‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 45 sur 61 · DOM JEROME MALHERBE · texte numérisé non relu

DOM JEROME MALHERBE

si agreable qu'a peine s'en apercevait-on. II etait afflige d'une grosse descente, avait un ceil perdu et voyait assez peu de 1'autre, etait sujet a des maux de tete qui lui interdisaient toute application, et cependant il n'etait a charge a personne. Sur la fin de ses jours il faisait peu de lectures, et ne lisait que les extraits qu'il avait fails autrefois des meilleurs livres de spiritualite. Environ un an avant sa mort, il pria son superieur de le decharger de la sacristie, n'ayant plus assez de force pour cet emploi. On lui accorda sa demande, et il se trouva reduit a garder sa chambre, qui ne lui avait jamais ete ennuyeuse. II s'y employait a la contemplation et a de petits travaux aises. J'allai le voir a quelques mois de la, et il me dit sa joie de n' avoir plus qu'a demeurer a 1'ecart ; toutes les creatures lui apparaissaient comme des neants, et Dieu seul comme capable de remplir nos coeurs. A un ami qui 1'entretenait un mois avant sa fin, il affirmait de meme que, dans ses dispositions actuelfes,il n'aurait aucune peine a mourir et recevrait la mort avec joie, si elle se presentait. A ce moment il se portait encore assez bien neanmoins. Mais quelques jours plus tard il etait atteint d'une fievre tierce qui, jointe a son asthme et a une fluxion sur la poitrine, 1'eut vite reduit a 1'extremite. II recut les derniers sacrements avec une grande ferveur et toute sa presence d'esprit, puis, lorsque la communaute se fut retiree, il s'ecria dans un saint transport : Quel bonheur d'aller a Dieu ! II ne cessa de prier, et, cinq ou six heures avant que d'expirer, il dit a un de ses amis qu'il avait de la peine de se trouver si tranquille, ne faisant pas reflexion qu'une telle grace etait le fruit d'une sainte vie. II rendit Fame le 29 mai 1726 a une heure apres minuit, sans convulsions ni contorsions, et ensuite il conserva sa couleur naturelle et avait plutot 1'air d'un homme endormi que d'un mort. On le regretta au dedans comme au dehors a cause de sa vertu ; quelques-uns le baiserent par respect, d'autres repandirent une abondance de larmes, et tous generalement s'accordaient a dire que c'etait un saint.

Du R. P. DOM JER6ME MALHERBE

Dom Jerome Malherbe a ete un des religieux les plus accomplis que j'ai connus. II etait natif d'Evreux et il avait dix-neuf ans au moment

de sa profession, qu'il emit a Saint-Lucien de Beauvais le 18 juillet de 1'an 1718. II fit ses etudes a Saint-Denis,,ou je demeurais moi-meme trois ans avec lui. Durant ce temps je nel'ai jamais vu hors de son devoir; je n'ai pas meme remarque en lui la moindre imperfection, et toute la communautelui rendait le meme temoignage. II etait le dernier de tous par sa profession : mais je doute fort que, parmi tant de saints religieux qui etaient alors a Saint-Denis, aucun le devangat en vertu. II y avail dans son cours quelques religieux imparfaits : mais leurs mauvais exemples n'eurent jamais prise sur son esprit. Humble, mortifie, interieur, pauvre, il ne s'est jamais ecarte des prescriptions denos Regies.

Frere Jerome etait le meilleur ecolier de son cours et dans les soutenances de theses il n'y avait pas de maitre' a pouvoir mieux repondre que lui. Je 1'ai vu soutenir des theses generates ou des gens fort habiles argumentaient contre lui sur des matieres tres abstraites; il repondit avec une facilite, une nettete et une presence d'esprit qui firent 1'admiration de'tous ses auditeurs, et tous reconnaissaient qu'il etait impossible de mieux faire. Les applaudissements qu'il recevait du dedans et du debtors ne lui enflerent point le cceur, et rien ne put entamer son humilite., Jamais on ne 1'a vu rire avec eclat. II etait grave : mais sa gravite n'avait rien de farouche. La serenite peinte sur son visage et un air souriant laissaient voir qu'il etait anime de 1'esprit deDieu qui dirigeait totites ses actions : aussi etait-il tou jours le meme dans tous les evenements.

