DOM GUILLAUME GRUEL
ne pas venir. Le jour de Noel il fit un effort pour venir a matines, et sur la fin il dit ses trois messes. II etait si faible qu'il hesita s'il les dirait ; mais ayant pris le dessus, il les dit toutes trois avec assez de facilite ; il la dit encore le jour suivant. Son mal empirant toujours, le dimanche 3o de decembre il m'envoya querir apres deux heures. Je me transportai aussitot dans sa chambre. II fit sortir tout le monde et me fit approcher de lui. II me dit : Je suis bien mal, et je suis bien aise de me preparer a recevoir le saint Viatique apres vepres, c'est pourquoi je vous prie d'entendre ma confession. II fit une confession generate de sa vie religieuse, puis je me retirai. Son secretaire lui ayant dit qu'il devait se preparer a aller paraitre devant Dieu, il lui repondit : C'est en lui que je mets toute ma confiance , et en meme temps il expira sans agonie, comme on se disposait a lui donner FExtreme-Onction.] (i)
Du R. P. DOM GUILLAUME GRUEL
Dom Guillaume Gruel, natif de Bernay, au diocese de Lisieux, fit profession a Lyre le 8 juillet 1^91, dge de vingt et un ans. II etait zelateur a Saint-Ouen, lorsque le P. Dupre y etait soiis-prieur. Je n'ai jamais vu un religieux plus egal a lui-meme, plus exempt de passion, plus aimable et plus prompt a rendre service a tout le monde. Ses superieurs en etaient tellement satisfaits qu'ils le continuerent dans sa charge durant trois ans apres lesquels ils le nommerent sous-prieur et zelateur au noviciat. II s'y mina la sante et on le tira du noviciat pour le mettre prieur en deux petites maisons de Normandie, puis a Orbais et a Conches (2). *
(i) Dom Claude Dupre mourut k Saint-Germain-des-Pr^s le 3o decembre 1736. II avail debute dans les hautes charges de la Congregation en etant nomine en 1706 prieur de Saint-Pere de Chartres ; puis trois ans plus tard, il avail ete choisi comme abbe de Saint-Martin de Seez, ou il demeura jusqu'en 1714. Apres avoir ete secrelaire du R. P. Dom de 1'Hostallerie, il fut nomme en 1730 visiteiir de la province de Normandie,et en 1738 de eelle de France. En 1736, il fut elu prieur de Fecamp, d'ou il vint trois ans plus tard en la meme qualite a Saint-Germain--des-Pres. En 1783, il devenait assistant du Pere General et en 1786 elait choisi pour gouverner toute la Congregation. Dom Francois Delville, qui exerca les fonctions de secretaire du Pere Claude Dupre, publia une lettre circulaire sur la mort de ce Superieur, in-4, 1737. Vanel, N&rologe..., p. 181-189.
(3) Dooa Guillaume Gruel fut nomme prieur de Saint-Pierre-sur-Dive en 1717;
CGLXII Du R. P. DOM FRANCOIS BRIDON
Dom Frangois Bridon, natif de Nantes, avait fait ses etudes chez les Peres de 1'Oratoire, qui ne portent guere leurs ecoliers a se faire religieux. Age de vingt et un ans, il fit profession a Marmoutier entre les mains de Dora Claude Martin le 1 5 Janvier 1694. II se montrait des lors fort penetre de ses devoirs de religieux. Apres ses etudes on 1'envoya a Pontlevoy pour y etre sous-directeur du seminaire (i). II y enseigna ensuite la quatrieme, puis la troisieme et la rhetorique avec beaucoup de succes (2). II fut ensuite nomine directeur, emploi qu'il exerga durant douze ou quinze ans avec tant de sagesse que le seminaire fut completement transforme. II n'y avait trouve que cinquante pensionnaires assez mal disciplines et libertins et la maison toute decriee par le mauvais gouvernement de son predecesseur. Elle avait une dette d'au moins quarante-quatre mille livres. Par sa prudence, par son savoir-faire, Dom Bridon reunit en son seminaire plus de cent cinquante pensionnaires. II y retablit la discipline, mi rendit une bonne reputation et y fit bien des amenagements. II acquitta toutes les dettes et laissa des sommes importantes a son successeur. Tout cela ne se fit point sans peine et sans contradictions de la part de certains regents qui voulaient plus de liberte qu'il ne convenait a leur etat. Le B. P. Dom Frangois Bridon n'epargna rien pour les tenir dans leur devoir : et il retrancha avec prudence tous les exces dans lesquels ils donnaient. Lui-meme menait une vie tres austere et ne mangeait ni ceufs ni poisson, si ce n'est aux grandes fetes. Tous les jours il se levait a une heure et demie, eveillait la communaute, sonnait les trois coups de matines, et, les jours ouvrables, faisait fonction d' acolyte. II se relevait a cinq heures pour assister
d'lvry en 1720; d'Orbais en 1723; de Saint-Pierre de Conches en 1726; de Saint- Taurin d'fivreux en. 1729 et de Notro-Dame de Josaphat en 1783. II mourut k Lyre le 10 avril 17/18.
(1) A cette epoque, par ce nom de Seminaire, il faut entendre une sorte de college ou les jeunes gens qui y faisaient leurs etudes etaient recus comme pensionnaires.
(2) Ce fut pendant qu'il enseignait la rhetorique que Dom Bridon composa deux tragedies qui furent jouees par ses eleves : Orphee aux enfers et La Prise de Constantinople ou Constantin detrone par Mahomet. Voir Ulysse Robert, Suppl. u I'hisloire litteraire de la Congregation de Saint-Mdur, dans Cabinet historique, t. XXVII, a" partie, p. io3.
FRERE PIERRE DARMAND J 99
a la meditation et attirer par ses prieres les benedictions du del sur le seminaire. II etait au cours de la joufnee tout occupe aux devoirs de sa charge et a la priere, toujours le dernier couche, souvent a dix heures, et parfois a onze. II ne se donnait aucune relache. On ne rapporte ici que ce qui paraissait aux yeux de tous : mais on ne peut douter que sa vie interieure n'allat mieux encore.
Un tel directeur devait etre aime, et il 1'etait en eJEfet des ecoliers et de leurs parents, ravis de la bonne education donnee a leurs enfants. Toutefois, ayant voulu, a 1'exemple de 1'Universite de Paris, retrancher les danses dans les tragedies, il se mit a dos ses superieurs et meme les visiteurs. Les regents, qui voulaient durant les vacances des recreations excessives entrainant des depenses qui ne convenaient pas a .des pauvres de profession, tomberen I sur lui a leur tour, et il eut besoin de toute sa tete et de toute sa fermete pour resister a tant d'opposition. Pour comble de disgrace, on lui donna un prieur qui, pour recompen- 'ser les grands services rendus au seminaire, lui retira tous ses emplois. Dom Bridon fut fort sensible cette conduite de son superieur : mais il en fit bon usage. II se retira a Blois, ou pendant trois ans il fut sousprieur. II fut ensuite prieur a Bonne-Nouvelle d'Orleans, ou sa fermete a maintenir le bien etabli par son predecesseur lui attira de nouvelles persecutions. Au bout d'un an on le transfera a Sain t-Benoit-sur- Loire, ou il est aujourd'hui prieur et directeur des jeunes profes (i).