DOM JEAN-PAUL DU SAULT IOI
et, ail bout d'un an, demanda en grace une place a Saint-Denis. On eut pas de peine a la lui accorder, et, suivant ses inclinations, on lui donna le soin de recueillir les petites rentes, emploi qui etait alors fort neglige. Dom Benoit le fit avec edification et utilite, allant a pied de village en village, de maison en maison, sans se laisser rebuter ni par les difficultes, ni par les paroles inciviles ; et par ses soins et sa vigilance les petites rentes, qui en elles-memes etaient bien peu de chose, ne laissaient pas de faire un revenu assez considerable. II contracta dans 1'exercice de cet emploi la maladie qui 1'enleva. S'etant arrete, sans y en trer neanmoins, devant une maison ou des enfants avaient la petite verole, il fut saisi par ce mal et, en depit des soins qu'on lui prodigua, il y succomba le 6 decembre 1728, a 1'age de cinquante-quatre ans.
Dom Benoit d'Auxi fut fort regrette de tous les religieux, qui perdaient en lui un modele de vertu et un frere tres charitable, en un mot un moine accompli. II etait si pauvre qu'on ne trouva dans sa cellule que quelques livres de piete. Obligeant et prevenant envers tous, on ne 1'entendit jamais parler de sa famille, et on ne dotfte point qu'il n'ait regu la recompense que Jesus-Christ a promise aux humbles et aux pauvres volontaires.
Du R. P. DOM JEAIS-PAUL DU SAULT
Voici un des plus saints religieux qui aient fait partie de la Congregation : aussi grand devant Dieu que sa taille paraissait peu devant les hommes. C'est du moins la reputation que lui ont acquise ses vertus. II etait de Saint-Sever-Cap-de-Gascogne et avait pour pere un capitaine sans fortune, car c'est le sort ordinaire des gens qui suivent la profession des armes de se ruiner completement. On lui avait donne pour patrons les saints Jean et Paul, martyrs dont on fait la fete le 26 juin. II fut eleve dans notre monastere de Saint- Sever, oil il servait les messes avec une modestie qui charmait tout le monde. II avait une grande facilite a apprendre le latin et retenait encore plus les instructions que lui donnaient ceux qui avaient soin de lui. Suivant des lors tout ce qu'il pouvait des exercices, il se levait la nuit pour assister aux matines et prenait la discipline avec les
religieux. II fut admis a seize ans au noviciat de la Daurade et, quoiqu'il fut si jeune et tout petit, on n'eut aucune peine a recevoir un sujet qu'il semblait que la grace s'etail prepare ; il fit profession le 3i novembre 1667, fete de la Presentation de la Sainte Vierge au temple, et depuis lors il avanga a pa's de geanl dans les voies de la perfection. Loin de lui dessecher le coeur, les etudes eurent pour effet de le fortifier dans le bien. Comme il n'avait que Dieu en vue, il reussissait bien dans ses etudes, et a peine les eut-il achevees qu'on lui fit enseigner la philosophic et ensuite la theologie a Saint-Andre d' Avignon et a Sainte-Croix de Bordeaux, montrant en meme temps par ses exemples ce qu'il faut faire pour etre un excellent religieux. Quelque soin qu'il eut de vivre dans la retraite, ses vertus le faisaient connaitre et il etait estime de tout ce qu'il y avail de personnes spirituelles dans les villes ou il etait. Se trouvant a Bordeaux, il dirigeait une sainte fille qui passait son temps a servir les malades dans un hopital et etait favorisee parfois de communications divines. Elle venait assister aux offices de Sainte-Croix, et un jour elle avertit Dom Paul du Sault qu'un des religieux, qu'elle lui designa, avait perdu la grace de Dieu. Le Pere, qui precisement etait le confesseur de ce malheureux, le questionnna et, apres lui avoir fait confesser sa faute, lui imposa une penitence. Quelque temps plus tard, la devote avertit de nouveau son directeur que ce religieux etait retombe. Interroge, le coupable avoua derechef et, louche des industries de la misericorcle divine en sa favour, il se convertit et ne retomba plus.
En 1688, le R. P. Dom Jean-Paul du Sault, etant professeur a Saint- Andre d' Avignon, fit son testament spirituel par lequel il se donnait entierement a Dieu, el declarail ses desirs el ses dernieres volontes. Get acle esl si plein de piete qu'on ne peut le lire sans emotion et sans regarder celui qui 1'a compose comme un homme detache de la terre et tout penetre de Dieu. II le lut en la fete de 1'Epiphanie, jour ou nous avons coutume de renouveler nos voeux, et le porta sur 1'autel apres 1'avoir signe de son sang tire de la veine la plus proche du coeur. II renouvelait de temps en temps les protestations renfermees dans cet acle.
La religion que Dom Paul du Sault savait allier a ses talents de professeur fit juger qu'il reussirait mieux a elever des noA^ces el, pour cette raison, on 1'envoya a Toulouse, ou pendant neuf ans il cumula les fonctions de sous-prieur avec celles de Pere mailre (i). II fut
(i) Dom Paul du Sault fut prieur de Saint-Chinian de Thomieres de 1690 a 1698. Ge fut ensuite qu'il vint a la Daurade comme sous-prieur et maitre des novices. Les Ghapitres generaux de 1702 et 1706 le designerent comme prieur de ce monastere.