DOM CHARLES DE L HOSTALLERIE
offert le monastere qui lui convenait le plus, il choisit celui de Saint- Germain-des-Pres. II y fut regu de toute la communaute avec une joie si respectueuse qu'il semblait qu'on honorait autant en lui le simple religieux que le General : de son cote, il fit paraitre une si grande gaiete que tout le monde admira sa vertu et sa force d'esprit. Son grand ge et ses infirmites ne lui permettant pas de suivre regulierement les exercices, on lui donna une chambre a 1'infirmerie ou il vivait dans une tres grande tranquillite, ne demandant rien et se contentant pour s'occuper de cinq ou six livres, surtout de saint Augustin dont il avail toujours aime la doctrine. Tout infirme qu'il etait, il se trainait tous les jours a 1'eglise pour assister a la grand'messe et a vepres. Apres le repas, lorsqu'il pouvait descendre, il se rendait au jardin dans le temps des recreations ; s'il ne le pouvait, il restait seul chez lui, s'entretenant avec Dieu. Lorsqu'on lui rendait visite, on ne voyait rien de chagrin en lui, et on ne s'apercevait pas qu'il avait quatre-vingts ans et qu'il etait accable d'infirimtes. II recevait tout le monde avec des manieres si agreables qu'on en etait charme. Le domestique qui le servait voyant comme il lui etait familier, prit la liberte de le prier de lui apprendre a lire : aussitot le R. Pere s'offrit de le faire.
Au commencement du mois de mars 1721, Dom Charles de 1'Hostallerie se trouva plus mal qu'a 1'ordinaire et ne put aller a 1'eglise. Sa maladie s'etant declaree par une petite fievre qui le prit un soir comme on le couchait, il pensa serieusement a se disposer a mourir. II regut les derniers sacrements avec la meme piete qui nous avait edifies durant le cours de sa vie. Gependant on s'efforgait de le soulager, et comme, apres une troisieme saignee, son superieur lui donnait quelque esperance de vie, il lui dit comme autrefois sainte Monique a saint Augustin : Quid hie f ado? II soupirait apres le souverain Bien, et s'entretenait interieurement avec Dieu. Les dernieres paroles qu'il prononga furent : Moriatur anima mea morte justorum. Dieu exauga sa priere; et il expira le 18 mars, age de plus de quatre-vingts ans, dont soixantetrois passes en religion et quarante-cinq dans la superiorite, aime et regrette de tous les bons religieux.
APPENDIGE
Du R. P. DOM NOEL MARS (i)
Dom Jean-Noel Mars, neveu d'un autre grand religieux du m6me nom qui fut la plus grande lumiere de la Societe de Bretagne, mourut a Marmoutier le a5 de novembre 1702, age de quatre-vingt-dix ans dont il avait passe soixante-quatorze dans 1'etat religieux. II 6tait natif de la ville d'Orleans et n'avait pas encore seize ans quand il prit 1'habit dans la Societe de Bretagne. Lorsqu'elle fut unie a la Congregation en 1628, son noviciat n'etait pas encore acheve. II le recommenca au monastere de Redon, ou ii fit profession le 2/1 de d6cembre 1680. 11 fut procureur pendant 45 ans dans plusionrs maisons dont il a ecrit 1'histoire. II a compose quelques autres petits ouvrages, entre lesquels sont les vies des saints de Marmoutier, et un petit traite de la mort qu'il fit pour se la familiariser davantage. G'est aussi pour cette raison que, dix ans avant sa mort, il fit faire son cercueil, ou il se
(i) Cette notice emprunte'e a I'Histoire manuscrite de la Congregation de Saint-Maur se trouve en grande par tie et presque textuellement dans I'Histoire litteraire (p. 189) de Dom Tassin. Gelui-ci y ajoute quelques renseignements bibliographiques. Le seul ouvrage que fit imprimer Dom Jan-Noel Mars fut la Vie du ve~n.era.ble Pere Mars, Supe'riear general des Benedictins de la Societe de Bretagne. Par Dom Noel Mars, son neveu. In-ia, Rennes, 1660. II composa en outre Vita venerabilis Patris Francisci Bineti, monachi Benedictini, majoris Prioris in abbatia Majoris Monasterii prope Turones, et primi Generalis Ordinis Minimorum ; un Traite sur la mort. II ecrivit 1'histoire des monasteres dont il fut successivement procureur. M. A. Dupre a public : Histoire da royal monastere de Saint-Lomer de Blois, recueillie par Dom Noel Mars, grand in-8, Blois, 1869 ; M. A. Lemasson : Histoire du royal monastere de Saint-Jacut, composes en 16A9, in-8, Nantes, 1917 ; M. Jourdan de la Passardiere, Histoire de Vabbaye de Landevennec, dans le Bulletin diocesain d' Histoire de Qaimper et de Leon, 1912. Le plus grand nombre des ecrits de Dom Jean-Noel Mars se trouve parmi les manuscrits de la Bibliotheque de Tours : n" 80, 81, le Psautier, les Cantiques, les Hymnes, la Messe traduils en francais ; n 1174, Abregl de 1'histoire. chronologique des roys et dues de Bretagne Armorique avec une chronologie des Papes qui ont gouvern I'Eglise; n 1219 (et 1837), Vita Septem Dormientium; n iB<j8,Brevis historia Majoris Monasterii; n 1379, Recueil de la main de Dom Noel Mars. On y remarque Tractatas Augustinus benedietinus de Gratia, abrege d'un travail de Dom Gabriel Lacodre : Traditio benedictina de Gratia.
couchait souvent pour s'y mieux disposer. Devenu aveugle a 1'age de quatrevingts ans, il n'en devint pas plus incommode a ses freres et suivit autant qu'il le put les exercices de la regularite : il disait que Dieu le punissait de ses curiosites et il 1'en benissait. Au bout de dix-huit mois, un oculiste lui rendit la vue : mais deux ans avant sa mort, ii tomba en apoplexie et demeura paralytique. Cette incommodite ne diminua en rien de cet air serein qui estle fruit d'une bonne conscience; il se faisait lire tous les jours quelque chose de son traite sur la mort, et se faisait porter a Peglise pour assister a la messe et aux vepres. Sa patience et sa resignation le firent autant estimer que son bumeur douce et agreable 1'avait rendu aimable.