‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 37 sur 61 · DOM JACQUES DUCHEMIN · texte numérisé non relu

DOM JACQUES DUCHEMIN

Du R. P. DOM JACQUES DUCHEMIN

Dom Jacques Duchemin etaitnatif deDucey (t)au diocese d'Avranches; il fit profession a Saint-Serge d' Angers Tan i658, a Tage de vingt ans. Etant jeune profes, on lui confia le soin de la porte. Un jour qu'il venait avertir le Pere Prieur qu'on le demandait, celui-ci, occupe a examiner un cheval malade et pres d'etre abattu, lui ditpar maniere de plaisanterie : Mon frere, pourquoi laissez-vous mourir cette pauvre bete, renvoyez-la a 1'ecurie. Et le frere Duchemin, avec une simplicite admirable, dit au cheval en lui donnant du pied : Hue! Levez-vous; allez a 1'ecurie, le Pere Prieur 1'ordonne. Et a 1'instant Fanimal se releva et regagna son ecurie, et pendant plusieurs annees le monastere profita encore de ses services. Ce fait n'est point arrive, comme on me 1'avait dit tout d'abord, sous Dom Claude Martin, mais au temps de son predecesseur.

Dom Jacques Duchemin, apres de tres bonnes etudes, enseigna luimeriie avec succes; il fut ensuite prieur de Vitre, ou il opera beaucoup de conversions parmi les protestants de cette ville, qui avaient en lui tres grande confiance. II passa de la a Saint-Serge, puis a Saint- Aubin ou il mourut prieur, le 19 mai 1698 (2). Dom Claude Martin disait de ce religieux, pour lequel il avail beaucoup d'estime, que c'etait une belle ame. 11 avait jete les yeux surlui pour en faire son successeur a Marmoutier, ou un Visiteur de la Province ; mais il mourut avant lui.

Du R. P. DOM JACQUES LE THIAIS

Dom Jacques Le Thiais, natif de Vannes en Bretagne, avait vingttrois anslorsqu'il fit profession a Saint-Melaine de Rennes le 27 d'aout

(i) Dacey, ch.-l. de canton de Tarrondissement d'Avranches, Manche. (a) Dom Jacques Duchemin fut nomme prieur de Vitre en 1684 et 1687 ; de Saint- Serge d' Angers en 1690 ; et de Saint- Aubin dans la meme ville en 1690.

1 36 i>E LA VIE DBS JUSTES

1671. II fut 1'eleve de Dom Duchemin et enseigna avec sueces dans nos monasteres d'Angers, ou il s' acquit unegrande reputation par sa science et sa probite. Fort austere et penitent, il accordait a peine chaque nuit trois ou quatre heures au sommeil ; le reste etait consacre a 1'etude et a la priere. Pendant 1'hiver il se couvrait tres peu. II prit la place de Dom Duchemin a Saint-Aubin, apres la mort de celui-ci, et il gouverna ce monastere avec une grande sagesse (i). Ay ant ete pourvu du prieure de Fontaines en vertu de ses grades, il revenait d'en prendre possession, lorsqu'il tomba malade et mourut saintement le 17 decembre 1701. A la nouvelle de ce deces, 1'eveque d'Angers (2) s'ecria que la Congregation perdait en Dom Le Thiais un grand sujet, la province un grand superieur, 1'Universite un grand Docteur, et lui-meme un grand conseil.

Du R. P. DOM PIERRE FRESNE

Dom Pierre Fresne etait ne a Treguier en Basse-Bretagne (3). II fit profession a Saint-Melaine le a4 juin i655, a 1'age de vingt et un ans. J'ignore par quelle occasion il passa dans la province de Bourgogne. II etait jeune religieux a Saint-Benigne de Dijon, lorsque leParlement de cette ville chargea le prieur, Dom Joseph Seguin, d'examiner les pretendues possedees d'Auxonne (4). Celui-ci emmena avec lui frere Pierre Fresne. Aussitot qu'ils parurent, ces forcenees se mirent a les injurier; mais Dom Seguin, sans y prendre garde, leur dit simplement : Ce n'est pas a moi que vous aurez affaire, ce sera a ce jeune frere. Et en meme temps il faisait signe a son compagnon de s'adresser en bas-breton aux possedees. Au son de cette langue qui leur etait inconnue, celles-ci repliquerent : On nous 1'avait bien dit que a tu savais le grec. Et par la, on reconnut leur fourberie.