Sur la fin de ses cours, il tomba malade a la suite d'un acte public qu'il soutint pendant cinq ou six heures presque sans interruption. On lui donna tous les soulagements possibles pour le retablir. On crut a propos d'interrompre sa trop grande application, et on le nomma soussacristain du Chevet, emploi dont il s'acquitta d'une maniere charman te. Sa presence inspirait le respect aux petits enfants qui servaient les messes. Des qu'il paraissait, tous rentraient dans le devoir, meme ceux que ni les verges ni le fouet n'avaient pu contraindre.

Ses condisciples cherchaient beaucoup de choses superflues pour leurs chambres : lui, au contraire, se contentait des meubles les plus simples. Apres sa recollection, il avait ete envoye a Beauvais pour exercer quelque emploi exterieur; mais il n'y demeura pas longtemps. Les grandes esperances fondees sur lui obligerent le R. P. General a le faire venir aux Blancs-Manteaux en attendant qu'on put 1'appeler a Saint-Germain. Mais Dieu avait d'autres desseins. II etait un fruit mur pour le ciel. Le Samedi saint de 1'an 1727 il fut attaque d'une fievre qui

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tout d'abord parut peu de chose, mais qui fit tant de progres qu'elle 1'enleva en deux jours. II mourut le lundi de P&ques, i4 d'avril, apres avoir regu seulement I'Extreme-Onction. II fut universellement regrette. Toute la communaute pleura un religieux dont la courte vie avait ete si bien remplie ; et la Congregation a eprouve par cette mort une des plus grandes pertes qu'elle put faire.

GCXLIV Du R. P. DOM CLAUDE GENNARD

Dom Claude Gennard, natif de Compiegne, fit profession a Saint- Faron le 26 mai 1684, a I'Sge de dix-neuf ans. Ses parents lui avaient donne une bonne education et, au cours de sa vie religieuse, il s'acquit la reputation d'un excellent et tres saint religieux. II fut prieur a Corbeny, a Nogent et a Saint-Thierry et, dans cette derniere maison, il eut aussi a s'occuper de la formation des jeunes, religieux (i), A tous il cherchait a inculquer 1'esprit de la Regie et un grand amour de la retraite, de 1'oraison et de la penitence. Lui-meme etait un exemple vivant de ses enseignements. II avait un grand amour pour le travail manuel et, 1'heure prescrite passee, il y demeurait encore apres que tous s'etaient retires. II cherchait a en inspirer 1'estime a ses religieux, et lorsque 1'un d'eux venait lui dire qu'il se sentait incommode : Venezvous-en travailler avec moi, lui disait-il, et vous vous porterez bien. Et la plupart de ceux qui lui obeissaient s'en trouvaient bien.

Dom Claude Gennard faisait tous ses voyages a pied et menait une vie tres austere. II etait en meme temps profondenient humble. Tandis qu'il tait prieur de Saint-Thierry, on voulut le faire prieur de Saint- Remy de Reims : mais il renvoya cette obedience. II demeura done a Saint-Thierry pendant plusieurs annees. Apres six ans il fut maintenu par commission, puis de nouveau nomme par le Ghapitre general. II sut par sa prudence et sa sagesse gagner l'estime et 1'amitie de 1'arche-

(i) Dom Claude Gennard fut nomme prieur de Saint-Marcoul de Gorbeny en 1702 et 1706; de Notre-Dame dc Nogent en 1708 et 1711; de Saint-Nicolas de Ribemont en i7r4 ; et gouverna Tabbaye de Saint-Thierry.de Reims de 1717 jusqu'a sa mort.

veque de Reims, son abbe (i). Ge digne religieux mourut comma il avait vecu : il trepassa le 20 aout 1728, en la soixante-troisieme annee de son age. II avait un frere, Dom Gilles Gennard, grand horn me de bien lui aussi, qui le preceda dans la tombe et mourut a Saint-Riquier ou il etait eellerier (2).

Du R. P. DOM NICOLAS DE VILLENEUVE

Dom Nicolas de Villeneuve etait natif d'Orleans et avait deux oncles dans la Congregation, Dom Gregoire etDom Ignace, tous deux grands hommes de bien (3). A. la fin de ses etudes le jeune Nicolas obtint de son pere la permission de venir, avec son frere aine, voir Dom Gregoire, alors a Saint-Germain-des-Pres ; et, en approchant de Paris, il fit part a cet aine, qui s'appelait Joseph, du vrai motif de son voyage. Son intention etait en effet d'embrasser la vie religieuse. Joseph lui apprit a son tour qu'il avait le meme desir. Dom Gregoire ayant presente ses deux neveux au R. P. Dom Bernard Audebert, qui etait alors General de la Congregation, ce dernier les recuttous deux ; mais il envoya Joseph a Saint-Ben oit-sur- Loire, ou il fit profession avant que d'aller mourir tout jeune a Sainte-Colombe de Sens en odeur de saintete (4); Nicolas au contraire fut dirige vers le noviciat de Saint-Remy de Reims, et c'est la qu'ii emit ses voeux le 6 octobre 1668, a 1'age de vingt ans.

