‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 49 sur 61 · DOM ROBERT MOREL · texte numérisé non relu

DOM ROBERT MOREL

gne. Des ses plus tendres anneesilse distingua par sa piete autant que par la beaute de son esprit : aussi se fit-il toujours aimer de ses regents. II en eut pourtant un en seconde qui 1' avait en telle aversion qu'il le supportait a peine. Un jour qu'il avait donne une epigramme a faire a ses ecoliers, le petit Morel la fit sur-le-champ et la montra a son voisin de classe. Gelui-ci en avertit le regent, qui le lendemain lui ordonna de la lire et la trouva si bien qu'il lui soutint qu'elle n'etait pas de lui et qu'il 1'avait prise dans un livre imprime. Sur de son fait, 1'ecolier le nia. Le regent, pour le confondre, envoya querir le livre dans sa chambre, et il se trouva qu'ils s'etaient rencontres tous les deux par les pehsees, mais qu'il y avait quelque difference dans les mots. L'ecolier fut plus heureux en rhetorique, car non seulement le regent I'aimait, mais encore le respectait a cause de sa vertu, et depuis il avouait qu'il n'avait souhaite de voir jesuite aucun autre de ses eleves que Morel. Sachant que la vocation doit venir de Dieu, il ne lui fit jamais part de son desir. Le regent de philosophie ne fut pas si scrupuleux et lui en fit la proposition. Morel lui repondit qu'il ne se sentait pas porte a cet etat.

Apres sa philosophie, il commenga sa theologie et postula a Saint- Allyre de Clermont, ou le prieur, Dom Frangois Aubert, le voyant si petit, 1'exhorta d'attendre qu'il ait un peu grandi. Tout cela arrivait dans 1'ordre de la Providence, qui le voulait ailleurs. En ce temps-la, Dom Silvestre Morel, son proche parent, etait prieur et maitre des novices de Jumieges ; le prieur de la Chaise-Dieu prit le parti de le lui envoyer avec quelques autres postulants ; mais a leur passage h Paris, il fut retenu et envoye a Saint-Faron sous le Pere Douay, ou il fit son noviciat. II n'eut pas de peine a gagner les cceurs de toute la communaute. On ne remarquait rien en lui de pueril, tout indiquait un bon esprit et une vertu solide. Elle parut dans une epreuve que lui fit subir son Pere maitre. Un jour, pendant une recreation muette, trouvant la porte du clocher ouverte, il eut la curiosite d'y monter. Comme il descendait, il rencontra son Pere maitre, qui le reprit et lui fit prendre la discipline devant tous les ouvriers quidescendaient en me'me temps que lui. Frere Morel devora avec soumission cette humiliation. II fit paraitre tant de ferveur pendant tout son noviciat, qu'il fut rec.u sans peine et fit profession le n miai 1671, age de dix-neuf ans. II fit son seminaire partie a Saint- Vincent de Laon, partie a Saint-Thierry, sa philosophie a Corbie, et sa theologie en ce dernier monastere et a Saint-Germain-des-Pres. Partout il se fitegalement aimer. Apres sa recollection, il fut nomme bibliothecaire a Saint-Germain. II avait une si grande

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charite que, sans violer les regies, il s'efforcait de faire plaisir a tous, surtout a ceux qu'il voyait souffrants ou affliges, et j'en fis moi-meme 1'epreuve. Les superieurs, remarquant en lui tant de vertus, crurent qu'il ne fallait pas tenir cette lumiere sous le boisseau. 11s le retirerent done de Paris pour le mettre sous-prieur a Saint-Lucien de Beauvais. II lui eut ete facile de rester a Paris, il etait Ires aime des superieurs majeurs, qui n'auraient pas voulu lui faire de la peine, et Dom Boistard, son prieur, qui n'etait pas fort aise qu'on lui enlevat un si bon religieux, aurait ete heureux de le retenir. Mais, considerant que Paris n'est pas un lieu fort propre pour acquerir de la vertu et qu'un bon religieux doit etre comme de la terre molle entre les mains de ses superieurs pour recevoir d'eux telle impression qu'il leur plaira de lui donner, Dom Morel obeit simplement. Des qu'il fut arrive a Beauvais, il prit possession de sa charge, et, le prieur etant tombe dans une grande langueur, il fit toutes ses fonctions 1'espace de deux ans ; et il fit preuve de tant de sagesse qu'au Chapitre suivant il fut nomine prieur de Meulan. Dom Morel s'acquit 1'estime du dehors et du dedans, et Dieu benit visiblement son gouvernement. II s'attira 1'affection de tous ses religieux, ayant pour eux un amour si tendre qu'il etait impossible de lui refuser sa confiance. En meme temps il avait une fermete si grande qu'il ne souffrait aucune atteinte a la regularite. Un jour, un de ses religieux lui demanda la permission de faire quelques visites en ville. Le R. Pere repondit qu'il ne pouvait le lui permettre, lui-melne, bien que superieur, n'en faisant aucune, et qu'il ne voyait pas quelle raison il pouvait avoir d'en faire. Le religieux, peu satisfait, lui dit que ce refus lui otait toute confiance de s'adresser a lui desormais ; et le R. P. prieur lui repliqua qu'il en etait bien fache, mais que si c'etait pour lui demander de faire des visites, il lui ferait le plus grand plaisir de ne pas s'adresser a lui : qu'au reste, s'il avait besoin de prendrel'air, il lui permettrait de se choisir un compagnon et d'aller se promener a la campagne. Un autre jour, un religieux oublia le respect qu'il lui devait comme a son superieur. II souffrit 1'injure en silence pour ne pas Taigrir davantage, esperant que, rentre en lui-meme, il viendrait lui faire satisfaction. Comme il vit quele coupable ne se meltaitpas en peine de son devoir, il fut trouver son confesseur pour lui dire qu'il ferait bien d'avertir ce religieux de ne point dire la messe. Le confesseur avertit son penitent, qui, effraye de cet ordre, vint trouver le P. Prieur au moment ou il allait monter a 1'autel et lui dit assez brusquement : On dit que Votre Reverence ne veut pas que je disc la messe. Le R. Pere, avec sa tranquillite habituelle, lui fit remarquer qu'il prenait mal son temps et qu'il

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n'aurait pas du attendre qu'on lui donnat cet ordre, mais qu'il aurait du le prevenir, s'abstenant de lui-m$me de celebrer. Et qiie faut-il done qiie je fasse? reprit le religieux. a Votre faute estpublique, ft repondit le P. Prieur, il faut que vous vous en accusiez a la coulpe ; et afin que vous en ayez moins de peine, ce sera le Pere sous-prieur qui vous donnera penitence, et je m'abstiendrai ce jour d'aller au chapitre. Et il aver tit le sous-prieur de lui faire une correction legere et de le traiter doucement.

Apres avoir et6 six ans prieur a Meulan, il le fut pour une egale periode a Saint-Crespin-le-Grand, a Soissons, ou il continua ce qu'il avait fait a Meulan. II avait pour ses religieux une tendresse de mere. En retour, tous sans exception I'aimaient, et les moins parfaits desiraient vivre sous sa conduite. Un jour, un de.ces derniers demanda a venir passer quelque temps dans son monastere, sous le pretexte qu'un changement d'air etait utile a sa sante, mais avec le dessein de se fixer a Samt-Grespin. Les religieux de cette abbaye vinrent trouver le prieur etlui dirent qu'il fallait obliger ce malheureux a se degouter lui-rneme, et que pour ce motif ils le priaient de les traiter fort mal, et de leur faire manger fort souvent des legumes. Le saint prieur fut tout emu a ces paroles, et, les larmes aux yeux, leur repondit avec sa charite ordinaire : Allez, vous etes des misprables. Pourquoi faire de la peine a a ce pauvre religieux qui en a deja bien assez ?