(i) Nomme prieur de Saint-Aubin vcrs le mois de juin i6g5, il fut inaintenu en cette charge par les Ghapitres generaux de 1696 a 1699. (a) Michel le Peletier, eyeque d'Angers de 1692 a 1706.

(3) Treguier, siege d'un ancien eveche, maintenant ch.-l. de canton de Parrondissement de Lannion, C6tes-du-Nord.

(4) Aaxonne, ch.-l. de canton de Parrondissement de Dijon, Cote-d'Or.

DOM CHHISTOPHE PELLE 187

Dom Pierre Fresne etait d'ailleurs un tres bon religieux, fort zele pour 1' observance et surtout pour 1'office divin. II menait une vie austere, ne prenant ni poisson ni vin. Dom Joseph Seguin etant venu a mourir, on lira le Pere Fresne de Saint-Benoit-sur-Loire, ou 11 etait prieur, pour le remplacer (i). G'est la qu'il mourut en charge le So Janvier 1687.

GCXXIV Du R. P. DOM CHRISTOPHE PELLE

Le R. P. Dom Ghristophe Pelle etait d'Oisemont dan& le diocese d'Amiens (2); il avait vingt-quatre ans lorsqu'il fit profession a Jumieges le 26 novembre 1667. C'etait un religieux fort mortifie et eloigne des fagons de fairedu monde. Dom Claude Martin, qui 1' avait eu sous lui a Bonne -Nouvelle de Rouen, le fit passer a Saint-Remy de Reims pour y remplir les fonctions de sous-prieur et de maitre des novices. Pendant ce sejour, Monsieur Le Tellier fut fait archeveque, et Dom Claude Bretagne, qui alors prieur, pressait le Pere Pelle d'aller demander au jeune prelat les approbations pour confesser. Dom Christophe s'en excusa longtemps, objectant que les seculiers n'etaient point accueillis a Saint-Remy pour la confession ; mais le prieur reitera tellement ses instances qu'a la fin il consentit par obeissance a faire la demarche. L' archeveque, apres qu'onreutintroduit, demanda au solliciteur ce qu'il souhaitait. Dom Pelle repondit que son Superieur 1'envoyait demander les pouvoirs de confesser, mais que son desir a lui etait de ne les point obtenir. Le prelat, croyant qu'il craignait d'etre interroge, commenca par lui demander son nom. L'autre repondit qu'il s'appelait frere Christophe. ' Aliens, allons, repartit 1'archeveque, interroger frere Christophe. On 1'interrogea, etil repondit pertinemment ; le prelat alors admira la vertu du religieux.

Dom Pelle passa trois ans a Meulan comme prieur (3) et, comme

(i) Dom Pierre Fresne avait ele nomme prieur de Saint-Pierre de Beze par les Chapitres generaux de 1673 et de 1675; et de Saint-Benoit-sur-Loire en 1678 et 1681. Dom Seguin etant mort le 4 octofare i68a, Dom Fresne fut appele a Saint- Benigne pour le remplacer et y fut maintenu par le Chapitre de 1684.

(a) Oisemont, ch.-l. de canton de Parrondissement d'Amiens, Somme.

(3) Dom Pelle fut prieur de Saint-Nicaise de Meulan de 1671 a 1675.

la superiorite n' etait pas son element, on lui donna ensuite une recollection a Saint-Benoit-sur-Loire, d'ou il fut a Auxerre, puis repassa dans la province de Normandie. Partout, dans les divers monasteres qu'il habita, son amour de la retraite, son austerite et sa vie interieure furent des objets d'edification. Sa mort arriva a Seez le 21 septembre

Du R. P. DOM ALEXANDRE DUVAL

Dom Alexandre Duval etait de Blois et fit profession a Vendome le 3i juin 1662, a 1'age de dix-neuf ans^ II fut d'abord prieur de Pontlevoy, d'ou le Pere Claude Bretagne, qui etait Visiteur, le fit, dit-on, deposer injustement. Etant ensuite passe dans la province de France, Dom Duval devint doyen de Saint-Denis, puis prieur a Beauvais, a Saint-Nicaise, a Saint-Medard et a Corbie (i). II gouvernait cette derniere maison, lorsqu'il tomba malade au Chapitre general auquel il prenait part en qualite de delegue. J'etais alors infirmier et je fus temoin de la patience avec laquelle il supportait son mal et de ses autres vertus. Des qu'il se sentit un peu soulage, il reprit le ctiemin de Corbie et y traina assez longtemps. Sa mort arriva le 24 octobre 1706 et il fut fort regrette de ses religieuxetde toute la Congregation, dans laquelle il s'etait acquis la reputation d'un homme de bien.