Des lors ce religieux avait jete les fpndements de la haute perfection a laquelle il s'eleva. Son detachement etait extreme. Les occasions ne lui eussent pas manque de revoir Orleans, sa patrie ; il n'y retourna

(i) Le cardinal Frangois de Mailly, archeveque de Reims et abbe commendataire de Saint-Thierry, mort en 1721.

(a) Dom Gilles-Jean Gennard, ne a Compiegne, fit profession age de ao ans a 1'abbaye de Saint-Faron le 3 mars i683. II mourut le a3 aout 1723.

(3) Dom Gregoire et Dom Ignace de Villeneuve naquirent a Orleans. Le premier, age de 20 ans, fit profession a 1'abbaye de Venddme le 5 decembre i635, et mourut a Saint-Denis le 2 fevrier 1688; le second fit profession a 1'age de ai ans dans 1'abbaye de Saint-Faron le 3 fevrier i638 et mourut a Saint- Vincent de Laon le i" aout 1688.

(4) Frere Joseph de Villeneuve, profes de Saint-Benoit-sur-Loire, a Page de 21 ans, le 9 octobre 1668. II mourut simple clerc a Sainte-Colombe de Sens le a6 octobre 1.071.

DOM NICOLAS DE VILLENEUVE l5g

jamais neanmoins. Ses parents lui ecrivaient quelquefois; il ne leur repondait point et, dans 1'espace de quarante ans, il n'a pas ecrit une lettre. C'etait un religieux fort retire qui ne s'occupait que de Dieu et de ce qui pouvait contribuer a son salut. Toutes ses lectures n'etaient que des ouvrages des Peres, surtout de saint Bernard, ou encore des meilleurs livres de spiritualite. II etait toujours pret a rendre service aux religieux qui travaillaient, pourvu que Ton ne 1'occupar a aucun ouvrage profane : dans ce cas il s'excusait. Lorsqu'un religieux etait malade ou incommode, il allait dire avec lui une.seconde fois son office. Longtemps il rendit ce service a Dom Claude Guesnie, qui etait un vieillard; puis au Pere Marcland, lorsque ce dernier fut tombe aveugle.

Dom Nicolas de Villeneuve n'avait aucuhe attache aux emplois. II a eu longtemps le prieure de Bonne-Nouvelle de Rouen. II a ete sacristain a Saint-Germain-des-Pres, et il. quitta Tun et 1'autre sans peine lorsque les Superieurs Font souhaite. Apres matines, ilrestait un temps considerable en prieres a 1'eglise et n'allait se reposer que sur les quatre heures et demie du matin. II fit paraitre sa patience lorsque, a la suite d'un abces, on lui ouvrit le bras d'un bout a 1'autre sans qu'il fit paraitre le moindre signe d' emotion. Tous les ans il prenait un jour de recreation et allait a Suresnes au temps des vendanges. L'annee qui preceda sa mort, le prieur lui refusa cette permission ; il n'en temoigna aucun ressentiment et garda le silence. Son compagnon de route, ignorant du mauvais succes de la demarche de Dom Nicolas, alia a son tour trouver le Prieur et essuya le meme refus ; mais, moins modere, il se plaignit amerement, et le R. P. Prieur, le voyant un peu echauffe, lui accorda sa demande. II vint aussitot trouver Dom Nicolas pour lui raconter ce qui s'etait passe ; celui-ci blama sa conduite et lui dit qu'on 1'avait refuse le premier, mais qu'il n'avait pas voulu lui en parler pour ne pas lui faire de la peine.