Ay ant termine ses six annees a Saint-Crespin, il fut nomme prieur de Nogent ; mais, comme il avait quelque atteinte de surdite, il prit pretexte de cette infirmite pour demander d'etre absous de la superiorite. Sa demande fut exaucee, et le R. Pere Dom Robert Marcland, qui etait visiteur, le prit comme secretaire (i). II fut ensuite envoye a Saint- Denis, ou il continue a demeurer, menant une vie tout angelique. Sous pretexte qu'etant sourd il peut etre, incommode aux autres qu'il n' entend point ou difficilement, il se prive de toutes les conversations et ne s'occupe que de Dieu, avec lequel il s'entretient continuellement. II ne manque pourtant pas d'aller chaque jour voir les malades pour les consoler et leur offrir ses services, et malgre ses travaux il trouve le temps de leur faire des lectures de piete. Dom Morel se retire ensuite dans sa chambre, ou il s'occupe a composer des ouvrages dans lesquel ii parle

(i) Dom Robert Morel gouverna le monastere de Saint-Nicaise de Meulan de i684 a 1690, et celui de Saint-Grespin de 1690 a 1696. Le Chapitre general de 1699 1'avait nomme prieur de Nogent. D'apres les actes des Ghapitres generaux, Dom Morel n'a ete nomme k cette derniere charge qu'apres avoir ete secretaire de Dom Robert Marcland, visiteur de la Province de France de 1696 a 1699.

de Dieu, dont son coeur n'est jamais separe. Telles sont les Effusions sur les Psaumes qui peuvent passer pour un chef-d'oeuvre en leur genre ; ses Entretiens pour VAvent et le Careme, pour I'Octave du Saint-Sacrement, sa Retraite de dix jours, et ses Meditations sur la Regie de N. B. Pere saint Benoit (i). Dans ces divers ouvrages on trouve une onction si grande qu'il est aise de juger que 1'auteur est rempli du Saint-Esprit ; mais il est si humble qu'il ne s'est jamais resolu a les mettre sous presse que sur les instances reiterees de ses amis et les ordres de ses superieurs.

Ce saint religieux est toujours egal a lui-meme. On n'a jamais vu en lui le moindre mouvement de colere ou d'impatience. II est gai et soumis a Dieu dans tous les evenements qui peuvent lui faire de la peine, et toujours dispose a rendre a ses confreres tous les services dont il est capable. Son grand age et sa complexion delicate ne I'emp6chent point de suivre exactement tous les exercices de la regularite : il fait lecteur et serviteur au refectoire. A peine dort-il trois heures, et cela ne 1'empeche pas d'assister toutes les nuits a ma tines. Lorsqu'il tombe

(i) Dom Robert Morel est auteur des ouvrages suivants : Entretiens spirituels en forme de prieres snr les Evangiles des dimanches et des mysCeres de toute I'annte, avec I' Ordinaire de la Messe, 2 in-ia, Paris, 1774-1715 ; Entretiens spirituels en forme de prieres sur la Passion de Jesus-Christ, distribute pour lous les jours de Careme, in-is, Paris, 1714; Effusions da cceur, ou entretiens spiritaels et affectifs d'nne dme avec Dieu, sur chaque verset des psaumes et des Cantiqaes de I'Eglise, It in-ia, Paris, 1716; Meditations sur la Regie de saint Benoit pour tous les jours de I'annee, in-8, Paris, 1717, ouvrage dedie a Madame d'Orleans, abbesse de Chelles; Entretiens snr I'lncarnation de Notre- Seigneur Jesus-Christ, distribues pour tons les jours de VAvent, in-ia, Paris, 1718; Entretiens spirituels pour servir de preparation a la mort, in-ia, Paris, 1721; Entretiens spirituels pour la fete et I'octate du Saint-Sacrement, avec I'office du jour, a I'usage de Pome et de Paris, in-ia, Paris, 1722 ; Imitation de N.~S. jesus- Christ. Traduction nouvelle, avec une pri'ere affective, ou affection du coeur a la Jin de chaque chapitre, in-ia, Paris, 1738; Retraite de dix jours sur les principaux devoirs de la vie religieuse, avec une paraphrase sur la Prose du S. Esprit, Veni Sancte Spiritus, in-ia, Paris, 1723; Meditations' chretiennes sur les Evangiles de toute Vannte, et pour les principales fetes des saints, avec lenrs octaves, a in-ia, 1726; Da bonheur d'un simple religieux qui aime son e'tat et ses devoirs, in-ia, Paris, 1727 ; De I'esperance chretienne et de la confiance en la misericorde de Dieu, in-ia, Paris, 1728 ; L'office de la Semaine Sainte et de celle de Pdques en latin et en francois, avec des Meditations sur chaque jour de la quinzaine, quelques reflexions sur I'office et les ceremonies, et des instructions et prieres pour la confession et'pour la communion, in-ia, Paris, 1739 ; Effusion de coeur sur le Cantique des cantiques, in-ia, Paris, 1780. Un an avant sa mort, Dom Morel avait commence un ouvrage du meme genre sur le livre de Job dont il n'a fait' que les onze premiers chapitres. II a eu, ajoute Dom Tassin, beaucoup de part a un ouvrage intitule : Vcriles de foi et de morale pour lous les etats, tirees des seules paroles de I'ancien et du nouveau Testament, avec des elevations vers Dieu, in-ja. Toules les elevations qui eontiennent un tiers du livre sont de lui (Hist, lilt., p. 5o5).

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malade, on a toutes les peines possibles a le' faire aller a 1'infirmerie. Enfin Dom Robert Morel est un. modele accompli de perfection que Dieu nous laisse pour nous servir de modele et confondre notre lacheke(i). ' .

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Dom Frangois Anceaume, ne a Dieppe, dans le diocese de Rouen, fit profession a Saint-Faron le n mai 1671, en meme temps que Dom Morel. Ces deux religieux ont des humeurs bien differentes, mais les vertus sont les memes. Dom Robert est un religieux fort pose, Dom Frangois est un homme tout de feu. Us firent leur seminaire ensemble, . ainsi que leurs etudes, et etaient ordinairement emules. Us etaient les deux meilleurs ecoliers de leur cours, et aussi les plus sages. Frere Frangois, qui etait robuste, traitait son corps fort rudement et prenait sur la nuit tout ce qu'il pouvait ; apres matiaes, lorsqu'il voulait prendre quelque repos, il se couchait avec son froc et ses souliers pour se trouver pret au reveil. Apr&s ses etudes, on lui fit enseigner la philosophie et la theologie a nos confreres pendant plusieurs annees, leur apprenant en meme temps a etre bons religieux, prechant d'exemple et pratiquant tout ce qui est necessaire pour le devenir. II etait tres penetre de ses obligations, et jamais ne prit pretexte de sa maitrise, pour se repandre au dehors. On ne 16 vit meme jamais prendre les recreations que les regies permettent a ceux qui enseignent. Tres zele pour 1'observance, il ne pouvait la voir violee par ceux qui son en charge. /

