DOM JEAN FOUQUES 2OI
GCLXIV
Do R. P, DOM JEAN FOUQUES
Dom Jean Fouques, ne a Bernay dans le diocese de Lisieux, d'une des premieres families de la ville, semble avoir suce la piete avecle lait. Des ses plus tendres annees.il avait tant d'eloignement pour les divertissements et le jeu que jamais son pere ne put 1'engager a jouer une partie de piquet avec lui. Age de vingt ans, il fit profession au monastere de Lyre le iq mai 1700. II fit ensuite son seminaire a Saint-Ouen, oii il fut un modele de vertu pour tous ses confreres. II fit ses etudes a Fecamp, ou le R. P. Dom Frangois Duvivier etait prieur ; comme ce superieur avait quelques defauts consider ables,Fr. Jean Fouques prit un jour la liberte de Taller trouver sous quelque specieux pretexte, et au cours de I'entretien il lui demanda ce qu'il penserait d'un superieur qui se permettrait telle et telle chose, et il lui fit Enumeration des defauts qui choquaient la communaute. Le P. Duvivier repondit que ce superieur meritait d'etre depose, et sur cette reponse Fr. Jean Fouques reprit aussitot : G'est vous-meme, mon Reverend Pere, qui etes sujet a ces defauts qui scandalisent votre communaute (i). ,
Apres ses etudes, on envoya Dom Fouques a Jumieges pour y remplir pres des novices 1'office de zelateur; il fut ensuite directeur des jeunes profes et sous-prieur a Saint-Ouen, puis secretaire du R. Pere Visiteur et enfin prieur a Coulombs, ou on lui donna une recollection a conduire. Toujours il a ete un excellent religieux, fort interieur et fort penitent, si attache aux regies qu'on dit que si elles etaient perdues, il ne faudrait qu'etudier sa conduite pour les pratiquer en perfection. Souvent il porte le cilice ou la haire, et prend la discipline. II ne se chauffe jamais, si ce n'est en recreation ou en compagnie. II est fort charitable et rend a tous ses religieux tous les services dont il est capable. Lorsqu'il etait jeune religieux, on a remarque que dans les recreations ou Ton ne se
(i) II faut croire que .les defauts reproches a Dom Frangois Duvivier n'etaient pas si considerables, puisque de 1676 a 1717 il futmaintenu dans les hautes dignites de la Congregation. II gouverna le monaslere de Fecamp de 1702 a 1708.
joignait pas par bandes, il s'attachait de preference a ceux qui etaient plus negliges et comme abandonnes. II n'y trouvait peut-etre pas grand plaisir, mais son plaisir etait precisement de n'en avoir aucun (i).
CGLXV
Du R. P. DOM URSIN DURAND
Dom Ursin Durand naquit a Tours le 3o mai 1681 d'une des premieres families de cette ville. Son grand-pere y etait lieutenant-general, et depuis plus de deux cents ans Tame de la famille qui portait le nom d'Ursin etait conseiller au parlement de Paris. Sa mere etait fille du marquis de Coigny, et parente du fameux Lejay, premier president du parlement de Paris (2), dont elle portait le nom. C'etait une femme toute mondaine, qui, fiere de sa naissance et de sa beaute, ne respirait que vanites et plaisirs. Quoiqu'elle ne fiit point des plus devotes, lorsqu'elle portait en son sein ce fils qui fut le premier fruit de son mariage, elle se sentait de temps en temps sollicitee de 1'offrir a Dieu. Et neanmoins, lorsqu'il fut venu au monde, cette mere frivole negligea tellement son enfant que la tete de celui-ci ne fut bientot qu'une plaie. Par bonheur Dieu avait donne au petit Ursin une grand'mere d'une piete solide, qui, voyant que sa bru negligeait son enfant, en prit soin et, cultivant les bonnes inclinations que Dieu avait mises en lui, s'efforqa d'en former un sujet digne du ciel. Aussi, des Tage de sept ans, de son propre mouvement. il demand a la tonsure : ce qui fit grande joie a sa bonne grand'mere, ravie de voir cet enfant choisir de lui-meme le parti de Dieu. Elle avait grand soin de lui faire lire chaque jour la vie
(i) Dom Jean Fouques avait ete nomme prieur de Coulombs en 1728, et il y demeura six annees. En 1729 il alia gouverner 1'abbaye de Saint-Wandrille, d'ou il passa en 1788 a celle de Jumieges et en 1786 a celle de Lyre. II mourut a Fecamp le 18 avril 1743.
(a) Nicolas Lejay, baron de Tilly, garde des sceaux et premier president du parlement de Paris, se rendit celebre par sa probite, sa prudence et son amour pour les lettres. II mourut a Paris en i64o.