Dom Nicolas ne s'est jamais departi de la regularite : a quatre-vingts ans il lavait encore ses sergettes et faisait office de lecteur et de serviteur au refectoire. II arriva qu'on servit de tres mauvais vin, capable de causer des maladies : il ne s'en plaignit jamais, mais il prit le parti, tout age qu'il etait, de boire de 1'eau a la collation. On croit que cela lui causa le devoiement dont il fut attaque au commencement de 1729. II negligea son mal, auquel vinrent bientot s'ajouter une fievre et une pleuresie qui 1'obligerent, malgre qu'il en eut, d'aller a rinfirmerie. Le malade alia encore a matines dans la nuit du 9 au 10 janvieret apres cet office alia a la chambre commune se reposer devant le feu. Etant a

rinfirnierie, il ne perdit rien de sa serenite -et de sa gaiete et ne profera aucune plainte. Quand on 1'avertit de sa mort prochaine, il regut cette annonce avec joie, et comme on lai demandait s'il ne redoutait pas ce passage, il repondit constamment que non. N'ai-je pas assezvecu? ajoutait ii. J'allai le voir la veille de sa mort et il me dit : J'ai le rale, mais Dieu me fait urie grande grace de me retirer du monde si a promptement, au lieu de m'y laisser languir dans une longue maladie. An R. P. Assistant, son confesseur, qui I'exhortait a rnettre sa confiance en Dieu, il repondit : aJe souhaite que Jesus-Christ me dise comme au bon larron : Hodie mecum eris in paradiso. A un autre moment je lui donnai le crucifix a baiser et il le fit avec affection en murmiirant : Suscipiat me Christas. Tous ceux qui approchaient ce moribond etaient ravis de son calme et de la joie avec laquelle il quittait la vie. II pria 1'infirmier de lui dire s'il avait encore longtemps a vivre et, sur sa reponse, se fit apporter quelques papiers qui etaient dans sa chambre. G'etaient des oraisons pour se preparer a la mort. Illesrecita toutes en attendant 1'heureux moment qui devait le retirer du monde. II esperait mourir le jour de saint Maur : sur les onze heures du soir il demanda 1'heure qu'il etait et, sur la reponse qu'on lui fit, il dit en soupir-ant : Encore une heure a attendre ! II demanda ses papiers de preparation a la mort qu'il avait recites deja etprit le cierge benit; mais il ne put en renouvelerla lecture. A une heure et demiedu matin, il eleva les yeux et les mains vers le ciel et expira doucement (i).

GCXLVI Du R. P. DOM PIERRE BOULLIDO

Dom Pierre Boullido (2) etait natif de Rieux (3), dans le diocese de Vannes. II entra au noviciat de Vendome, ou il fit profession le 18 mai 1677, a l'ige de vingt-sept ans, et depuis lors il eut une si grande idee

(i) Nfarologe de Saint-Germain-des-Pres, p. 160.

(a) Une erreur de copiste dans le manuscrit que nous avons sous les yeux appelle ce religieux Pierre Bonudo. C'est sous ce dernier nom que nous 1'avons design^ dans I' Introduction (p. xxn).

(3) Rieux, com. du canton d' Allaire, Morbihan.

DOM NICOLAS DOE l6l

des obligations de 1'etat qu'il avait embrasse, qu'ilne s'en ecarta jamais. Cette maxime de saint Benoit : Non expedit monachis vagandi Joras, fit une si grande impression dans son esprit que, malgre.un reel talent qu'il avait et qu'il eut ties bien reussi dans le temporel, il ne consentit jamais a accepter un emploi. II avait ete envoye a Saint Martin d'Autun (i) apres sa recollection et il y demeura toute sa vie occupe a 1'oraison, au recueillement et aux exercices de penitence. Pour ne point troubler la paix de son ame par la vue des choses du monde, il resolut de ne jamais sortir du monastere, pas meme pour aller en recreation. II vecut de la sorte pendant plus de trente ans et mourut le i er avrrl

GCXLVII Du R. P. DOM NICOLAS DOE

Jusqu'a present j'ai rapporte les actions memorables des justes de la Congregation de Saint-Maur, dont le detail est parvenu a ma connaissance. Mais tout ce que j'en ai dit jusqu'ici concerne les morts. II faut presentement que je parle de quelques vivants, dans la crainte que, venant a mourir avant eux, ce que j'ai pu decouvrir sur chacun d'eux ne tombe dans 1'oubli.

