‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 30 sur 61 · DOM JEAN-PAUL DU SAULT IO · texte numérisé non relu

DOM JEAN-PAUL DU SAULT IO

ensuite pendant six ans prieur de ce meme monastere, ou il s'acquit une tres grande reputation, etant consulte des personnes les plus spirituelles de la ville et surtout des maisons religieuses de filles qui trouvaient en lui un ties grand secours. C'est la qu'il composa et fit imprimer ses cinq volumes sur le Saint-Sacrement, si bien accueillis qu'il fallut bien tot en donner une seconde edition. II ecrivit ensuite son ouvrage sur les devoirs des religieux, dont plusieurs copies circulerent dans les monasteres de Toulouse, qui regardaient comme un oracle tout ce qui venait du Pere du Sault. Le manuscrit fut ensuite public, et les exemplaires se debiterent si promptement que le Pere en fit jusqu'a trois editions successivement augmentees. Les religieux de la Trappe font un si grand cas de ce livre, que 1'abbe m'a dit que Dom du Sault y portait les obligations des moines plus loin encore que Monsieur de Ranee.

Ceux qui ont demeure a Toulouse avec le Pere du Sault m'ont assure qu'on etait surpris qu'un corps aussi frele que le sien put resister aux austerites dont il le chargeait. Outre les abstinences qu'il faisait au refectoire, il prenait tous les jours la discipline et se couvrait d'instruments de penitence. Son oraison etait continuelle. C'est a lui surtout que le monastere de la Daurade est redevable de la belle bibliotheque qui s'y trouve, car il aimait les livres, persuade que rien n'est plus propre a maintenir les religieux dans leur devoir que 1' etude et la lecture des bons livres.

Au sortir de Toulouse, Dom Jean-Paul du Sault avait ete elu prieur de Soreze en meme temps que directeur des jeunes profes qui s'y trouvaient ; mais il en fut bientot tire pour aller remplacer a Sainte- Croix de Bordeaux le prieur, qui venait de mourir. II passa a Saint- Andre d' Avignon, puis il devint Visiteur de la province, et partout il demeura le meme, c'est-a-dire un excellent religieux et un tres bon superieur (i). Dans cette derniere charge, il conserva toutes ses pratiques spirituelles et au cours de ses voyages etait toujours uni a Dieu. Lorsqu'il venait a la diete, ilne manquait jamais amatinesdans les monasteres ou il passait et restait ensuite un temps considerable

(i) D'apres les registres des Chapitres generaux, Dom du Sault fut nomine en 1708 prieur de Soreze, et en 1711 de Saint-Andre d' Avignon. Au commencement de 1718, Dom Arnoul de Loo, Superieur general, 1'envoya a Samte-Croix de Bordeaux remplacer le prieur qui etait mort en decembre 1712. II resta dans ce monastere jusqu'au mois de mai 1714 : le Chapitre general qui se tint a cette date 1'ayant designe comme Visiteur de la province de Toulouse, charge qu'il remplit jusqu'a 1'annee 1717. II redevint alors pendant trois ans prieur de la Daurade; puis en 1730 et 1728 prieur de Saint-Andre d' Avignon.

devant le Saint-Sacrement. Pendant la tenue des Chapitres generaux auxquels il etait ordinairement depute, il remplit souvent les fonctions de definiteur, et il se derobait adroitement a la compagnie apres le souper et il s'en allait faire une oraison au moins pendant une heure.

Apres rexpiration de son triennat comme Visiteur, Dom du Sault fut remis prieur a Toulouse, puis a Saint-Andre d' Avignon. Durant son sejour dans ce dernier monastere il eut aussi a s'occuper comme superieur des Benedictines d'Arcelle (i), qui observent a Aix-en-Provence les constitutions du Val-de-Grace. Y etant alle faire la visite, il en revint extremement fatigue et epuise, car, lorsqu'il etait en campagne, et surtout lorsqu'il etait seul, il se traitait fort rudement. On le mit a rinfirmerie, ou il fut et par necessite et par complaisance. 11 y demeura quelques jours et personne n'avait d'inquietudes pour sa \ie. Mais Dieu en disposa autrement. II y a meme quelque appareiice qu'il lui fit connaitre le jour et 1'heure de sa mort. La veille en effet il fut voir tous ses amis comme pour leur dire adieu ; mais il ne s'ouvrit qu'au seul prieur des Chartreux, auquel il dit que c' etait sa derniere visite. Etant revenu au monastere, il soupa assez bien ; et apres complies il envoya appeler son sous-prieur et le pria de lui administrer les derniers sacrement sans differer. Gelui-ci chercha a lui representer qu'il n'etait pas si mal et que meme il avait assez bien soupe. Le malade n'en insista que da vantage. II les regut avec la piet6 qu'on pouvait attendre d'un homme tout en Dieu. Apres la ceremonie, il dit a la communaute d'aller se reposer. II pria toutefois le sous-prieur de ne le point quitter et de lui suggerer souvent des actes de foi, d'esperance et de charite. Lorsque les matines furent finies, il pria son sous-prieur de faire venir la communaute pour reciter les prieres des agonisants et de la recommandation de 1'ame et, au moment ou elles s'achevaient, il expira ; c'etait le i4 Janvier 1724.

(i) Le monastere d'Arcelle, Aria Cella, la Gelle, doit son origine a une eglise dediee a sainte Perpetue, martyre, pres de Brignoles, qu'Engu errand, eveque de Cavaillon, donna en ion aux moines de Saint- Victor de Marseille. Des benedictines ne tarderent pas a venir 1'habiter et elles demeurerent dans la dependance de cette abbaye sous Pautorite d'un religieux qui portait le titre de prieur. Voulant reformer la Gelle-en-Brignoles, le cardinal Jean Grimaldi le transfera a Aix en iG58, et deux ans plus lard les religieuses adoptaient les Constitutions donnoes au Val-de- Grace par Marguerite d'Arbouze. Le monastere se maintint jusqu'a la Revolution, et, la paix revenue, quelques religieuses vinrent a Paris se joindre aux Benedictines du Saint-Sacrement du Temple. Dom Guilloreau a publie dans la Revue da Monde Calholique, i" nofembre 1900, le Journal d'une religieuse da monaslere de la Celle, 30 decembre 4789-22 mars 1793.

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