‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 44 sur 61 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

Du R. P. DOM FRANCOIS FILLEUL

Dom Frangois Filleul etait natifde la Fresnaye (i), au diocese de Rouen, et profes de Jumieges, le 7 juillet i65g, a 1'age de dix-neuf ans. fitant devenu cellerier et procureur a Fecamp, il s'y distingua par son assiduite a 1'office divin et par sa charite envers les pauvres. Gette derniere parut surtout pendant une annee de sterilite ou les vignes du monastere avaient manque. Ayant ete oblige d'acheter du vin fort cher, il ne laissa pas d'en donner liberalement a tous les pauvres affliges de la dysenteric, qui cette annee desola Fecamp. II mourut le 1 5 octobre 1716 au monastere de Fecamp.

CGXXXIX Du B. P. DOM GUILLAUME JAMET

Dom Guillaume Jamet, natif de Rouen, fit profession a Saint-Denis en France le 3i aout i654, a Page de vingt ans. II fut toute sa vie un

(i) Plusieurs localites du diocese de Rouen portent ce nom : La Fresnaye, com.du canton de Lillebonne ; La Fresnaye, harneau de la commune du Bosc-Roger, canton de Bu.chy ; La Fresnaye, hameau de la commune de Saint-Hellier, canton de Bellencombre, Seine-Inferieure. ".. '*

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religieux fort penitent et detache ses choses de la terre. Sa mortification au Treport avec le R. P. Dom Benoit Coquelin fut tres austere ; avec lui il travaillait comme un iorc.at toute la journee aux ouvrages lesplus penibles. Leur nourriture etait des plus grossieres : de gros pain, de cidre ou de biere avec un peu de potage fait le dimanche pour toute la semaine et quelques legumes du jardin qu'ils cultivaient euxmemes. Sa penitence avait cet avantage qu'elle etait accompagnee de Fobeissance, n'etant qu'un simple religieux, tandis queDom Goquelin etait prieur. Aussi faisait-il tout ce qu'il y avait de plus vil dans le monastere. II vecut de la sorte quatre ou cinq annees, jusqu'a ce que le monastere ful acheve a la sueur de leur front. Dom Benoit Coquelin fut alors employe dans les premieres charges, et Dom Guillaume Jamet resta dans 1'obscurite. Peu apres, Dom Pierre Monge, ayant entrepris de rebatir Orbais, prit avec lui Dom Guillaume Jarnet. Us y vecurent comme au Treport. J'y passai en ce temps-la, et je fus temoin de leur penitence et de leur charite a recevoir les holes. Le R. P. Dom Guillaume, etant tombe malade apres plusieurs annees de cette vie penitente, fut envoy e a Saint-Remy pour se retablir, et ensuite a Saint-Crespin. Dom Pierre Mongin 1'ayant redemande, il revint a Orbais et y reprit ses durs travaux jusqu'a ce que le monastere fut acheve. Us se retira alors a Saint-Medard de Soissons, ou il passa le reste de ses jours dans la priere et le silence, ne parlant jamais ni a seculier ni a religieux, et se promenant en silence pendant les recreations. II continua de la sorte jusqu'a sa mort, qui arriva le i er mai 1704.

Du R. P. DOM FRANCOIS GILLOT

Dorn Frangois Gillot etait d'Angers et fit profession a Saint-Florent de Saumur le 17 Janvier 1677. Sa vie fut fort commune et on remarquait seulement en lui une grande charite et le desir d'obliger tout le monde. La seule chose remarquable que j'ai apprise de lui, c'est qu'au moment ou Ton donnaitle viatique au P. Boistard le moribond ne put avaler 1'hostie et la rejeta; Dom Gillot, present, surmonta aussitot les repugnances de la nature et recueillit les saintes especes, qu'il s'assi-

DOM BTIENNE GALLAND l5l

mila. Ce religieux avait aussi coutume de passer la nuit du Jeudi au Vendredi saint devant le Saint-Sacrament, en recitant des psaumes. II mourut a Saint-Germain-des-Pres le 28 fevrier 1721 (i).

Du R. P. DOM ETIENNE GALLAND

Dom fitienne Galland etait ne a Tulle en Limousin ; il fit profession a Saint-Augustin de Limoges ie 26 aout 1679 a I'age de dix-sept ans. Au cours de son noviciat, il prit sa vocation en tel degout qu'il souhaitait d'etre renvoye et faisait des fautes expres pour cela; mais son Pere Maitre, qui voyait en lui un bon fonds, passa par-dessus ces defauts d'enfant. Apres ses vceux, le frere Galland changea completement de sentiments et n'eut plus a coeur que de tenir le plus parfaitement possible les promesses qu'il avait faites a Dieu. Les causes pour lesquelles il passa en cette province-ci me sont inconnues, je sais seulement qu'il passa a Lagny les dernieres annees de sa vie et qu'il n'y etait occupe que de Dieu. Avant et apres les ma tines il allait se prosterner devant le Saint-Sacrement ; il parlait pen et se retirait prudemment des recreations pour vaquer a 1'oraison, a laquelle ii donnait encore tous les temps libres en dehors des exercices communs. II n'en distrayait que quelques courts instants employes a la lecture des ceuvres de saint Bernard. Dom Etienne Galland mourut le 1 4 Janvier 1726.

