DOM GUILLAUME LEFEVRE
etudier la rhetorique a Lagny. Nous fimes le trajet a pied, allarit de monastere en monastere. Durant ce petit voyage, il prit quelque affection pour moi je ne sais par quel endroit, sinon qu'il s'imagina que j'avais quelque vertu dont je n'etais que trop eloigne. Ensuite il regarda ce sentiment comme une imperfection et, decouvrant son interieur au R. P. Prieur, il lui dit qu'il m'aimait plus que les autres. Le Prieur le mortifia a ce sujet et, dans la crainte que nous ne rompissions le silence, il lui fit quitter sa chambre, qui etait proche de la notre. J'eus egalement nia part de la mortification; mais je repondis au R.P. Prieur que je n'avais aucune liaison particuliere avec ce religieux et que je ne le voyais pas plus que les autres. Lorsque nous fumes etudier a Saint-Denis, il me continua son affection et pendant les recreations ou Ton confere, il aimait a se rencontrer avec moi. Nous nous entretenions alors de Dieu et de tout ce qui se passait dans 1'Ordre. Toutefois comme il lisait assidument le Chretien inUrieur (i) qui ne preche que mortification et abnegation de soi-meme, afin de mettre en pratique ces enseignements il me pria de trouver bon qu'il ne se joignit plus a moi. Toutefois, comme gage d'amitie et pour m'exciter a prier pour lui, il me donna une petite image d'un Hard que j'ai conservee assez longtemps et que j'ai perdue je ne sais comment.
Apres ses etudes Dom Guillaume Lefevre fut envoye a Breteuil, dont les moines 1'elurent comme conventuel en depit de sa jeunesse. Par amour de la retraite et de la penitence, il demanda ensuite a passer a Saint-Nicolas-du-Bois ; il esperait n'y voir persorme et ri'y vivre que de legumes; mais comme on avait mis la une petite communaute de six religieux, le prieur n'abonda pas dans ce sens et crut les devoir un peu mieux nourrir. II cut ensuite la tentation de revoir son pays natal et demanda avec instances a y retourner. Ce n'etait pas 1'avis du R. P. Dom Claude Martin, mais on dut le lui accorder, et il ne tarda pas a eprouver qu'un religieux n'a jamais de satisfaction a faire sa volonte et a demeurer proche de ses parents. Comme il n'avait pas de voix, qu'il n'etait pas d'une complexion des plus fortes et qu'il avait besoin d'un petit emploi, on le regarda partout comme un religieux a charge, tandis qu'en la province de France il etait aime comme un bon religieux dont on connaissait la vertu. II est reste ce-
(i) Le Chrestien interieur, ou la conformite que doivent avoir les Chrestiens avec Jiisus- Christ. Divise en halt livres qui contiennent des sentiments tous divins, tirez des escrits d'un grand serviteur de Dieu de nostre siecle (Jean de Bernieres-Louvigny) par an soli' taire (ie P.Francois d'Argentan, capucin), in- 12, Paris, 1661.
pendant assez longtemps en Normandie, et apres plusieurs annees, il demanda a revenir dans sa province. II y fut aime et estime comme auparavaut. Sa mort arriva a Saint-Fiacre le i er d'avril 1722.
Du R. P. DOM MAGLOIRE Loz
Dom Magloire Loz appartenait a vine bonne famille de Bretagne, alliee a ce qu'il y avait de plus noble dans la robe et dans Tepee. Ses neveux etaient colonels. II naquit dans un lieu du diocese de Cornouaille appele en latin Peumeritum (i) et il prononca ses voeux a Saint-Melaine de Rennes le 29 mai 1671, a l'age de vingt ans. Des lors il se distinguait par sa regular! te et la solidite de son esprit. Sa recollection achevee, on le fit enseigner la philosophic et la theologie a nos confreres ; il s'en acquitta avec succes et les ecoliers formes par lui enseignerent eux-memes et occuperent dans la suite les plus hauts postes de la Congregation. Le R. P. Dom Magloire Loz etait persuade qu'un des premiers devoirs d'un maitre est d'inspirer a ses eleves la piete et Famour de 1'observance. Lui-meme ne prenait de recreation que ce que les regies accordent aux maitres et n'allait qu'en des lieux ou il put s'edifier. Lorsqu'il enseignait la theologie a Auxerre, il prit sa recreation a Glairvaux. L'abbe eut voulu le retenir quelques jours pour mettre quelque ordre a ses manuscrits. II s'offrait d'en obtenir la permission des superieurs majeurs. Toutes ses instances ne purent le flechir. Son zele pour Tobservance et 1'amour de ses eleves ne lui permirent pas de prolonger son sejour.
Comme on voyait en lui un sujet d'esperance, on lui confia d'abord le prieure de Cornillon, ou il fallait un homme qui payat de sa personne. Cette maison est en effet proche de Grenoble, et 1'eveque de ce diocese y faisait souvent des retraites. Le Pere Loz repondit a cette attente : il reussit non moins bien pour le spirituel que pour le temporel qu'il augmenta d'une maniere notable par sa bonne administration, bien qu'il n'eut point d' attache aux biens de la terre. II fit meme preuve d'un grand detachement lorsqu'il etait a la tete de ce monas-
(i) Pleumer it-Cap, com.du canton de Plougastel-Saint-Germain, Finistere, diocese actuel de Quimper.