Du R. P. DOM ALEXANDRE THEVIN

Dom Alexandre Thevin etait de Poitiers, ou il avail un frere chanoine, et, je crois, chantre de Saint-Hilaire. II fit profession le 4 rnai

(i) Dom Alexandra Duval d'abord prieur a Saint-Calais de i684 a'i6go; puis il alia en la meme qualite a Pontlevoy. Les Ghapitres generaxix le nommerent ensuite a Saint-Lucien de Beauvais en 1696, a Saint-Nicaise de Reims en 1699, a Saint- Medard de Soissons en 1703, et a Corbie en 1705.

DOM ALEXANDRE THEVIN

1660, a Tage de dix-neuf ans, entre les mains duR. P. Dom Philibert Nitot, qui etait un homme fort spirituel et penitent. Ses etudes terminees, Dom Thevin devint prieur ; mais se sentant de 1'attrait pour la vie solitaire, il implora sa decharge avec permission de vivre en ermite dans 1'un des monastexes de la Congregation. On le dechargea de la superiorite, et pour dissiper son envie d'etre ermite, on le fit secretaire du Visiteur de Bourgogne : apres quoi il fut envoye a Marmoutier sous le Pere Dom Innocent Bonnefoy. Comme il persistait dans son idee et que la se trouvait un ermitage pres de 1'eglise, Dom Thevin renouvela ses instances. A quoi le Pere Prieur repondit qu'avant de vouloir vivre en ermite, il fallait commencer par etre un an sans parler. II accepta la condition et ne s'entretint qu'avec Dieu dans 1'oraison. L'annee expiree, il esperait jouir du bonheur auquel il aspirait. II fut done trouver Dqm Claude Martin, qui avait succede a Dom Bonnefoy, pour lui demander la permission de vivre en ermite. Bien loin de la lui accorder, il lui dit qu'il allait lui confier un office, et il le fit sous-cellerier, emploi qui, a Marmoutier, suffit pour occuper un homme. Ce fut une grande mortification pour le P. Alexandre Thevin, qui, d'ailleurs, essuya bien des railleries et des persecutions de la part des religieux imparfaits. Comme il reussit en son office, le P. Prieur le nomnia cellerier, a la demande du procureur qui, plus tard, le persecuta. Mais le R. P. Dom Claude Martin le soutint toujours tandis qu'il fut prieur a Marmoutier. Quand il quitta le monastere, il le fit nommer prieur a Saint-Gildas-des- Bois (i), avec la direction des jeunes profes, emploi dont il s'acquitta fort bien. De Saint- Gildas, il fut fait prieur de Tuffe, ou il tomba malade, et dut etre transporte a Saint- Vincent-du-Mans, ou il edifia la communaute par sa patience et les pieux sentiments qu'il fit paraitre a sa mort qui arriva le 20 juin 1706 (2).

(i) Saint-Gidas-des-Bois, ch.-l. de canton de 1'arrondissement de Saint-Nazaire, Loire-Inferieure. Le monastere de Saint-Gildas fut fonde en ioao par Simon, seigneur de la Roche-Bernard, comme prieure de Saint-Sauveur de Redon. Mais il ne tarda pas a devenir abbaye. La Congregation de Saint-Maur en prit possession en 1 646. L'eglise des XIH'-XV* siecles avec quelques parties romanes est devenue paroissiale ; les batiments claustraux du XVIII' siecle etaient occupes par une communaute de religieuses.,

(a) Dom Alexandre Thevin fut nomme prieur de Saint-Maur-sur-Loire en 1678 ; de Lantenac en 1681 et i684; de Saint-Gildas-des-Bois en 1696 et 1699; de Saint- Jacut en 1702 ; et de Notre-Dame de Tuffe en 1706. ,

Du R. P. DOM JEAN-GHRYSOSTOME CORNET

Le R. P. Dom Jean-Ghrysostome Cornet etait de Peronne, dans le diocese de Noyon. II avait vingt-cinq ans a 1'epoque de sa profession qu'il fit a Saint-Remy de Reims le 22 decembre i65g. Pendant assez longtemps il f ut depositaire de la Congregation, sans neanmoins prendre occasion decetemploi pour serepandreaudehors. Tous les jours il assista.it a matines, a la meditation et a prime ; il allait ensuite dire sa messe, puis il vaquait aux affaires de sa charge. Les devoirs de celle-ci ne contrariaient en rien ses obligations de religieux, et son temps etait tellement bien reg!6 qu'il trouva le loisir de composer un commentaire sur le livre des Cantiques.

