les secours de la religion. L'emploi qu'il avail empecha d'abord d' avoir egard a sa demande.
II ne se rebuta pas et fit tant d'instances qu'il obtint enfin 1'accomplissement de ses desirs. II arriva a Aix, ou il fut recu comme un ange du ciel par 1'archeveque. II exerga son zele envers les pestiferes durant quinze jours, et Dieu le recompensa par une mort precieuse qui 1'enleva de la contagion du siecle, bien plus dangereuse que celle qui lui ota la vie le i4 mars 1721.
CXGVIII Du R. P. DOM PIERRE PIAT
Dom Pierre Piat (i) etait ne a Gien (2) dans le diocese d'Auxerre, d'une honnete famille qui avait la piete en partage. Un de ses freres vivaif en religieux sous 1'habit seculier. La bonne education qu'il avait reQue ne servit pas peu a le degouter du monde. Pour se preserver de la corruption, il vint chercher asile au monastere de Bourgueil, ou il fit son noviciat et emit sa profession entre les mains du R. P. Dom Martin Poidevin, le a4 avril 1671, a 1'age de vingt-deux ans. Les enseignements de ce saint superieur demeurerent toujours graves dans son coeur. Le P. Piat avait la simplicite et 1'innocence d'un enfant ; son zele pour les pratiques .de la religion paraissait dans son obeissance, son amour de la pauvrete, son complet detachement, son union a Dieu, sa patience, sa mortification sansretenue. Tous ses confreres admiraient sa vertu. Au cours de ses etudes il ne se dementit point, et 1'une de ses industries pieuses etait de se lever la nuit pour decrotter les chaussures de ses confreres. Un jour qu'il soutenait une these, 1'argumentateur voulant x divertir la compagnie a ses depens
(i) La Matricule porte Pierre le Piat.
(a) Gien, ch.-l. d'arrondissement, Loiret ; diocese acluel d'Orleans.