Au chapitre general de 1697 il fut nomme prieur de Saint-Eloi de Noyon. G'etait faire une grande violence a son humilite. II porti avec impatience le fardeau de la superiorite 1'espace de trois ans, donnant a ses religieux 1'exemple d'un parfait superieur. Au chapitre suivant, son humilite le porta a faire violence aux definiteurs pour etre decharge. II fallut, pour en arriver la, ecrire plus d'une lettre, et enfin

(i) Dom Robert Morel mourut a Saint-Denis le 19 aout 1781. Dom Tassin (I.e., p. 5o3) donne d'interessants details sur les dernieres annees de ce fervent religieux.

il declara que si on ne I'exaugait, il quitterait la Congregation pour se retirer a la Trappe. Jl fallut done enteriner sa demande, etil eutautant de joie de se voir absous qu'un orgueilleux en a a se voir promu. On 1'envoya a Saint-Denis, ou il reprit 1'enseignemerit de la theologie a nos confreres. II etait en meme temps sous-prieur et official, et les conferences qu'en cette derniere qualite il faisait aux cures de la ville lui attirerent 1'estime des personnes du dedans et du dehors, et les louanges de M. 1'Archeveque de Paris (i).

i Dom Frangois Anceaume avail pour prieur le R.P. Bom Arnould de Loo, anime de sentiments tout opposes aux siens. Gomme il ne savait pas deguiser, il lui disait bonnement et simplement ce qu'il pensait de ses entreprises. Quand il commenga les superbes bailments qu'on voit aujourd'hui, le prieur lui demanda si son projet n'etait pas beau, et il obtint cette reponse : II est tres beau, mon Reverend Pere, mais il a n'est pas monastique.

Dom Anceaume trouva un esprit bien different dans le R. Pere de 1'Hostallerie, qui succeda au Pere de Loo, Us sympathisaient fort ensemble, et, le R. Pere Prieur etant tombe malade, le P. Anceaume gouverna la plupart du temps la communaute. Le Pere de Loo apres six ans revint a Saint-Denis et, ne pouvant souffrir un censeur pres de lui, fit elire Dom Anceaume prieur de Saint-Etienne de Caen, le plagant bien et selon son merite. 11 n'y eut pas moyen de refuser. Deux ans plus tard, il fut transfere a Fecamp, puis fut fait abbe de Saint-Sulpice de Bourges, ou il brilla par la science et la saintete de sa vie. II etait fort estime de 1'archeveque, heureux de 1'avoir pres de lui (a). II fut k ensuite przeur de Saint-Remy et visiteur de la province de Ghezal- ' N 3enoit. Dom Anceaume souffrait avec impatience de se voir toujours dans les honneurs : aussi au Ghapitre de 1 720, auquel il assista, demanda-t-il avec instance sa deposition ; mais le R. P. Dom de 1'Hostall6rie, qui le connaissait bien, fit en sorte qu'au lieu de ledecharger, on le -fit prieur de Saint-Denis.

Getfe nouvelle dignite ne fit qu'augmenter son zele, se voyant dans l'oblig|ition d'instruire ses religieux plus par ses exemples que par ses paroles. II etait assidu a tous les exercices, mais 1'office divin lui etait surtout en recommandation, et il fallait de bien grandes necessites pour Ten dispenser. Souvent on Fa vu se derober adroitement a la

(i) Ont ete imprimes de Dom Francois Anceaume : Sujets de Conferences ecclesiastlqu.es, in-i". L'archeveque de Paris etait alors le cardinal de NoaiHes.

(a) Get archeveque etait Mgr Leon Polier de Gesvres, qui plus lard devint cardinal.

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compagnie d'hotes avec lesquels il etait oblige de manger, assister a complies, et ensuite revenir leur tenir compagnie. Quelque tard qu'il se couchat, il ne manquait jamais matines. S'il etait oblige par les devoirs de sa charge d'aller a Paris, il revenait ordinairement le meme jour, quelque temps qu'il fit, et souvent faisait le chemin a pied. Tres dur a lui-meme, on ne pouvait le contraindre a prendre quelque soulagement lorsqu'il etait malade. Je 1'aivu avec un rhumatisme violent se refuser de prendre une chambre a 1'infirmerie et y consentir seulement lorsqu'il lui fut impossible de marcher. II veillait avec attention sur les jeunes religieux, les reprenant avec charite de leurs moindres fautes, ne leur permettant pas de se repandre au dehors, en quoi il leur donnait 1'exemple, car dans ses trois ans a peine a-t-il decouche, sinon pour se rendre & Reims au sacre du Roi. S'il avait quelques cures a conferer, il ne souffrait pas qu'elles fussent confiees a des personnes qui les avaient sollicitees. C'etait d'ailleurs ce qu'il avait fait etant abbe de Saint-Sulpice de % Bourges. Si quelques cures a sa presentation venaient a vaquer, il priait J'archeveque de lui designer un sujet qu'il put lui presenter.

Ses trois ans de superiorite a Saint-Denis termines, Dom Anceaume fut depute au Chapitre general, ou il fut elu definiteur et president, et ou il se comporta avec une sagesse qui le fit admirer m6me de ceux qui ne goutaient pas ses principes. Ghoisi comme premier assistant du Tres Reverend Pere General (i), il vint a Saint-Germain-des-Pres, ou il continue d'edifier par sonhumilite et son assiduite a 1'office divin. En depit d'attaques de paralysie et d'autres infirmites, on n'a pu le faire aller a rinfirmerie, et il dit plaisamment que si on 1'y oblige on le rendra malade, et qu'en attendant son corps meurt par morceaux.

Dans 1'election du Pere General qui vient de se faire, on croyait qu'il aurait beaucoup de part, et il eut effectivemerit trois voix sur neuf. Rien ne lui aurait fait plus de peine que son election, et sa joie parut lorsqu'il fallut proclamer au chapitre le nom du nouvel elu (2). Que Dieu nous le conserve longtemps !

En 1727 la Congregation se voyait menacee d'un furieux prage (3). Dom Anceaume se rendit a pied a Saint-Maur-des-Fosses pour impio-

(T) Dom Denis de Sainte-Marthc, nomme Superieur general par les Chapitres da 1720 cl 1728, mort le 3o mars 1726.

(2) Dom Pierre Thibault, Superieur general apres la mort de Dom de Sainte- Marthejusqu'au Ghapilre de 1739. Tres attache aux doctrines de la bulle Unit;enifm. il mourut simple religieux a 1'abbaye de Fecamp le i5 juillet 1738.

(3) Ce furienx orage avait pour cause le refus de soumission d'un trop grand

rer la protection de ce bienheureux patron (i). Apres un leger repas, il en revint de meme a pied malgre ses 76 ans ; mais il se trouva si fatigue qu'il ne pouvait plus se soutenir, et a le voir, on aurait pu le prendre pour un homme ivre. Le sous-prieur, qui I'accompagnait, le soutenait sous le bras et n'osait le lacher un moment, de crainte qu'il ne tombat a terre ; il aurait voulu prendre un carrosse pour le ramener ; mais il fut impossible de 1'y faire consentir. Lorsqu'il fut arrive, il vint souper au refectoire, et le Pere sous-prieur mi fit servir un peu de poisson : il n'y toucha pas. Je ne sais s'il ne fut pas ensuite a complies ; je sais au moins que, la nuit suivante, il ne manqua pas aux matines. On voit par ce fait jusqu'a quel point ce serviteur de Dieu portait 1'amour de la penitence. Un autre jour, le depositaire de la Congregation .le rencontra cheminant assez loin dans Paris et sous unepluie battante. II voulut lui donner un carrosse pour aller a Saint-Martin-des-Champs : mais il fut impossible de lui persuader de le prendre. Jamais il ne demandait rien, et s'appliquait, soit au refectoire, soit ailleurs, a se priver de tout ce qui pouvait lui donner quelque plaisir.

Le P. Dom Nicolas Alexandre (2) etant mort v a Saint-Denis, le 10 d'a-

nombre de religieux appelants de la bulle Unigenitus au concile general. t]es opposants reussirent en 1739 a empecher la reelection de Dom Thibault comme Superieur general et a le faire remplacer par Dom Alaydon, qui s'etait refuse a retractor son appel. Dom Anceaume, etant abbe de Saint-Sulpice de Bourges, avait, sur les instances du cardinal de Bissy, abbe commendataire de Saint-Germain-des-Pres, compose un ouvrage sur la Constitution, ecrit qui, au temoignage de I'Histoire (ms.) de la Congregation de Saint-Maur, s, a. 1716, fit impression sur plusteurs religieux prevenus contre la Constitution (Wilhelm, A'ouveau Supplement..., Note de Dom A. Dubourg, I, p. i3-i/i).

(1) Saint- Maar-des- Fosses, com. du canton de Charenton-le-Pont, Seine. Le monastere des Fosses fut fonde en 64o par Bladegisile, archidiacre de Paris, en Thonneur de la sainte Vierge et des saints apotres Pierre et Paul. Saint Babolein en fut le premier abbe. Apres avoir erre en divers lieux avec le corps de saint Maur, les moines de Glaufeuil, fuyant devant les Normands, trouverent un refuge assure au monastere des Fosses, qui ne tarda pas a s'appeler Saint-Maur-des-Fosses. Au commencement du IX siecle saint Benoit d'Aniane, a la firt du X siecle saint Mai'eul, abbe de Cluny.-reformerent cette abbaye. Une bulle de Clement VII, en date du i3 juin i533, obtenue a la demande de Francois I", secularisa ce monaslere et remplaca les moines par un chapitre seculier. Les reliques de saint Maur furent transferees vers 1760 a Saint-Germain-des-Pres. Des negociations engagees au milieu du XVII' siecle pour rendre 1'abbaye de Saint-Maur-des-Fosses a 1'ordre de Saint-Benoit ne "purent aboutir.

(2) Dom Nicolas Alexandre, n<5 a Paris, fit profession a Saint-Faron le 6 juillet 1678 a 1'age de vingt-quatre ans. Pour soulager ses freres et surtout les pauvres qu'il aimait comme les membres les plus chers de Jesus-Christ, il etudia la medecine et la pratiqua autant que la saintete de son etat pouvait le permettre. On a de lui : La Medecine et la Chirurgie des pauvres, qui cuntiennent les remedcs choisis, faciles a preparer et sans depense pour la plupart des maladies internes et externes qui attaquent

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vril 1728, Dom Anceaume voulul assister aux obseques de ce religieux qu'il ainiail pour sa vertu. II se traina done a pied a Saint-Denis ; il en revint avec deux plaies aux pieds. II assista le lendemain aux matines, mais si incommode qu'il ne pouvait se lever aux Gloria Patri et eut Men de la peine a s'en retourner a sa chambre. Apres prime, on s'apergut qu'il avail la fievre, et on le mena malgre lui a l'infirmerie. La gangrene se mit a ses plaies, et on fit venir un chirurgien qui avail un specifique pour ce mal. II employa des remedes fort violents qui firent beaucoup souffrir le malade et mirent a une rude epreuve son temperamenl bouillant. Celui-ci demeurait assis, les jambes suspendues, sans pouvoir se remuer. Au Ghapilre general de 1729, Dom Anceaume fut ' decharge de toute superiorite, et demanda d'aller finir ses jours a Saint-Denis (i). A peine y fut-il arrive, qu'il entra dans des absences d'esprit qui ne le quillerent point jusqu'a la mort. Mais, bien qu'en cet etat la vivacite de son temperament reparut, il restait toujours des traces des verlus qu'il avail acquises, et on 1'entendait souvent dire : C'est la volonle de Dieu.

Du R. P. DOM ETIENNE VERDELLE

Je sais tres peu de chose du R.P. fitienne Verdelle. II etait d'un lieu appelee en latin Salvitas (2), dans le diocese de Saint-Pons. Age de vingt el un ans, il fit profession a la Daurade le 9 d'avril 1681. II a ete

le corps humain, in-ia, Paris, 171/1; Dictionnaire Botanique et Pharmaceutique, contenant les principales proprieles des Mineraax, des Vegltanx et des Animaux d'usage, avec les preparations.de Pharmacie internes et externes les plus usilees en Medecine et en Chirurgie, le tout tire des meilleurs aatears, in-8, Paris, 1716. Dom Tassin, Hist, litteraire..., p. 489-491.

(i) Dom Frangois Aaceaume fut prieur de Saint-Eloi de Noyon de 1698 a 1696. 11 fut nommeparles Chapitres generaux en 1708 prieur de Saint-Etienne de Caen; en 1711, abbe de Saint-Sulpice de Bourges ; en 1714 prieur de Saint-Remi; en 1717, visiteur de la province de Ghezal-Benoit ; en 1720, prieur de Saint-Denis; en 1723 et 1726, assistant du R. Pere General. Dom Anceaume mourut a Saint-Denis le 21 aout 1729. .

(a) Salvetat-d' Angles, ch.-l. de canton, arrondissement de Saint-Pons, Herault, diocese actuel de Montpellier.

prieur a Montmajour, a Saint-Thibery, visiteur de la province de Toulouse, et a present il gouverne 1'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux (i). On dit qu'il ne mange ni soupe ni poisson, et qu'il ne fait que de tres rares visites et qu'on ne peut le faire sortir de la ville. II est tres assidu a 1'office divin, et on 1'a vu afflige d'un eresipele, la tete tout enflee, et completement defigure, ne pas hesiter a venir a 1'office. Apres matines, , ilva ordinairement travailler au jardin.

A la diete de 1788 futadressee une lettre de cachet donnant exclusion a Dom Verdelle de la deputation au Ghapitre General (2). Les Superieurs en furent consternes; lui seul la rec,ut avec une resignation chretienne et se borna a dire : a Les rois font eclater leur puissance en commandant, et il est du devoir d'un fidele sujet de leur obeir : aussi n'ai-je eu aucune peine en recevant cet ordre (3)..

DTJ R. P. DOM JEAN GOUE

Dom Jean Goue, natif de Bernay dans le diocese de Lisieux, entra d'abord au noviciat de Lyre, d'ou il fut contraint de sortir parce que, etant dans lemonde, il s'etait trouve dans une mauvaise rencontre pour laquelle il etait ou pouvait etre recherche qiioique innocent et qu'il n'eut eu aucune part dans le malheur qui etait arrive. L' affaire etant terminee a son avantage et son innocence reconnue, il entra au noviciat

(i) Apres avoir enseigne la theologie, Dom Jean Verdelle gouverna le monastere de Saint-Savin de Tarbes de 1702 h 1708; Saint-Sever de Rustan de 1708 a 1711; Saint-Thibery de 1711 a 1714; Saint-Sauveur d'Aniane de 1714 a 1717. En cette derniere annee, il fut nomme visiteur de la Province de Toulouse, charge qu'il occupa pendant trois annees ; il devint ensuite prieur de Sainte-Croix de Bordeaux de 1720 a 1726, qu'il quitta pour aller au Mas-Garnier ou il fut superieur de 1726 a 1786. 11 ne sembte pas avoir jamais ete prieur de Montmajour.

(a) A la diete de la province de Toulouse en 1783, Dom Verdelle fut, par lettre de cachet, exclu de la deputation au Ghapitre general, quoique soumis a. la Balle; mais, ajoute Dom Perreau (Hist, des derniers Chapitres q6nraax*.. t p. 89), 1'amour de la regie et du bon ordre, son zele pour le maintien des Constitutions dont il avail donne des preuves en d'autres occasions, 1'avaient rendu odieux a ceux qui avaient entrepris de se rendre les maitres. A. de Lanlenay, Les priears clauslraux de Sainte-Croix de Bordeaux, in-8, Bordeaux, i884, p. 98.

(3) Dom Jean Verdelle mourut au Mas-Garnier le a5 mars 1746.

DOM CLAUDE DUPR^ l8g

de Saint-Melaine, ou,. age de vingt-huit ans, il fit profession le 6 septembre 1688. II correspondit parfaitement a la grdce de sa vocation et fut un excellent religieux. Ses etudes et sa recollection terminees a Marmoutier/le R. P. Dom Claude Martin le nomuia depositaire, emploi dont il s'acquitta parfaitement, remplissant tous les devoirs de sa charge, sans oublier ceux du religieux. Des qu'il avail un moment, il venait au travail manuel, choisissant tout ce qu'il y avait de plus penible. Un Samedi-Saint apres prime, il alia travailler au jardin, et le quitta tout en sueur pour aller faire diacrea la grand'messe. II y gagna unepleuresie dont le medecin ne le tira d'aifaire qu'en le faisant saigner vingt et une fois. Dom Jean Goue est un religieux fort penitent et fort retire, et jamais il ne pretexta son emploi pour se repandre au dehors ou prendre quelque recreation. Gomme depositaire, il devait aller quelquefbis au prieure de Meslay (i) pour y recolter les grains; il y passait cles temps considerables ne se nourrissant que de legumes et prenant tres peu de vin. Depuis ilfut envoye au prieure de Tavent (a), comme prieur claustral afin de mettre ce petit monastere en etat de recevoir une communaute. II y a vecu avec edification, y menant une vie tres penitente. II est encore aujourd'hui a Marmoutier. Dom Jean Goue moarut dans cette abbaye, le 2 novembre 1782.

Du R. P. DOM CLAUDE DUPRE

Dom Claude Dupre, qui s'est distingue jusqu'a ce jour par son humilite, est natif de Brezolles, dans le diocese de Chartres (3). II a eu le bonheur d'avoir des parents d'une piete solide, qui ont jete dans son

(i) Prafay-Meslay, com. du canton de Vouvray, Indre-et-Loire. Le prieuregrange de Meslay futdonnea I'abbaye de Marmoutier par Renaud de Odet en 1061. La porte monumentale et la magnifique grange dimeresse qu j on y roit encore furent I'oauvre de 1'abbe Hugues de Rochecorbon, au commencement du XIII* siecle.

(a) Tavent, a peu de distance de I'lsle-Bouchard, Indre-et-Loire. Notre-Dame de Tavent etait un des plus importants prieures de I'abbaye de Marmoutier. Sa fondation par Thibaud, seigneur de 1'Isle, remonte a 1'an 987, et fut confirmee en loao par un de ses successeurs, nomine Bouchard. Au cours de ce XI* siecle le prieure fut habile par 18 religieux.

(3) Brezolles, ch.-l. de canton, arrondissement de Dreux, Eure-et-Loir.

ccEur des semences de vertu. Us remarquerent que la premiere parole proferee par leur petit enfant fut le nom de Jesus. Age de dix-neuf ans, il fit profession au monastere de Lyre le i er aout 1686. II conserva 1'esprit de religion qu'il a'vait regu dans son noviciat, pendant son seminaire qu'il fit a Saint-Ouen et pendant le cours de ses etudes a Seez ou il eut pour superieurs Dom Arnoul de Loo et Dom Frangois Douay, qui avaient un egal talent pour former la jeunesse et qui se sont toujours felicites des ecoliers qu'ils avaient eu a conduire. Le R. Pere Claude Dupre fut un des meilleurs et des-plus r^guliers.

Au sortir de sa recollection, il etait en etat d'enseigner les sciences superieures ; mais comme il etait fort humble et que son principe etait de suivre en tout la volonte de ses superieurs, il accepta d'aller enseigner la cinquieme a Tiron. II n'y fut pas longtemps sans qu'on s'aper- . gut qu'il pouvait faire autre chose ; on le retira de ce college pour 1'envoyer a Fecamp enseignerla philosophic a nos confreres. II avait grand soin d'inspirer a ses ecoliers le zelepour la regularite, et 1'amour pour tous les exercices de piete. Lui-meme donnait 1'exemple, et il ne leur disait rien qu'il ne mit lui-meme en pratique. Sur la fin de son cours, il fallut faire election d'un conventuel pour aller a la diete avec le prieur, Dom Martin Filland. La communaute etait nombreuse, etcomptait des religieux de grand merite. Le R. Pere Dupre, qui n'etait qu'un jeune homme, fut prefere a tous : en quoi on fit violence a son humilite. II y avait longtemps qu'il demandait a Dieu de n'etre point honore de cet emploi, et, par les violences qu'il semblait faire au ciel, il s'en montrait tres digne.

II etait naturel qu'apres avoir enseigne la philosophic il passat a la theologie, mais comme il etait propre a tout, et qu'il n'y avait point d'emplois en religion qu'il ne put remplir, on 1'envoya a Saint-Ouen pour etre sous-prieur et directeur des jeunes profes. II s'acquitta avec edification de cet emploi, et s'attira 1'estime de toute la communaute, qui le regardait comme un genie superieur, capable de remplir un jour les charges les plus honorables de la Congregation. Mais comme il vit que le prieur ne le soutenait pas dans le bien qu'il voulait etablir, et que son emploi le conduisait par la voie la plus courte a la superiorite, il demanda a sortir de Saint-Ouen, et s'offrit d'aller enseigner a Caen la theologie a nos confreres. II exerga cet emploi piusieursannees, ravi de ne pas monter plus haul. Mais le R. P. Dom Charles de 1'Hostallerie, etant visiteur en Normandie, et connaissant ses talents, ne voulut pas les laisser enfouis, et le proposa au Chapitre general pour etre prieur de Saint-Pere de Chartres. Ce fut la que Dom Claude Dupre

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fit son coup d'essai, et il remplit si parfaitement tous ses devoirs que, trois ans apres, il fat fait abbe de Saint-Martin de Seez, d'ou il fut, malgre sa jeunesse, depute au Ghapitre general. On jeta ensuite les yeux sur lui pour le faire abbe de Saint- Vincent dulVIans, 1'une des premieres superiorites ; mais comme son humilite ne s'en accommodait pas, et qu'il etait sur les lieux, et que le Pi. P. de THostallerie, qui avait de 1'amitie pour lui, fut elu General, il fit si bien aupres de lui qu'il le choisit pour secretaire, fonctions qu'il exerga pendant six ans. Dom Dupre etait ravi de se voir decharge du poids de la superiorite, ne se servant de L'acces qu'il avait pres du nouveau General que pour tre plus exact. II savait eviter adroitement toutes les occasions de se repandre au dehors et de paraitre devant les grands. Je ne 1'ai jamais vu prendre aucune recreation ni aucun divertissement. Dom Dupre est tout rempli de Dieu, et assidu a rendre au Pere General tous les services que le grand age et les infirmites de ce bon vieillard pouvaient exiger de lui. C'etait lui qui 1'hiver. faisait le feu apres matines au petit dortoir, embrassant avec plaisir tous les exercices d'humilite.

Six ans se passerent de la sorte, au bout desquels le R. P. Dom de 1'Hostallerie fut decharge, et eut pour successeur le P. de Sainte-Marthe, dont le genie etait bien different (i). Le R. P. de J'Hostallerie ne

(i) Dom Denis de Sainte-Marthe, ne a Paris le 24 mai 1660, fit profession a Saint- Melaine de Rennes le 12 aout 1668. Ses etudes terminees, il enseigna la philosophie et la theologie a Saint--Remy de Reims, a Saint-Germain-des-Pres et a Saint-Denis. En 1690 il devenait prieur de Saint-Julien de Tours. Trois ans plus tard, decharge de la superiorite pour la publication de ses Letlres a M. de Ranee, il vint a Saint- Germain-des-Pres, ou il prit soin de la paroisse et de la bibliotheque. Mais ce fut pour neu de temps : il ne tarda pas en effet a etre nomine prieur de Bonne-Nouvelle de Rouen, d'ou il passa en 1699 a Saint-Ouen dans la meme ville et ou il demeura jusqu'en 1706. A cette derniere date il fut choisi comme prieur des Blancs- Maateaux, afin qu'etant dans Paris il eut plus de facilite pour ses travaux. Trois ans plus tard, en 1708, il devenait assistant du P. General; puis il fut appele a gouverner 1'abbaye de Saint-Denis en 1711, celle de Saint-Germain-des-Pres en 1714, de nouveau celle de Saint-Denis en 1717. Les Ghapitres generaux de 1720 et de 1728 le choisirent pour Superieur General de la Congregation, et il mourut dans 1'exercice de cette charge le So mars 1726. On doit a cet illustre religieux les ouvrages suivants : Traitd de la Confession auriculaire contre les arrears des Calvinistes..., in-8, Paris, i685; Reponse cuix plaintes des Protestants touchant la pretendne persecution de France, oil I'on expose le sentiment de Calvin, et de tous les plus ce'lebres Ministres, sur les peines dues aux Heretiqaes, in-ta, Paris, 1688; Entretiens touchant I'entreprise du Prince d'Orange sur VAngleterre, ou Pon prouve que cette action fait porter aux Protestants les caracteres de I'Antichristianisme que M. Jurieu a reproehds a I'Eglise romaine, in-ia, Paris, 1689; Suite des entretiens touchant I'entreprise du Prince d'Orange sur la Grande-Bretagne, in- 1 a, Paris, 1691 ; Lettres a M. de Ranee, Abbe de la Trappe, oil I'on examine sa r^ponse'aa Traite des etudes monastiques et quelques endroits de son Commentaire snr la Regie de saint Benoit, in-i2, Amsterdam (Tours), 1692 ; Recueil de quelques pieces concernant les quatfe lettres Writes a M. I'Abbe de la Trappe, in-ia, Cologne

voulut pas quitter le generalat sans placer son secretaire selon son merite, et il le fit nommer visiteur de Normandie. Ge ne fut pas chose facile de lui faire accepter celle charge. II fallut que le Pere de 1'Hostallerie yemployat toute son autorite. Dom Dupre s'acquitta si bien de sa charge que le Pere de Sainte-Marthe, qui ne 1'aimait pas beaucoup, avouait que c'etait de tous les visiteurs celui dont il tirait le plus de secours et qui fit mieux son devoir. Aussi trois ans plus tard il le fit elire visiteur de la province de France. Le R. Pere General etant raortdans le cours dece second triennat, on parla de faire Dom Dupre prieur de Saint-Germain. II en fut tout alarme et employa toute son Industrie a faire tomber le sort sur lePere Anceaume.

Lorsque Dom Dupre fait ses visites, on ne peut le faire coucher a la chambre des holes et des la premiere nuit il couche au dortoir et va a matines. Au Chapitre de 1738, ou il y avait un commissaire, quelques deputes travaillerent sous main a faire des definiteurs a leur gre. Ils

Tours), 1698 ; Oraison funebre de Madame de Belhune, Abbesse de Beaumont-les-Tours, prononce dans l'e~glise de ce nom; La vie de Cassiodore, Chancelier el premier ministre de Theodoric le Grand et de plusieurs autres rois d'ltalie, ensuite Abb de Viviers; avec un abregd de Vhisloire des princes qu'il a servis, et des remarques sur ses ouvrages, in-ia, Paris, 1694 ; Histoire de saint Grdgnire le Grand, Pape et Docleur de I'Eglise, tiree principalement de ses ouvrages, in-4, Rouen, 1697; Reflexions sur la lettre d'un abbe d'Allemagne aux Reverends Peres Benedictins de la Congregation de Saint-Maur, sur le dernier tome de leur Edition de saint Augustin, in-ia, 1699. Get abbe d'Allemagne est en realite le P. Langlois, jesuite, dont le pamphlet fut condamne a Rome par un decret de I'lnquisition. Lettre a un Docteur de Sorbonne touchant le Memoire d'un Docteur en the'ologie, adressd a MM. les Prdlats dc France conire les Benedictins, in-ia, 1699; Sancti Gregorii Papse I, cognomento Magni, Opera omnia..., 4 in-f, Paris, 1706. Presentee au Pape Clement XI, cette edition fut I'occasion d'un bref elogieux en date du 19 avril 1706 adresse au R. Pere General, et le Souverain Pontil'e faisait en meme temps remettre au Procureur de la Congregation a Rome vingt-quatre medailles d'or dont une d'un grand modele etait destinee a Dom de Sainte-Marthe. Lettre a Son Altesse royale Madame I'Abbesse de Chelles, in-4, Paris, s. d. A la demande de Madame d'Orleans, abbesse de Chelles, Dom de Sainte-Marthe retrace brievement 1'origine, les progres et 1'etat de la Congregation de Saint-Maur. Gallia Christiana, in provincias eeclesiast'cas distributa.^, t. I, in-f, Paris, 1715. Le 3 volume venait de paraitre en 1736, lorsque Dom de Sainte-Marthe fut enleve par la mort. Son oeuvre fut continuee et au commencement du IV volume (1728) fureiit places un beau portrait et un abrege de la vie de cet illustre religieux. Dom Ursmer Berliere (Bevue Benedictine, 1899, p. 433-447) a signale un travail inedit de Dom de Sainte-Marthe. II est intitule : Les veritables dpilres de S. Ignace, disciple de S. Jean, eveque d'Antioche et martyr, traduites en francais sur le texts grec et sur I'ancienne version latine, avec les actes du martyre de ce saint, ecrits par ses disciples. Le manuscrit autographe faisait partie de la collection Wilhelm si precieuse pour 1'histoire litteraire de la Congregation de Saint-Maur. La lettre circulaire envoyfee a toute la Congregation a I'occasion de la mort de Dom Denis de Sainte-Marthe est 1'ceuvre de Dom Joseph Castel, son secretaire. Voir Dom Tassin (p. 445-46g) et les auteurs qui ont traite de 1'Histoire litleraire de la Congregation de Saint-Maur; Vanel, Necrologe..., p. i4oi46.

DOM CLAUDE DUPR^ I g3

voulurent faire cet honheur au Pere Dupre. II s'y opposa de toutes ses forces, el, pour se delivrer de leurs instances, il les menaga de recevoir la Constitution, et par ce nioyen evita ce qu'il craignait beaucoup : mais au Chapitre suivant, il ne put eviter ce meme honneur. II fut done elu Definiteur et ne se servit de cet emploi que pour etablir le bien. II fit tout au monde pour se faire decharger, pleura tres amerement ; mais il ne put eviter d'etre nomine prieur de Fecamp (i).

[II gouverna trois ans cette abbaye avec toute la sagesse et toute la douceur possible, donnant a ses religieux des exemples continuels d'une regularite exacte et d'une tres profonde humilite. Dom Dupre fut depute a la diete provinciale et defmiteur au Ghapitre general ou il fut propose pour 6tre General. II se delivra de cet honneur, qu'il irieritaitmieux qu'aucun, en declarant qu'il allait recevoir l^t Constitution. On elut par compromis le Pere Alaydon (2) General, et on eloigna le Pere Thibault (3) de Paris en le nommant prieur de Fecamp, et le Pere Dupre,

(1) La notice de Dom Claude Dupre dans le manuscrit de la Vie des Jasles s'arrete ici. Mais il est facile de la completer par 1'article du Ne~crologe de Saint-Germain-des- Pres (p. 181-189), dbnt 1'auteur est Dom Martene. D'ailleurs tout ce qui precede fait partie du meme travail. II faut noter seulement que dans le Ntcrologe les details sont plus abondants pour les annees qui ont precede Pentree de Claude Dupre en religion. Ce que nous placons entre crochets est pris dans le Necrologe et fait bien

- la suite d'une meme redaction.

(2) Dom Jean-Baptiste Alaydon, ne a Rethel dans le diocese de Reims, fit, age de vingt ans, profession a 1'abbaye de Marmoutier le 5 octobre 1691, Apres avoir ete sous-prieur en divers monasleres et apres avoir cnseigne la philosophie et la theologie, il fut en tyoS nomme prieur d'Argenteuil, d'ou il passa en 1711 en la meme qualite a Saint-Corneille de Compiegrie, ou il demenra six ans. En 1717, il fut nomme prieur des Blancs-Manteaux, puis en 1738 de Corbie. En 1736 il fut fait visiteur de Bretagne et enfln elu Superieur General en 1729- II mourut dans 1'exercice de cette charge le 6 juin 1733. Voir Vanel, Necrologe..., p. 172 ; Dom Paul Denis, Dom Jean-Baptiste Alaydon, 12' superiear general de la Congregation de Saint. Moor (1671-1783), dans Revne Ardennaise, t. XVI (1909), p. 5-5o; Le Cardinal de Fleury, Dom Alaydon et Dom Thuillier. Documents inedits sur I'histoire da jansdnisme dam la Congregation de , Saint-Maur (1729-1730) dans Revue Benedictine, 1909, p. 3a5.

(3) Dom Pierre Thibault naquit a Rouen et, age de dix-neuf ans, fit profession a Notre-Dame de Lyre le tit juillet 1677. H fut en l6 9 3 nomme prieur de Beaumont; en 1696 de Saint-Vigor de Bayeux; en 1699 et 1702 de Saint-Etienne de Caen; en 1706 de Saint-Benigne de Dijon. Trois ans plus tard il devenait visiteur de la province de Chezal-Benoit, puis en 1711 de celle de Bourgogne. En 1714 et 1717, il etait chbisi comme prieur de Fecamp, d'ou il alia a Saint-Germain-des-Pres qu'il gouverna de 1720 a 1726. Apres la mort de Dom Denis de Sainte-Marthe arrivee le 3o mars de cette derniere annee, la diete designa Dom Pierre Thibault pour gouverner la Congregation, et le Chapitre de 1726 ratifla ce choix en le nommant Superieur General. Trois ans plus tard, grace aux intrigues des religieux appelants, Dom Thibault ne fut pas maintenu dans cette charge. 11 fut alors prieur de Fecamp et gouverna cette abbaye jusqu'en 1736. II y mourut simple religieux le i5 'juillet

ig DE LA VIE DES JUSTES

prieur de Saint-Germain-des-Pres. Apres le Chapitre, le Pere Thibault vint a Paris pour y faire son paquet, et le Pere Dupre 1'accompagna jusqu'a Ghartres, ou il prit la route de Fecamp pour Fy recevoir avec distinction. II ne se pressa pas de venir a Paris prendre possession de la charge de prieur. Le General, qui etait arrete a Orleans (i), fut oblige de lui ecrire trois lettres pour le faire partir et le prier de ne pas attendre qu'il lui fit un commandement en forme.

Enfm, il se rendit a Saint-Germain-des-Pres, ou la communaute le regut avec toute la joie possible. II avait deja gagne tous les coeurs etant visiteur, en sorte qu'a la diete provinciale il eut toutes les voix pour etre depute, et au Chapitre il fut definiteur. II fut elu premier assistant du P. Dom Herve Menard, qui fut elu General par compromis (2). L'an 1786, le Pere Menard etant mort a Lagny, le gouvernement de la Congregation tomba au R. P. Dom Claude Dupre, qui la gouverna enqualite de vicaire general, et parsa douceur et par ses rares exemples y fit regner la paix. II etait tres bien en cour aupres du cardinal ministre, du chancelier et du garde des sceaux, qui connaissaient son merite et honoraient sa vertu. II savait le credit que le Pere de la Taste (3), prieur des Blancs-Manteaux, avait aupres d'eux. Us travail-

(i) Dom Alaydon avait ete elu par compromis au Chapitre general tenu a Marmoutier en juin 1729. Aussit6t .apres son election, il s'etait mis en route pour se rendre a Paris. II etait arriv6 a Orleans au monastere de Bonne-Nouvelle lorsque lui fut remise une lettre de cachet lui ordonnant de rester dans cette ville avec les religieux de son conseil. Apres bien des demarches et des pourparlers, Dom Alaydon futautorise arentrer a Saint-Germain-des-Pres, ou il arriva le 20 mai 1780. Sur toute cette affaire on trouvera de nombreux et interessants details dans 1'article de Dom Denis mentionne plus haut : Le Cardinal de Fleury, Dom Alaydon et Dom Timillier.

(a) Dom Herve Menard, natif de Dinan, dans 1'ancien diocese de Saint-Malo, fit profession a 1'age de dix-huit ans a 1'abbaye de Saint-Melaine de Rennes le 19 aout 1682. II debuta dans la superiorite en etant nomine en 1702 prieur de Saint-Aubin d'Angers. II fut ensuite choisi comme prieur de Saint-Serge dans la meme ville en 1706 et 1708; de la Couture du Mans en 1711 ; abbe de Saint-Martin de Seez en 1714 et 1717. En 1720 il devint visiteur de la province de Bretagne et en 1728 de celle de Normandie. Trois ans plus tard il etait prieur de Saint-Melaine de Rennes et en 1729 assistant du R.P. Dom Alaydon, Superieur General. Gelui-ci etant mort le 6 juin 1788, Dom Herve Menard devint vicaire general de la Congregation et eut a se rendre presque aussitot a Marmoutier, ou, dans les premiers jours de juillet, devait se tenir le Chapitre. II y fut 'elu General et s'appliqua aussit6t a ramener les Appelants a la soismission au Saint-Siege. Son gouvernement ne dura que deux ans. II mourut le i3 juillet 1786 au monastere de Lagny, ou il s'etait retire pour prendre quelques jours de repos.