Je commencerai par le R. P. Dom Nicolas Doe, natif de Troyes en Champagne, lequel fit profession a Saint-Remy de Reims le i3 juin i65g, a 1'age de dix-neuf ans. II avait eu pour maitre des novices Dom

(i) L'abbaye de Saint-Martin d'Autun aurait ete construite au lieu ou, d'apres la tradition, saint Martin aurait abattu un chene venere par les paiens. Elle eut pour fondatrice la reine Brunebaut, qui en 6i4 y re?ut la sepulture. Detruit par les Normands en 782, le monastere fut releve par le comte Badilon vers Tan 870, et.le 7 decembre de cette annee fut consacree 1'eglise qui devait subsister jusqu'au milieu du XV11* siecle. Saint-Martin eut beaucoup .a souffrir des guerres feodales qui desolerent le pays. Jean Roliu, eveque d'Autun et cardinal, fut le premier abbe commendataire : il prit possession en i46a, promettant qu'il entretiendrait trente moines dans son abbaye. Le 29 juin 1^70 Saint-Martin d'Autun iut pille par les . bandes heretiques de Goligny, et ensuite survinrent les troubles de la Ligue. L'abbaye ne se releva que par I'lntroduction des moines de la Congregation de Saint- Maur, appeles par 1'abbe Nicolas Jeannih de Castille, et qui eh prirent possession le i" juillet i655. Ils releverent le monastere et en 1741 commencerent la construction d'une nouvelle eglise qui fut achevee en 1783. Cette abbaye a ete entierement detruite.

Vincent Marsolles, qui jeta dans son ame les semenees d'unesolide piete. II etudia en theologie a Saint-Denis sous le R.P. Dom Jean Harel et eut pour maitre Dom Nicolas Palluau, un tres saint religieux. Nomme tresorier a Saint-Denis apres sa recollection, il fut ensuite cellerier du monastere, sous le R.P. Dom Yincent Marsolles, qui, etant devenu General, le retira des offices temporels pour le faire prieur a Meulan, et ensuite a Pontoise (i), a Compiegne et enfin a Saint-Jean de Laon. On le dechargea de la superiorite pour le faire depositaire de la Congregation sous le P. Boistard et sous le P. Bougis, qui le prit aussi comme secretaire, emploi qu'il exerc.a encore sous le P. de Loo (2). Apres cela, on lui confia le prieure d'Argenteuil, dont il fut decharge sur ses instances pour etre envoye a Saint-Denis et.y remplir 1'office de Doyen. La j'ai demeure avec lui pendant trois ans, et voici les particularites quej'ai remarquees le concernant.

Tous les jours il se levait a une heure apres minuit et faisait oraison jusqu'aux Matines auxquelles il ne manquait jamais, car il etait tres exact a se trouver a Toffice divin tant de jour que de nuit, et il fallait une maladie qui le reduisita ne pouvoir se rsmuer pourl'obliger a s'en dispenser. II ne portait point d'habits d'hiver et, durant cette saison, il n'usait que d'une simple couverture, ce qui lui causait d' ordinaire un devoyement fort debilitant pour son corps. II etait fort sobre ; je 1'ai vu a quatre-vingt-trois ans s'abstenir de vin pendant plus de six semaines par un principe de mortification. II ne prenait que du pain bis et, de temps en temps, se privait de poisson. Dans un age avance il se rendait encore a pied a Paris, lorsqu'il etait oblige de f air ece voyage. Bref, quoique d'une complexion delicate, il a toujours mene une existence fort dure. En 1724, il faillit mourir, et on lui administra tous les sacre-

(1) Pontoise, ch.-l. d'arrondissement de Seine-et-Oise. L'abbaye de Saint-Martin de Pontoise, dans 1'aneien diocese de Ronen, fut fondee vers io5r par deux seigneurs nommes Gamier et Amaury en 1'honneur de saint Germain. Le roi Philippe I confirma cette fondation en 1069. Le premier abbe fut saint Gautier (f 1094), moine de Rebais, qui reconstruisit le monastere et le placa sous le vocable de saint Martin. La Congregation de Saint-Maur y fut introduite en i655 par 1'abbe commendataire, Gauthier de Montaigu, noble anglais, refugie en France, et qui, converti a la foi catholique, avait embrasse 1'etat ecclesiastique.

(2) Voici par ordre chronologique quels furent les principaux emplois de Dom Nicolas Doe. Les Chapitres generaux. le nommerent prieur de Saint-Nicaise de Meulan en 1678 et 1681 ; de Saint-Martin de Pontoise en i684; de Saint-Gorneille de Gompiegne en 1687 et 1690 ; et de Saint-Jean de Laon en 1698. II eut a remplir les importantes fonctions de depositaire de la Congregation de 1696 a 171/1. En cette annee, il fut nomme prieur d'Argenteuil. Decharg^ de toute superiorite par le Ghapitre de 1717, il se retira a Saint-Denis.

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