DOM URSIN DURAND 2O
du saint dont on faisait 1'office ainsi que 1'evangile de la messe. Elle le conduisait elle-meme a 1'eglise et 1'emmenait dans les hopitaux et les prisons, qu'elle visitait souvent. Fallait-il donner un bouillon a un malade, elle le faisait porter par son petit-fils. Si elle voulait faire une aumone aux indigents, elle en chargeait 1'enfant. Gefcte genereuse chretienne travaillait toujours pour les pauvres, et elle avait grand soin de lui en inspirer 1'amour. II n'etait pas fort avance en age lorsque Dieu, voulant recomponser sa grand'mere, la rappela a lui : mais les bonnes semences qu'elle avait jetees dans son ame ne furent pas perdues et ne cesserent de fructifier. Ses regents, voyant son bon naturel, etaient pleins d'affection pour lui et auraient voulu en faire un jesuite. Us presserent fort sa mere de le leur donner, 1'assurant qu'il ne lui en couterait rien. D'un autre cote les Minimes firent ce qu'ils purent pour 1'attirer chez eux. Mais Dieu en avait decide autrement.
(i) Ici s'arrete la notice que Dom Martene avait songe a consacrer a son devoue collaborateur, dont la vie devait se prolonger bien an-dela de la sienne. Age de 19 ans, Dom Ursin Durand avait fait profession a 1'abbaye de Marmoutier le 28 fevrier 17,01. Oblige de quitter Saint-Germain-des-Pres, comme nous 1'avons dit, il fut envoye k Saint-Eloi de Noyon, d'ou, une annee plus tard, il revint au monastere des Blancs-Manteaux. La> ne pouvant plus rendre service a Dom Martene, il se fit le collaborateur des religieux au milieu desquels il vivait, et en particulier de Dom Clemencet. Apres la mort de Dom Mopinot, il fut charge de poursuivre la publication des Lettres des Popes, et il demanda a Dom Clemencet de 1'aider a continuer 1'ceuvre entreprise par Dom Constant et pour laquelle d'ailleurs ils ne semblent pas avoir montre une grande ardeur. Ensemble ils travaillerent a terminer 1'ouvrage celebre de Dom Maur Dantine : L'Art de verifier les dates, in-4, Paris, 1760. Dom Ursin Durand eut aussi sa part dans la publication de Dom Pierre Sabbathier : Bibliorum sacrorum latinse versiones antiques sea Vetas Italica, 3 in-f, Paris, 1742. Dom Ursin Durand refusa toujours de se soumettre a la bulle Unigenitus : ce qui ne 1'empechait pas, avec une inconsequence que nous avons peine a comprendre, de se declarer, en renouvelant son appel, inviolablement attache a 1'figlise Gatholique, Apostolique et Romaine, et au Saint-Siege qui est le centre de 1'Unite, a notre Saint-Fere le Pape qui, de droit divin, a la primaute dans toute 1'Eglise. Je recois avec respect, ajoutait-il, tout ce que 1'Eglise enseigne, et je d^teste tout ce qu'elle condamne. Dom Ursin Durand mourut aux Blancs- Manteaux le 3i aout 1771. Voir Dom Tassin, Hist, litteraire de la Congr.de Saint- Maar, p. 550-667, 636, 64a, 668, 742 ; Dom Francois, Biblioth. q&nlrale des Ecrivains de I'Ordre de Saint-Benoit, 1777, 1. 1, p. 269 ; Pitra 1 , Analecta novissima..., 1. 1, p. 27, 33, 46, 868-369.
Du R. P. DOM CHARLES DE L'HOSTALLERIE (1)
Charles Petey de 1'Hostallerie prit naissance a la Loupe (a), gros bourg dans le Perche, au diocese de Ghartres, le 29 Janvier i64i- Son pere exergait en ce lieu le premier office de judicature, et etait le chef du conseil de M.le Marechal de la Ferte. Sa droiture, son equite, lui avaient acquis une si grande reputation de probite que chacun s'empressait de 1'avoir pour arbitre dans les affaires de consequence et dans les points les plus litigieux et les plus embarrasses. Sa mere par sa piete et sa sagesse etait le modele des meres de famille. Assistant un jour a la messe, elle sentit le premier mouvement de 1'enfant qu'elle portait dans son sein, et, elevant aussitpt son coeur a Dieu, elle offrit a Jesus- Christ, sous les auspices de sa tres sainte Mere, ce fruit nouvellement anime. Sa tendre piete alia plus loin : a 1'exemple de la vertueuse Anne, mere de Samuel, elle pria le Seigneur, d'attacher a son service 1'enfant qu'elle devait mettre au monde. L'evenement a fait voir que Dieu avait exauce sa priere. " '
(i) Dom Martene composa plusieurs notices deDom Charles Petey de 1'Hostallerie, ou plus exactement ecrivit plusieurs redactions d'une meme notice. Elle etait destinee tout d'abord a prendre place dans 1'introduction au recU du deuxieme voyage litteraire de Dom Martene et de Dom Ursin Durand. Dans cette preface, qui ne fut pas imprimee, 1'auteur marquait sa reconnaissance pour le superieur qui avait aide et encourage les voyageurs dans leurs travaux : Si dans le voyage dont nous donnons la relation, disait-il, nous avons fait une si grande recolte, le public en est redevable au R. P. Dom Charles Petey de 1'Hostallerie, alors General de notre Congregation, un des plus grands superieurs qui 1'aient gouverne"e, et le plus ardent a favoriser ceux qui s'appliquent a 1'etude : car ce fut lui qui nous determina a 1'entreprendre et qui nous fit donner tout ce qui etait necessaire pour la depense du voyage . De ces notices une seule fut publiee du vivant de son auteur dans la preface du t. IX des Veterum Scriptoram... amplissima Colleciio, in-f, Paris, 1733, p. vi-xn. La traduction fut peut-Stre 1'ceuvre de Dom Clemencet, qui avait deja ete charge de mettre en beau latin . la vie de Dom P. Coustant par Dom Martene. On y remarquera que 1'auteur s'applique surtout a montrer dans Dom de 1'Hostallerie les vertus du religieux et ne nous renseigne que fort peu sur le gouvernement du Superiear general : et pourtant la matiere etait abondante : car ces annees furent une periode de troubles dans la Congregation de Saint-Maur. On devra done la completer par le travail que Dom Paul Denis a consacre a Dom Charles de I'Hoslallerie, 9' Sup^rieur gtntral de la Congregation de Saint-Maur (4714-i720). Sa vie et ses lettres, dans Revue Mabillon, 1909, et Liguge, 1910, in-8 de i63 p.
(a) La, Loupe, ch.-l. de canton de 1'arr. de Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir.