‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 57 sur 61 · DOM CHARLES DE L'HOSTALLERIE · texte numérisé non relu

DOM CHARLES DE L'HOSTALLERIE

communaute. Jamais il ne souffrit qu'on lui servit quelque chose de particulier, soit au refectoire, soit a I'infirmerie. II ne mangea dans sa chambre ou a Tinfirmerie que quand la maladie et le grand age le priverent de la consolation d'etre avec ses freres dans le refectoire commun, et alors il redoubla d'attention pour qu'on ne lui donna que ce qui etait servi aux autres, fuyant en tout la distinction.

Quoiqu'il fut d'une humeur agreable et enjouee, il etait fort interieur : il aimait les religieux d'oraison, et prenait leur parti dans I'occasion. Son respect pour les lieux saints allait jusqu'au scrupule; lorsqu'il etait oblige d'aller en ville, on n'a iamais pu, soit en aliant, soit en revenant, le faire passer par 1'eglise pour abreger son chemin, quelque fatigue qu'il fut, meme dans sa vieillesse. II ne faut pas, disaitil, faire un passage de la maison de Dieu . Sa devotion envers la sainte Vierge etait tendre et affective : tous les jours il allait faire ses prieres devant son image a 1'entree de la grande chapelle qui lui est consacree dans 1'interieur du monastere de Saint-Germain-des-Pres, et, comme cette image est a portee, il avaitcoutume apres sa priere de lui baiser les pieds. II prenait tous les jours sur ses occupations le temps necessaire pour reciter son chapelet ; et il a avoue a une personne digne de foi que, depuis son entree en religion, il n'avait jamais manque de s'acquitter de cette devotion et que les plus grandes faveurs qu'il avait regues de Dieu lui avaient ete accordees paries merites et I'intercession de la Reine des cieux. Son innocence et son amour de la purete etaient grandes. Un Superieur a qui il decouvrait 1'etat de son alne a declare avoir rec.u de lui 1'aveu que, par la misericordre de Dieu, il n'avait jamais commis aucun acte exterieur centre la purete.

II etait particulierement attache au Saint-Siege et tachait en toute occasion d'inspirer le respect pour celui qui le remplit. II disait hautement que la Congregation de Saint-Maur ne prospererait qu'autant qu'elle serait inviolablement attachee a la chaire de Saint-Pierre, qui est le centre de 1'unite. II repetait souvent ces paroles de saint Jerome : Cathedrae Petri consocior, nunquam ab ea divellar.

Son amour pour la Congregation n'avait pas de bornes. II n'a rien omis pour la faire prosperer en vertus, et pour etendre la reforme. II a tout mis en ceuvre pour y reussir. II n'en excluait pas meme les petits monasteres et faisait a ce sujet 1'application de ces paroles de 1'Ecriture : Colligite /ragmenta ne pereant. On ne peut exprimer le zele qu'il avait pour soutenir les etudes dans la Congregation. II avait dessein de mettre cent religieux a Saint-Germain-des-Pres, cinquante pour faire Tofflce divin, et cinquante pour etudier et travailler aux editions des

Peres et des auteurs ecclesiastiques. II voulait entreprendre une nouvelle edition des conciles, et avait deja nomme des religieux pour y travailler ; il voulait etablir dans les provinces des academies : une pour la langue franchise, une pour 1'histoire ecclesiastique et monastique, et une pour 1'Ecriture sainte ; mais sa vie et son gouvernement ont trop peu dure pour de si grandes entreprises.

Ce qu'il y a de plus admirable dans le R. P. de 1'Hostallerie, c'est que pendant son Generalat iln'ajamais perdu un moment la fermete et 1'egalite d'esprit dans les affaires les plus importantes et parmi les maladies compliquees dont une seule etait capable d'ebranler la plus solide vertu et la patience la plus a 1'epreuve. II a gouverne dans les temps les plus difficiles, et il fallait un esprit aussi eclaire et aussi patient que le sien pour soutenir avec une Constance aussi sage que courageuse les facheux conlre-temps qui sont arrives pendant son administration. Sa conduite douce et aimable contribua beaucoup a maintenir la paix dans la Congregation : sa religion et sa generosite lui firent dissimuler et presque aussitot oublier les echappees de quelques particuliers. Dieu, pour epurer sa vertu, permit qu'il eut des ennemis qui n'omirent rien pour lui faire de la peine : mais les libelles qu'ils ecrivirent et debiterent centre lui firent des le moment et feront eternellement leur confusion. II en decouvrit le principal auteur : non seulement il lui pardonna, mais, poussant sa charite plus loin, il ne voulut pas le faire connaitre. J'ajouterai qu'il rendit des services tres considerables a des personnes qui 1'avaient persecute et auxquelles il s'efforga d'en derober la connaissance, tant sa vertu etait pure et desinteressee.

Enfin au Chapitre general de 1720, les deux RR. PP. assistants, qui savaient combien il etait important de le conserver, le supplierent de ne point demander sa decharge. II combattit fortement leurs raisons : ils redoublerent leurs instances, et, faisant valoirles facheuses circonstances des temps, ils lui firent un point de religion et de conscience de laisser au moins agir la Providence. II repondit qu'elle se declarait assez par ses infirmites et son grand age. Enfin, comme ils lui alleguaient qu'il avait la sagesse, le zele et 1'experience, il leur repondit agreablement avec saint Jerome : Grescente sapientia, csetera decrescunt. II fit en effet parler si haut ses infirmites et son age de quatre-vingts ans, qu'on lui accorda ce qu'il souhaitait ardemment.

Apres la nomination des superieurs, Dom de 1'Hostallerie reprit avec joie son rang apres eux, attendant en patience les ordres de ceux que Dieu avait mis au-dessus de lui, Le tres reverend Pere General lui ayant

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