Nomme ensuite prieur de Noyon, Dom Cornet eut aussi la direction des jeunes profes, qu'il dirigeait autantpar ses exemples que par ses paroles. II n'en eut que deux pendant longtemps, et il leur faisait des conferences comme s'ils avaient ete plus nombreux : car quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du salut d'une ame, il ne croyait pas. qu'un superieur dut epargner sa peine. Apres avoir ete six ans a Noyon, il fut, ce me sernble, prieur au Mont-Saint-Quentin et ensuite a Corbie (i). Dans ce dernier monastere son zele'pour la regularite lui attira des persecutions et provoqua meme sa deposition. II supporta cette epreuve avec Constance et, bien qu'il fut incommode, il quitta Corbie incontinent pour se rendre au lieu de son obedience. Sur le chemin il se trouva neanmoins si mal, qu'a 1'exemple de son saint patron allant en exil, il descendit de cheval, se prosterna a terre et offrit sa vie a Dieu, desirant mourir pour la gloire de son nom. II vint a Saint-Denis et y remplit assez longtemps 1'office de sous-prieur et de doyen, tout en.etant d'un grand exemple pour toute la communaute. II mourut dans une grande vieillesse le i3 fevrier 1709.

(i) Apres avoir ete depositaire dela Congregation de 1669 a 1681, Dom Chrysostome Cornet en cette derniere annee fut nomme par le Chapitre general prieur de Saint-Eloi de Noyon, charge qu'il tint pendant deux triennaux. 11 fut pendant le meme temps de 1690 a 1696 prieur du Mont-Saint-Quentin, d'ou il passa a Corbie.

DOM AWTOINE POUGET

CCXXVIII Du R. P. DOM ANTOINE POUGET

Dom Antoine Pouget etait ne a Bellargue, dans le diocese ,de Beziers (i), d'un pere charpentier dont il apprit non pas a faire des maisons materielles, mais a se coristruire un edifice spirituel dans' le ciel. II avail emis profession a la Daurade, le 8 mai 167^, a 1'age de vingt-quatre ans et, apres ses etudes, il y remplit les fonctions de zelateur. S'etant ensuite applique a apprendre le grec et 1'hebreu, il y reussit si bien qu'on le fit venir a Paris avec Dom Bernard de Montfaucon et Dom Jacques Loppin (a) pour travailler aux editions des Peres grecs. Us firent d'abord un petit volume d'Analectes, comme une epreuve de leurcapacite, puis tous lestrois ensemble entreprirent 1'edition des oeuvres de saint Athanase. Mais le Pere Martianay (3)

(i) Bclarga, com.du canton de Gignac, Herault.

(a) Dom Jacques Loppin naquit a Paris en i65B et fit profession a 1'abbaye de Saint-Pierre de Bourgueil le 9 octobre 1674. II enseigna la philosophie au Mont- Saint- Michel et a Marmoutier. Dans ce dernier, monastere plusieurs de ses eleves voulurent apprendre le grec sous sa direction, et ils firent de tels progres qu'a la fin de leurs cours ils etaient en etat de soutenir leurs theses' en grec et en latin. Dom Loppin fut enleve par la mort le 29 decembre 1698, a 1'age de 38 ans. Dans les Analecta grseca, sive varia opascula grseca hactenus non ediia, in-4, Paris, 1688, il traduisit du grec en latin la vie de saint Euthyme, abbe, et celle de saint Etienne le Jeune, martyr. Voir Dona Tassin, Hisloire de la Congregation de Saint-Maur, p. i48; Vanel, Necrbloge de 1'abbaye de Saint-Germain-des-Pre's, p. 5i.