Du R. P. DOM ANDRE JANNEL

Dom Andre Jannel etait originaire de Saint- Jean- de-Losne (a), mais il vint au monde a Montpellier, ou son pere avait une commission

(i) Necrologe de Saint-Germain-des-Pres, p. 120.

(a) Saint-Jean de Losne, ch.-l. de canton de 1'arrondissement de Beaune, Cote-d'Or.

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apres laquelle sa famille revint en Bourgogne. Andre avait trois freres et trois soeurs, mais aupres des parents il etait le prefere. Ses etudes achevees, son pere 1'envoya a Paris. II y fut employe aux finances sous

Monsieur son parent, et comme par ailleurs/il etait tres proche

parent de 1'eveque de Meaux, precepteur de Monseigneur, puis grand aumonier de Madame la Dauphine, il se trouvait en voie de realiser une grosse fortune. Mais Dieu lui en destinait une bien plus avantageuse. 11 lui decouvrit la vanite et le neant de toutes les creatures et lui fit comprendre que le veritable bonheur de I'homme est d'etre tout a Dieu. Penetre de cette verite, il resolut de se eonsacrer a Dieu sans reserve et se retira a la Trappe ou il prit 1'habit de novice. L'abbe (i), au courant de sa parente avec Monsieur de Meaux, le prit en affection, et comme il ecrivait fort bien, se servait de lui pour copier ce qu'il croyait pouvoir confier a un bon novice. Un jour, etant au travail, ilprit un peu d'herbe pour mettre dans ses sabots qui le blessaient : le leademain, il fut proclame au chapitre et regut une penitence qu'il accomplit avec joie. II se comporta avec tant de ferveur dans tous les exercices de la vie religieuse qu'il se ruina entierement la sante. Voyant qu'il ne pourrait resister aux austerites de la Trappe, 1'abbe fut oblige de le renvoyer etlui conseilla d'entrer dans la Congregation, corps tres regie et ou tous les Superieurs etaient gens de bien, 1'avertissant en meme temps d'user du credit de Tfiveque de Meaux, parce qu'infailliblement on ferait difficulte de le recevoir. Le prelat vint en consequence visiter le R. P. Vincent Marsolles, aiors Superieur general, et il lui annonga qu'il avait un sujet a lui presenter. Sur la reponse du Reverend Pere, que tout ce qui viendrait de Monsieur de Meaux serait bien accueilli, 1'eveque ajouta : Pourtant je dois avertir que mon protege a a ete novice a la Trappe. Si cela est, reprit Dom Marsolles, nous ne at pourrons le recevoir. Sur les instances du prelat pour savoir la cause de ce refus, le Reverend Pere ajouta qu'a la Trappe on prenait un esprit de critique et que ceux qui en venaient condamnaient tout ce que font les autres, ce qui est tout a fait oppose a la vie civile. Si ce sont la vos raisons, repartit Monsieur Bossuet, je vous donne mon sujet comme un des esprits les mieux faits que vous possediez.

La-dessus Andre Jannel fut admis et envoye a Saint-Faron, ou, son noviciat acheve, il fit profession le 9 mai 1677. Deux ans plus tard on Fenvoyait a Saint-Remy de Reims pour y suivre les cours de philosophic, puis de theologie ; mais le nouveau prdfes etait mal remis de ses

(i) Dom Armand-Jean Le Bouthillier de Ranee.

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infirmites contractees a la Trappe, de plus ilconservait 1'aversion centre les etudes qu'on lui avait inculquee la-bas. Ses mauxdetete persistants obligerentles Superieurs a Tenvoyer faire sa recollection a Saint-Denis sous la direction de Dam Claude Martin. Cette annee fut une des plus douces de la vie du frere Jannel, qui puisa dans les conferences spirituelles du saint homme et dans ses entretiens prives un enseignement qu'il s'appropria a lui-meme et dont, plus tard; il aimait a faire part aux autres. .