(3) Dom Louis-Bernard la Taste naquit a Bordeaux et entra au noviciat de la Daurade, ou il fit profession al'age de a4 ans le 81 juillet 1708. Apres avoir enseigne la philosophic et la theologie en divers monasteres, eutre autres a Saint-Denis el a Saint-Germain-des-Pres, il fut choisi en 1729 pour prieur des Blancs-Manteaux, dignite qu'il conserva jusqu'en 1786. A cette date il fut nomme assistant du

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lerent tous deux conjointement a faire revoquer les lettres de cachet et a rendre la liberte des elections aux religieux. En quoi il eut le bonheur de reussir. Dans toutes les communautes, les conventuels se firent par tous les religieux, appelants ou non appelants, et furent elus du nombre des unset des autres. Dans toutes les dietes, les deputes furent elus de la meme sorte et les definiteurs au chapitre. On regarda dans toute la Congregation cette liberte comme la plus grande grace qui put lui arriver, et comme une insigne protection du ciel sur notre corps qui etait a deux doigts de sa perte. On donna mille benedictions au P. Dupre, qui 1'avait preserve dunaufrage, et tout le monde le jugea digne d'etre mis a sa tete.

Enfin le Chapitre general arriva, tout s'y passa en paix ; le P. Dupre y fut elu Definiteur et president du premier scrutin. Quand onproceda a 1'election des superieurs, toutes les provinces le demanderent pour General. Ce fut pour lui une grande mortification. II se soumit neanmoins parce qu'il regarda cette unanimite de voeux comme un oracle du Saint-Esprit. II revint du Chapitre le coeur penetre de douleur, quoiqu'il fit un assez bon visage a tout le monde ; mais a ses amis il disait qu'il etait lie et garotte.

Etant de retour a Paris, il fut a Versailles rendre ses devoirs au roi,

R. Pere General, Dom Claude Dupre. Deux ans plus tard, grace a la protection du Cardinal de Floury, et sur la presentation du due de Nevers, il fut nomine a 1'evcche de Bethleem et pourvu en meme temps de I'abbaye de Moiremont. Gette nomination eut pour effet de soustraire Dom la Taste aux poursuites qu'un certain nombre de religieux appelants se proposaient d'engager contre 1'auteur des Lettres theologiques. Le siege de-cet eveche etait une eglise dans un faubourg de la ville de Glamecy, considered comme le refuge de 1'eveque de Bethleem chasse de Terre- Sainte par les Musulmans. Dom La Taste devint en 1748 superieur du monastere des Carmelites de Saint-Denis et ne tarda pas a remettre la paix dans cette maison troublee par les querelles jansenistes. Deux ans plus tard il fut nomme visiteur general de tous les convents de Carmelites en France. II mourut dans une dependance du Carmel de Saint-Denis le 22 avril 1764. On doit a Dom La Taste : Lettres tMologiqaes aux Ecrivains defensears des convulsions et autres miracles du temps, 2 in-4, 1720-1740, ecrit qui lui valut la haine des jansenistes; Lettre aux Carmelites da faubourg Saint-Jacques, 1745 ; Refutation des lettres pretendues pacijiqaes, in-ia, 1753 : ces Lettres pacifiques etaient du janseniste Louis-Adrien Lepaige ; Lettres de sainte The'rese traduites de I'Espagnol en Franfais par feue la Reverende Mere Marguerite de Maupeou, dite Therese de Saint-Joseph, Religieuse et Prieure du convent des Carm6~ lites de Saint-Denis en France, et ensaite Prieure des Carmelites de Pont-Audemer. Avec des remarques et notes theologiques, kistoriques, critiques. Tome second, in-4, Paris, 1748, On trouvera dans le Nouveau Supplement a I'histoire litteraire de la Congregation de Saint-Maur de M.Henri Wilhelm, p. 33a-335.de precieuses indications sur les ecrits et papiers de Dom la Taste conserves dans les bibliotheques publiques. Voir Dom Tassin, Hist, litteraire..., p. 701-708; Dom Yves Laurent, Dom de la Taste, benedictin, evequc de BelhUem, dans le Bulletin de Saint-Martin (Liguge), t. XI, 1908, p. 276 et suiv.

a la reine, a M. le Dauphin. Les' compliments qu'il leur fit furent estimes de tout le monde. Le cardinal ministre lui promit sa protection pour la Congregation, qu'il declara vouloir- considerer desormais comme sa propre Congregation meme. Au mois die septembre, le roi partit de Compiegne pour se rendre a Saint-Denis, afin d'assister au service de Louis XIV. Le cardinal ministre s'y rendit la veille : le P. General fut 1'y recevoir ; le cardinal s'entretint familierement avec, lui jusqu'a dix heures du soir. Peu de temps apres, le roi de Pologne lui demanda une relique de saint Benoit pour 1'abbesse de Saint-Leopold en Russie, sa cousine ; il fut la lui porter, avec le visiteur de' Bourgogne et quelques autres superieurs a Meudbn, ou ils furent tres bien regus de Sa Majeste polonaise, qui les fit manger avec le marechal de la couronne.

Un autre se serait repu de tout ces honneurs, mais c'etait au P. Dupre une grande mortification, quoiqu'il temoignat un visage gai. Uniquenient applique aux devoirs de sa charge, 11 ne pensa qu'a conserver la paix et Tunion qu'il avait procurees dans la Congregation. II s'etudiait a contenter tous les religieux et a ne faire peine a aucun, et s'il refusait quelquefois ce qu'on lui demandait, il accompagnait son refus de tant dedouces paroles qu'il faisait gouter son refus meme. Un religieux lui ayant demande a changer de monastere, il cut de tres fortes raisons de lui refuser. II me dit ensuite que jamais refus ne lui avait tant coute. II s'etait fait un devoir de faire reponse de ses propres mains a toutes les lettres que ses religieux lui ecrivaient. II etait tout occupe a cela tant le jour que bien avant dans la nuit :' ce qui ne 1'empechait pas d'etre toujours a matines, ou il ne manqnait jamais, dont souvent il sonnait le premier coup et allumait les lanternes. 11 comptait sur ses forces, mais il n'etait pas defer. II ne fut pas longtemps a s'en ressentir ; on voulait lui faire prendre du soulagement, mais il fut impossible de 1'y resoudre. Enfin, apres quelques mois il commenga a se plaindre qu'il perdait la voix et qu'il souffrait de la poitrine. II continua toujours ses veilles et a se trouver a matines, comptant que sa bonne nature prendrait le dessus. Vers le commencement de 1'avent, son mal augmentait, il fut attaque d'un asthme. Tout ce qu'on put faire fut de 1'empecher d'aller a matines, mais on ne put lui persuader d'aller a 1'infirmerie. Son mal devint si violent, deux jours avant Noel, qu'il fut oblige de rompre rabstinence et de manger de la viande. On commenga a desesperer de sa vie : on voulut faire une consul te de medecins, mais, par un principe de pauvrete et de penitence, il la refusa et envqya prier ceux qui avaient ete avertis de

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