(3) Ne a Saint-Sever-du-Cap le So decembre 16^7, Dom Jean Martianay fit profession au monastere de la Daurade le 5 aout 1668. L'edition des cauvres de saint Jerome publiee par ce religieux a pour litre : Sancti Ensebii Hieronymi Stridonensis Presbyteri diviria Bibliotheca antehac inedita, complectens translations latinos veteris ac novi Teslamenti, tarn ex Hebrseis, turn e Graecis fontibus derivatas ; innumerata quoqae scholia marginalia antiquissimi Hebrxi cujusdam scriploris Anonymi Hebraeas voces exprimentis..: Studio ac labore Domni Johannis Martianay et Domni Antonii Pouget Monachorum... in-f, Paris, 1698; Sancti Eusebii Hieronymi opernm tomas secundus complectens libros editos ac ineditos Etymologicos, Geographicos, qaaestiones hebraicas, Epistolas criticas et commentaries in sacra volumina a Genesi usque ad Prophetas... in-f, Paris, 1699 ; Sancti Eusebii Hieronymi operum tomas tertius complectens Commentaries in sexdecim Prophetas majores et minores... in-f, Paris, 1704; Sancti Eusebii Hieronymi operum tomus quartus complectens Commentaries omnes in novum Testamentam, atque Epistolas criticas ejasdem argwnenti, ordine librorum Sacrse Scriptures positas; deinde cunctas alias Epistolas ordine chronologico nunc primum editas...m-i, Paris, 1706; Sancti Eusebii Hieronymi operum tomus quintus complectens vitam sancti Hieronymi a duobus Anonymis scrip tarn, catalogum Gennadii de Viribus illusiribus; opuscula omnia supposila tarn edits quam inedita... in-f, Paris. 1706. Gette edition des oeuvres de

etant venu a Saint-Germain pour poursuivre son edition de saint Jerome, Dom Pouget fut detache de ses compagnons pour lui prater aide, ce qui ne I'empecha pas de mediter une nouvelle edition de la Chronique d'Eusebe. II etait fort exact dans tous ses travaux; mais sa lenteur fut cause qu'il ne parut rien de lui, eri depit de son gout pour 1'etude.

Dom Pouget vecut a Paris comme dans un desert ; il ne sortait que pour se rendre dans quelque bibliotheque ou accomplir une oeuvre charitable ; il n'avait aucune liaison avec les gens du dehors et meme au dedans il ne conversait que fort peu avec ses confreres et, le repas une fois acheve, il rentrait dans sa chambre et se remettait au travail ou a la priere. Apres plusieurs annees de cette existence il demanda a retourner dans sa province, d'ou on le rappela peu apres pour le charger de 1'enseignement du grec et de Thebreu a nos confreres de Bonne- Nouvelle de Rouen. II y eut d'excellents ecoliers qui dans la suite enseignerent eux-memes ces langues. Mais il ne resta la qu'un an ou deux. II retourna dans sa province ou il n'etudia plus que la science de la perfection. II fut neanmoins oblige de quitter sa solitude pour aller a Alet apprendre 1'hebreu a 1'eveque. Le prelat profitait on ne peut mieux de la science de son maitre ; mais 1'application qu'il apportait a cette etude determina chez lui une maladie qui 1'enleva de ce monde. Dom Pouget pour lors ne s'appliqua plus qu'a la lecture des Vies des Peres du desert, et, voyant qu'ils ne vivaient que de legumes, il se retrancha 1'usage du poisson, ne mangeant que des feves et des noix, ou autres choses semblables. II mena une vie si penitente qu'il succomba sous le poids de ses austerites et mourut a Soreze le i4 d'octobre

saint Jerome avail ete precedee d'un autre ouvrage intitule : Divi Hieronymi Prodramas, sive Epistola D. Joannis Martianay ad omnes virus doctos ac studiosos, cum Epislola sancti Hieronymi ad Sunniam. et Fretelam, casiigata ad MSS. codices optimse notse, cum maltiplici observationum genere illustrate, in-4", Paris, 1690. Pour meaer a bien cette edition des ceuvres de saint Jerome, Dom Martianay avail du laisser de cote pendant quelque temps ses etudes sur 1'Ecriture Sainte. II y revint des qu'il le put et publia sur les livres saints un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels d'ailleurs plusieurs se rapportent aux travaux de saint Jerome. Nous ne pouvons les enumerer ici, et force nous est de renvoyer aux autears qui ont traite de 1'Histoire litteraire de la Congregation de Saint-Maur. Dom Martianay, nous dit Dom Tassin, passa toute sa vie a composer : ses ouvrages seraient plus parfaits s'il eut su rnoderer sa plume et reprimer sa trop grande vivacite. II mourut d'apoplexie dans 1'abbaye de Saint- Germain-des-Pres le 16 juin 1717, age de 70 ans, apres en avoir passe cinquante dans la pratique exacte des observances regulieres (p. 887). Voir Tamizey de Laroque, Lettres ine"dites de Dom Martianay, dans Revue de Gascogne, 1878; Dom Martianay et Dom B.de Montfaucon, id. 1888; Vanel, Necrologe de 1'abbaye de Saint-Germain-des-Pres, p. 112.

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