Les Superieurs n'avaient pas ete sans remarquer les qualites d'esprit de ce religieux et son aptitude aux affaires ; aussi songerent-ils a le faire venir a Paris pour lui confier la conduite de celles de la Congregation au Conseil prive, persuades qu'instruit comme il Fetait des manieres de la Cour, il rendrait les plus grands .services a son corps. Dom Andre au contraire ne vit en cette resolution qu'une tentation tries dangereuse et il fit intervenir tous ses aimVpour y echapper. On le laissa done a Saint-Denis, et lui, deli vre du piege qu'il croyait que le demon avait tendu a sa vertu, ne songea plus qu'a mener une vie obscure et retiree. N'etant pas capable d'une grande application, il partageait le temps qui lui restait en dehors des exercices communs entre la priere, la lecture et le travail. Tous les jours il allait travailler au jardin avec Dom Rene Potier, religieux d'une vertu eminente, et s'occupait non a y cultiver des fieurs, mais a mater son corps et a faire ceuvre de penitent. Lorsque la pluie 1'empechait de sortir, il s'occupait dans sa chambre a ecrire, a faire des ceintures et de la tapisserie ou a coudre. II ne lisait que des livres de piete, dont il transcrivait les passages les plus instructifs et les plus touchants, et n'ouvrait jamais les gazettes ni les livres curieux. II regardait ces lectures cpmme une pure perte du temps que Dieu nous a donne pour amasser un tresor de graces en ce monde et un tresor de gloire en 1'autre. 11 eprouvait un plaisir sensible a parler de Dieu et a s'entretenir de matieres spirituelles ; aussi les recreations lui etaient-elles a charge la plupart du temps parce qu'on ne s'y entretient que des choses du monde, des guerres et des divertissements des princes, discours qui lui etaient in suppor tables. Quand il le pouvait, il se retirait a 1'ecart avec quelques amis animes du meme esprit que lui : Dom Rene Potier et Dom Robert Morel etaient de ceux-la.

Dom Andre Jannel avait un exterieur grave et religieux, des manieres aisees et prevenantes, il etait rare de lui parler une premiere fois sans etre aussitot gagne par soil amenite. Par la il s'etait attire I'estime etla confiance de tous les "religieux, et plusieurs tant jeunes qu'anciens lui deco.uvraient 1'etat de leur conscience, s'ouvraient de leurs peines a sa

commiseration et ne le quittaient jamais sans en avoir regu de bons avis ou quelques consolations. Quelques-uns meme tout a fait devoyes venaient lui decouvrir 1'etat de leur conscience et ne lui cachaient rien de leurs miseres, et il les remettait .dans le bon chemin. La premiere fois que Dom de Loo vint a Saint-Denis en qualite de prieur, il prit le Pere Jannel en particulier et le pria de lui dire sans apprehension ce que Ton trouvait a redire en sa personne. Dom Andre demanda quelques jours de reflexion, et, au bout de ce temps, il fit part au prieur de tout ce qu'il avait entendu et appris le concernant. Et cette franchise, loin de faire de la peine au Pere de Loo, ne fit qu'augmenter 1'estime qu'il avait de lui et le pria de continuer a 1'avertir de ses defauts.

.Pendant pres de quarante ans Dom Jannel remplit 1'office de sacristain avec un tact et un savoir-faire qui apparaissaient notamment dans ses relations avec les officiers de la couronne, lors des obseques royales et princieres. Tous etaient gagnes par ses manieres humbles ethonnetes ; aucun nele quitta jamais mecontent. II etait si detache des choses de ce monde qu'il ne tenait a rien ; il passa plus de dix ahs sans aller a Paris, et quand il y alia pour les devoirs de sa charge ou pour des affaires indispensables, il y demeurait le moins possible. II avait son frere aine aumonier des pages de Madame la Dauphine, 1'eveque de Meaux qui Festimait fort, et d'autres parents 1'eussent revu avec plaisir. Mais tant d'attraits ne furent jamais capables de lui faire interrompre sa solitude. Lorsque Monsieur son frere Faumonier mourut, on 1'envoya querir de Versailles, apparemment sur 1'ordre du malade qui souhaitait le voir avant de mourir. II y alia, le consola, et le disposa a paraitre devant Dieu. En le quittant, il lui dit : Adieu, mon frere, nous nous o reverrons devant Dieu. Dans le meme temps, son cadet etant en danger de mort, il vint pres de lui, lui donna des avis salutaires, et comme c' etait un seculier, il lui laissa un ecrit sur les dispositions necessaires pour se preparer a la mort, et au has duquel il y avait dessine une tete de mort. Dom Jannel prit ainsi conge de ses deux freres avec une tranquillite admirable, fruit de sa parfaite sournission aux desseins de la Providence, et il revint dans sa chere solitude prier pour 1'un et pour 1'autre. L'aine mourut avec la reputation d'un grand homme de bien, et quand on en parla au Roi, Sa Majeste temoigna etre fachee qu'on ne lui eut pas signale plus tot le merite du defunt. Quant au cadet, il se retablit de sa maladie et il vit encore aujourd'hui.

Dom Andre n'avait jamais recouvre sa sante ruinee a la Trappe; sa ferveurlui donnait la force de suivre tous les exercices reguliers, mais c'etait au prix de souffrances tres grandes qu'il endurait d'une maniere

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